Covid-19 en Île-de-France : "La situation est beaucoup plus compliquée qu’en mars"

Face à l’afflux de patients, doit-on s’attendre à un renforcement du couvre-feu, voire à un confinement total ? La situation "n’a rien à voir avec la première vague" alerte le Dr Djillali Annane, chef du service réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches.
Les soins intensifs à l’hôpital Sainte-Marie, à Paris, le 17 octobre.
Les soins intensifs à l’hôpital Sainte-Marie, à Paris, le 17 octobre. © IP3 PRESS/MAXPPP
La deuxième vague épidémique progresse en région parisienne. On compte aujourd’hui en Île-de-France 734 patients Covid en soins critiques, occupant ainsi 65,5% des lits en réanimation, d’après des chiffres transmis ce lundi par l’Agence régionale de santé (ARS) IDF.

Il y a une semaine, le 19 octobre dernier, il y avait 605 patients Covid en soins critiques, soit un taux d’occupation des lits de 54%. "Nous sommes passés de 35 admissions par jour en moyenne début octobre à 65 entrées en moyenne actuellement", précise l’ARS à France 3 Paris IDF. "Ce soir il y a un mélange de résolution et de sidération, s’inquiétait dimanche Aurélien Rousseau, le directeur général de l’ARS IDF, sur Twitter. Résolution de tous les acteurs du système de santé pour faire face, malgré l’épuisement, malgré la peur, à cette épreuve. Sidération aussi de voir continuer à prospérer les apôtres du déni. Le déni produit l’impuissance." Face à la propagation du virus, plus d’une semaine après la mise en place du couvre-feu, les hôpitaux franciliens peuvent-ils tenir ? "Comme beaucoup d’autres services de la région Île-de-France, nous avons atteint 100% de nos capacités, explique le Dr Djillali Annane, chef du service réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP), à France 3 Paris IDF. Tous nos lits sont occupés – pas seulement par des patients atteints par la Covid-19, par d’autres patients également – depuis une dizaine de jours."

On risque d’être complètement saturé et dépassé, puisqu’il reste aujourd’hui une centaine de lits en réanimation sur toute l’Île-de-France

"On fait face aujourd’hui à un afflux de patients qui correspond aux contaminations d’il y a une dizaine de jours, détaille le médecin. Et on voit bien que les cas de contaminations ont été multipliés par quatre en dix jours, donc on s’attend à ce que l’afflux de patients en contaminations soit également multiplié par quatre dans les dix jours qui viennent. C’est là où l’on risque d’être complètement saturé et dépassé, puisqu’il reste aujourd’hui une centaine de lits en réanimation sur toute l’Île-de-France."

"Le couvre-feu tel qu’il est appliqué sera probablement insuffisant"

Alors que l’impact des mesures de couvre-feu devrait être évalué ces prochains jours, le Dr Djillali Annane prévient que la situation actuelle "n’a rien à voir avec la première vague" : "D’abord, il y aura beaucoup plus de malades qu’en mars. Deuxièmement, nous avions pu conter en mars sur des renforts de personnels soignants compétents en réanimation, venant d’autres région ou de personnes parties récemment à la retraite, ou de la réserve sanitaire et venant des déprogrammations."

"Aujourd’hui, seules les déprogrammations peuvent permettre un apport relatif de renforts, poursuit le médecin. Nous avons à faire face à davantage de patients avec moins de personnels soignants. La situation est beaucoup plus compliquée qu’en mars."

Il est peut-être raisonnable d’envisager un couvre-feu élargi ou un confinement total beaucoup plus rapidement que d’ici 15 jours ou trois semaines

De quoi s’attendre à un inexorable durcissement des mesures sanitaires ? "Compte tenu de la pente avec laquelle l’épidémie se propage, le couvre-feu – qui n’est rien d’autre qu’un confinement partiel – tel qu’il est appliqué aujourd’hui à partir de 21h sera probablement insuffisant, analyse le Dr Djillali Annane. Il est peut-être raisonnable d’envisager un couvre-feu élargi ou un confinement total beaucoup plus rapidement que d’ici 15 jours ou trois semaines. Il faudrait prendre cette décision dans les prochains jours, pour éviter d’être emporté par un afflux trop important de patients."
Le Dr Djillali Annane, chef du service réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP).
Le Dr Djillali Annane, chef du service réanimation de l’hôpital Raymond Poincaré de Garches (AP-HP). © France 3 Paris IDF
Ce lundi, le professeur Jean-François Delfraissy a par ailleurs qualifié de "difficile, voire critique" la situation au niveau national, sur RTL. "La deuxième vague va probablement être plus forte que la première", a estimé le président du Conseil scientifique, indiquant que le chiffre réel des cas devait être "autour de 100.000 par jour". Face à cette deuxième vague "brutale", Jean-François Delfraissy a ainsi jugé qu'il faudrait au minimum durcir et étendre le couvre-feu. Deuxième hypothèse : "Aller directement vers un confinement, moins dur que celui du mois de mars, qui permette à la fois le travail, qui évidemment s'accentuerait en matière de télétravail, qui permettrait probablement de conserver une activité scolaire, et qui permettrait aussi de conserver aussi un certain nombre d'activités économiques, qui pourrait être de plus courte durée et qui serait suivi de conditions de déconfinement très particulières, puisqu'on déconfinerait en passant par un couvre-feu".

Pour ce qui est des cas confirmés, des chiffres record ont été battu ces derniers jours, dépassant dimanche la barre des 50 000 cas en 24 heures pour la première fois depuis le début des tests massifs.
 
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