Une enquête ouverte en Île-de-France après la découverte d'un cheval mutilé et mort

L'Île-de-France n'échappe pas à la série noire des équidés mutilés et tués. Une enquête a été ouverte. Rites sataniques, défis sur Internet ou actes de déséquilibrés... Les motivations des auteurs restent pour l'instant inconnues. La filière équestre s'inquiète.
A Saint-Germain-lès-Arpajon, en Essonne, dans la nuit du 1er au 2 août, Boulou un poney alezan est retrouvé mort. Il n’a pas survécu à ses blessures. Il a été égorgé et son oreille droite tranchée. Il appartenait à Raymond Gurême, résistant et dernier survivant de la communauté des gens du voyage interné au camp de Linas-Montlhéry durant la Seconde Guerre mondiale. C'est son petit fils, Dimitri Boni qui en avait la charge et qui a fait la macabre découverte. Viviane Gurême, la fille de Raymond Gurême a porté plainte auprès du commissariat de police. Raoul Nardin, un ami de la famille dénonce sur son compte Facebook cet acte de torture. "Ces personnes se sont attaquées à un poney qui appartenait à mon ami. Ils lui ont coupé une oreille. Il avait une blessure importante sur la gorge, sur le flanc et le thorax. Cet animal n'a pas survécu à cet acharnement. Tout sera mis en œuvre pour retrouver ces barbares", peut-on lire sur sa page.
 

"Ma jument s’appelait Aïda. Cela faisait 11 ans que je l’avais. Elle était au pré chez un éleveur dans le Jura. Il est passé comme chaque matin pour la voir. Vendredi 14 août, il l’a retrouvée couché sur le flanc. Morte et mutilée. Il lui manquait un œil et une châtaigne, une excroissance de corne en dessous du genou",  nous explique Christina sa propriétaire qui se sent "anéantie" par la perte de sa jument. 

En Saône-et-Loire, quelques jours plus tôt un éleveur a découvert une pouliche poignardée au cœur, une oreille tranchée et des organes arrachés.

Boulou et Aïda font partie de la longue liste des équidés retrouvés morts et mutilés depuis quelques années en France. Des faits qui suscitent indignation, colère et peur dans la filière équestre.

Entre colère et inquiétude

Oreille tranchée, organes génitaux prélevés, œil arraché, chevaux égorgés, électrocutés, étranglés ou assommés, tués à l’arme blanche ou à feu… Le monde équestre est en émoi. Cavaliers, propriétaires, éleveurs partagent la même indignation. Tous dénoncent de tels actes et s’inquiètent de la recrudescence des cas.

Patricia Ferraris, cavalière de dressage au centre équestre Bayard/UCPA à Vincennes a suivi les différents affaires de mutilation et morts d'équidés. "Pendant le confinement les chevaux du centre équestre ne sont pas restés au box. Ils étaient au pré et j’étais très inquiète pour eux. C’est l’œuvre d’un psychopathe ou d’une secte. Ce n’est pas possible autrement. Je suis extrêmement choquée. Je ne comprends pas que l’on puisse en arriver là", s'indigne t-elle.

Bernard C. est propriétaire de quatre chevaux et d’un poney en région parisienne. Lui aussi s'interroge : "On ne comprend pas de tels actes de barbarie. C’est de la folie. Ce sont peut-être des défis lancés sur les réseaux sociaux. C’est révoltant et gratuit", s'exclame-t-il.

 

 Il n’y a ni d’excuses possibles face à de tels gestes ni de circonstances atténuantes

Cet éleveur de chevaux de sang, qui préfère rester anonyme, ne mâche pas ses mots. "Il est évident que ce qui est inquiétant, c’est d’une part la recrudescence des cas et surtout leur augmentation disproportionnée sur l’année en cours. Il y a toujours eu des mutilations d’animaux dans l’histoire, mais généralement, c’était les bovins qui en étaient les victimes". Il poursuit : "Si un individu tue une vache ou une brebis pour en voler la viande et la consommer, c'est inadmissible mais cela pourrait s’expliquer par une détresse financière et un manque vital de nourriture, mais torturer un cheval juste pour le plaisir tient du domaine de la psychiatrie", s'insurge t-il.
 

Si quelqu’un est témoin, il ne faut pas intervenir vu la gravité des faits et des dangers encourus. Il faut appeler le 17

Claire Juillet, Coordination rurale

Depuis 2013, le syndicat agricole, la Coordination rurale a recensé une cinquantaine de cas d’équités torturés et tués en France. Pour Claire Juillet, en charge de la filière équine à la Coordination rurale et présidente du Conseil du cheval en Bourgogne-Franche-Comté, il est très difficile de savoir s’il y a des liens entre toutes ces morts suspectes. "Il y a des attaques similaires dans toute la France depuis lontemps. Mais cela s’est accéléré dans les années 2000 et depuis le mois de février dernier", affirme t-elle.

"Nous sommes très inquiets car nous ne savons pas comment protéger nos chevaux. La seule chose que nous pouvons faire aujourd’hui, c’est alerter les propriétaires, les éleveurs, les agriculteurs mais aussi les riverains. Si quelqu’un est témoin, il ne faut pas intervenir vu la gravité des faits et des dangers encourus. Il faut appeler le 17. Ne pas tenter d’interpeller soi-même la ou les personnes. ll faut relever le maximum d’informations susceptibles d’aider les forces de l’ordre,  photographies, indications géographiques précises, relevé de plaques minéralogiques, et ne rien toucher pour ne pas risquer de souiller « la scène ». Si on est victime, il faut absolument porter plainte et demander une nécropsie", détaille t-elle.
 

