Coronavirus : à quoi ressembleront les pistes cyclables provisoires à Paris lors du déconfinement ?

Alors que la sortie du confinement s'annonce à partir du 11 mai, la question des modalités se pose, notamment dans les transports. Les collectivités locales multiplient les projets de pistes cyclables provisoires en vue du déconfinement.
La piste cyclable de la rue de Rivoli, à Paris.
La piste cyclable de la rue de Rivoli, à Paris. © France 3 Paris Île-de-France / E. Tixier
Sur la piste cyclable de la rue de Rivoli, les effets du confinement se font largement sentir. Les compteurs sont loin de s’affoler, au coeur de Paris. 400 vélos passés par ici à 11 heures du matin, en pleine semaine. Pas grand-chose à voir avec un jour normal, sur cette piste cyclable d’ordinaire très fréquentée.Le vélo serait pourtant le véhicule idéal en période d’épidémie, à en croire l'engouement des collectivités locales qui préparent la levée du confinement. Transport individuel, personnel, à l’air libre, et en plus non polluant... "C'est un excellent moyen de transport à Paris", confirme ce cycliste, qui vient redéposer son Vélib' électrique.

Nous visons prioritairement les lignes 1, 4 et 13.

La capitale planche ainsi sur un schéma de pistes cyclables éphémères, qui viendraient doublonner les lignes de métro. De quoi permettre de garantir la "distanciation sociale" nécessaire au cantonnement de l'épidémie. "Nous visons prioritairement les lignes 1, 4 et 13", précise Christophe Najdovski, l'adjoint (EELV) à la maire de Paris, en charge des transports.

Une ligne 4 version vélo à Paris

Doublonner les lignes de métro en surface pour les vélos, c'est le projet Vélopolitain, présenté par plusieurs associations de cyclistes lors de la campagne des municipales 2020. "C'est une trame utile pour dire où il manque des pistes cyclables et où on pourrait faire des aménagements temporaires", explique Jean-Sébastien Catier, porte-parole de l'association Paris en selle. "Dans l'urgence, on peut faire pas mal de choses pour essayer de construire en quelques semaines un réseau sécurisé."
Le réseau Vélopolitain, proposé par plusieurs associations de cyclistes, en 2020.
Le réseau Vélopolitain, proposé par plusieurs associations de cyclistes, en 2020. © Paris en selle
Pas d'échéance pour autant du côté de l'Hôtel-de-ville. "C'est tout un plan d'action qui est en gestation aujourd'hui (...) Il faut avoir un peu de patience", poursuit Christophe Najdovski. Les points logistiques ne sont pas encore réglés : balisages, blocs bétons éventuels à disposer... L'inconnue demeure la capacité des entreprises du secteur à fournir ce type de matériel.

Des "coronapistes" à Berlin, Bogota, New York...

Depuis plusieurs semaines, en tout cas, les pistes provisoires fleurissent à l’étranger. A Berlin, un simple coup de peinture jaune et la disposition de plots a permis de créer une première piste cyclable provisoire dans le quartier de Kreuzberg, dès la fin du mois de mars. Un dispositif étendu depuis à d'autres rues. A Bogota, en Colombie, ce sont 76 kilomètres de pistes pistes qui ont également été créés de toutes pièces. Idem dans certaines rues du Queens, à New York. Le maire de la ville Bill De Blasio s'est même engagé à ouvrir jusqu'à 160 kilomètres de routes aux vélos et aux piétons. A Oakland, en Californie, où 120 kilomètres de routes ont été fermés à la circulation des voitures, afin de garantir la distanciation sociale, lors du déplacement des habitants. Aux portes de Paris, les projets semblent plus avancés qu'intra-muros. Dans le Val-de-Marne, par exemple. "On a pris les lignes 1, 7, 8, le TVM (bus Trans-Val-de-Marne), les RER B, C et D. On s'est demandé quels axes routiers pouvaient dédier un nouvel espace aux vélos dans l'urgence", explique Pierre Garzon, vice-président (PCF) du conseil départemental, en charge des transports.

Voilà pour la méthode. Au final, 40 kilomètres de pistes cyclables ont d’ores et déjà été identifiés sur les routes départementales, afin d'y assurer une circulation des vélos dès le 11 mai.
Le plan des pistes cyclables sanitaires envisagées dans le Val-de-Marne, à partir du 11 mai 2020.
Le plan des pistes cyclables sanitaires envisagées dans le Val-de-Marne, à partir du 11 mai 2020. © Conseil départemental du Val-de-Marne
En Seine-Saint-Denis, 60 kilomètres de pistes sanitaires seront proposés, a indiqué le conseil départemental. Même émulation du côté du conseil régional d'Île-de-France, qui promet de mettre 300 millions d'euros sur la table, pour le financement du RER V, le réseau régional de 650 kilomètres de pistes cyclables, projet soutenu par le Collectif vélo Île-de-France. Objectif affiché par la présidente (Libres !) de la région Valérie Pécresse : doubler le nombre de cyclistes, de 400.000 à 800.000 par jour.

Des axes vélo... Fermés par les préfets

Pour les cyclistes, tout n'est pas rose pour autant. En Seine-Saint-Denis, les berges des canaux de l’Ourcq et Saint-Denis restent fermées aux vélos, en raison du confinement. Dans un courrier, le Collectif Vélo Île-de-France a d'ailleurs demandé au préfet du département la réouverture à la circulation des "vélos utilitaires", une mesure "indispensable pour ceux qui travaillent en ce moment et pour le déconfinement". Une fermeture contestée par la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), à l'origine d'un référé-liberté devant le Conseil d'Etat.
La Coulée verte, dans les Hauts-de-Seine, fermée aux cyclistes. Ici, le 20 avril 2020, à Fontenay-aux-Roses.
La Coulée verte, dans les Hauts-de-Seine, fermée aux cyclistes. Ici, le 20 avril 2020, à Fontenay-aux-Roses. © France 3 Paris Île-de-France / E. Tixier
Une situation identique sur la Coulée verte, dans les Hauts-de-Seine, fermée sur décision du préfet, en raison du confinement. Et pas rouverte depuis.

L'Etat dit : 'Prenez des vélos !' Dans le même temps, des préfets disent : 'Le vélo, c'est pas bien, on vous ferme les aménagements cyclables !' Il y a quelque chose qui cloche.

"L'Etat dit : 'Prenez des vélos !' Dans le même temps, des préfets disent : 'Le vélo, c'est pas bien, on vous ferme les aménagements cyclables !' Il y a quelque chose qui cloche", s'énerve Pierre Serne, conseiller régional (EELV) d'Île-de-France, et président du Club des villes et territoires cyclables. Chargé d'une mission sur la mise en place des "coronapistes" par la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne, il veut croire qu'un discours plus clair sera tenu sur le sujet dans les prochains jours par les pouvoirs publics.

Une lueur d'espoir pour les défenseurs du vélo, la simplification du cadre juridique de ces pistes cyclables, à venir par décret... Car c'est bien l'une des difficultés en matière de voirie : l'enchevêtrement des collectivités locales, avec des compétences communales, départementales... Et de l'Etat. Autre simplification envisagée : une mise entre parenthèses durant un an de l'avis des architectes des bâtiments de France, afin de faciliter la mise en place des pistes sanitaires.

Objectif : 19.000 vélos à la location chez Vélib'

Les opérateurs de vélos en libre-service se préparent aussi au déconfinement. Jump, dont l'activité est à l'arrêt, devrait ainsi présenter son plan d'ici fin avril. Vélib’, dont les locations ont baissé de 75 % avec le confinement, veut profiter de la période pour enfin atteindre son objectif : rendre 19.000 vélos disponibles à la location. Mais les usagers ne risquent-ils pas d'être réticents à prendre des vélos partagés ?

On ne peut pas garantir à 100 % que le vélo ait été nettoyé juste avant que vous l'ayez pris.

"On est plus dans un processus d'éducation. Si tout le monde respecte les gestes barrières, on pourra contourner les difficultés", explique Jacques Greiveldinger, le directeur général de Smovengo. "On ne peut pas garantir à 100 % que le vélo ait été nettoyé juste avant que vous l'ayez pris."

Le service de location de longue durée Véligo va lui aussi être étoffé en vue du 11 mai, avec 5.000 vélos électriques supplémentaires. Le déconfinement pourrait être une opportunité inespérée pour le vélo en Île-de-France.
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