Plusieurs enquêtes sont en cours en France

Christina la propriétaire d’Aïda a porté plainte et une enquête a été ouverte pour "sévices graves ou actes de cruauté envers un animal domestique apprivoisé ou captif". Tout comme Viviane Gurême qui a également porté plainte.

La Direction générale de la Gendarmerie prend très au sérieux ces différentes affaires. Dans une note datée du 30 juin, le SCRT, Service central du Renseignement territorial s’inquiétait déjà de la recrudescence du phénomène. A ce jour, 10 procédures sont ouvertes pour des faits qui concernent 10 équidés, 7 chevaux 2 poney 1 âne. Tous mutilés et tués.
"La gendarmerie nationale et l’Oclaesp, l'Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique ont choisi de retenir 3 critères : équidés tués à l’arme blanche, mutilés, oreille coupée. Mais il y a encore plus de cas si l’on ne retient pas l’un de ces 3 critères",  explique la Direction générale de la Gendarmerie.

Chaque procédure est du ressort du parquet local et de la gendarmerie de proximité. Les 10 enquêtes ne sont pas encore centralisées. Néanmoins les informations sont partagées entre les différents services. "Comme nous avons remarqué que ce phénomène s’accroit depuis début janvier, l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique est venu en appui de toutes les unités locales avec l’aide également du SCRC, le Service central du renseignement criminel de la gendarmerie. Cela nous permet d’avoir un suivi détaillé de toutes les procédures en cours et d’appuyer les unités locales en les aidant dans leurs investigations. L’info circule et ne se perd pas. Nous avons diffusé une note méthodologique pour collecter le maximum d’informations. Pour qu’un office central soit saisi, il faudrait trouver un indice, un élément matériel commun à chaque affaire et pour le moment ce n’est pas le cas", explique la Direction de la gendarmerie nationale. 

La gendarmerie dit ne posséder que peu d'éléments sur le ou les auteurs de ces faits si ce n'est,  un modus operandi qui semble similaire, cheval mort, mutilé, oreille coupée, des pâtures relativement facile d’accès, faits nocturnes. "On ne sait pas s’il y a une ou plusieurs personnes, si la même équipe est impliquée dans plusieurs affaires. On étudie toutes les pistes, sectaires, sataniques mais l’oreille coupée n’apparait pas dans des rites sataniques, ce serait plutôt une sorte de trophée comme dans la corrida. Cela peut également être le fait d' un individu en proie à des délires psychotiques, quelqu’un qui a mis en place un nouveau rite, un challenge lancé sur le Dark web. Les enquêteurs sont mobilisés. On espère résoudre ce mystère",  ajoute la Direction générale de la gendarmerie.

Des faits similaires se sont produits en Grande-Bretagne dans les années 80 et 90 mais l'enquête n'a jamais aboutie.

Difficile voire impossible de protéger tous les chevaux

"Nous sommes inquiets mais on a de la chance d’avoir nos chevaux près de chez nous. On les aperçoit de la maison. Néanmoins ils sont gentils et se laissent approcher facilement. Nous avons des chiens mais qui sont un peu vieillissants ! Nos voisins peuvent signaler des passages suspects mais à part cela, il est compliqué de se protéger", nous explique Bernard C.

Impossible de protéger des chevaux qui vivent en extérieur. Alors des groupes Facebook comme "Justice pour nos Chevaux" se sont créés pour appeler à la vigilance les propriétaires et les éleveurs d'équidés. Beaucoup souhaitent médiatiser ces affaires sur les réseaux sociaux pour que le ou les auteurs ne restent pas impunis.

Bonjour à tous , avec la recrudescence des actes de barbarie sur les chevaux , je demande à tous les propriétaires de...

Publiée par Raoul Nardin sur Samedi 15 août 2020

La gendarmerie en convient. Difficile de protéger les animaux contre ces actes de torture surtout pour les élevages où les chevaux sont répartis sur plusieurs hectares de prés. "Les propriétaires peuvent contacter des référents Surêté à la gendarmerie locale pour établir un diagnostic de leur exploitation ou de leur centre équestre. Mais surtout, on invite les victimes à se signaler et porter plainte en cas de découverte macabre", souligne-t-elle.
 

La série noire semble continuer. La gendarmerie de la Loire a ouvert une enquête ce lundi 17 août pour "vol et recel d’organes d’animaux". Une jument morte naturellement a été mutilée post-mortem. Son cadavre a été retrouvé avec une oreille coupée, un œil retiré et le nez tranché.

 Les actes de cruauté envers les animaux sont passibles de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende.

La Fédération Française Equestre se porte partie civile 

Dans un communiqué, la FFE, la Fédération Française Equestre annonce qu'elle se porte partie civile aux côtés des propriétaires dès lors que ceux-ci ont déposé plainte. Par cette action, la FFE entend combattre ces actes de barbarie et compléter l’aide qu’elle apporte déjà au service spécialisé de la Gendarmerie nationale, l’Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique.

"On ne peut être qu’horrifié devant ces actes de cruauté qui se multiplient", a réagi le président de la FFE, Serge Lecomte. "Notre détermination à lutter contre toute forme de maltraitance envers les équidés est totale et nous souhaitons, en lien avec la Ligue française de protection du cheval, mobiliser l’ensemble des acteurs de la Filière cheval en France. J’en appelle à la vigilance de tous pour mettre fin au plus vite à ces atrocités", peut-on lire dans un communiqué de la FFE.





 
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