Accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge : "Qu’ils nous disent la vérité", demandent les victimes"

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Écrit par Emmanuelle Hunzinger avec Morgane Prévost et AFP

Le procès devant le tribunal d'Evry s'ouvre ce lundi après 7 années d'enquêtes, d'expertises et de contre-expertises. Des audiences redoutées mais attendues par les parties civiles.

"Dès les premières heures de l'accident, Guillaume Pepy, (ex Président de la SNCF, ndlr) nous a annoncés que la SNCF était responsable. Aujourd'hui cette phase-là est passée. Ce que l'on veut entendre de leur part, c'est qu'ils se déclarent comme coupables, qu'ils passent de la responsabilité à la culpabilité", témoigne Jean-Luc Marissal, vice-président Entraide et défense des victimes de la catastrophe de Brétigny-sur-Orge, (EDVCB), présent à l'audience aujourd'hui.

Nathalie Montez, victime de l'accident de train, ajoute : "Qu'ils nous disent la vérité. Vérité qui a été, je pense, bien cachée bien enrobée. On attend maintenant que cela soit mis à jour et que les responsables soient punis, pour que cela n'arrive plus à personne."

Vincent Roux a perdu sa petite amie Morgane dans l'accident. "Tous mes projets avec Morgane ont disparu d'un coup", confie-t-il, devant la salle d'audience. "J'attends la vérité et j'attends que chacune des personnes qui ont une responsabilité dans ce drame assume", a déclaré le quadragénaire, qui a aussi été blessé dans le déraillement.

Le procès est "primordial" pour la "reconstruction" de Lauriane Welter, 36 ans, passagère du train qui souffre aujourd'hui psychologiquement. "Ce drame impacte toute ma vie. Aujourd'hui, tout est un stratagème pour vivre et pour voyager. On m'a volé ma liberté de mouvement, malgré de multiples thérapies", dénonce-t-elle.

435 victimes identifiées

A ce jour, 435 victimes ont été identifiées. Parmi elles, 184, dont neuf personnes morales, se sont portées parties civiles et seront représentées par une cinquantaine d'avocats. Une quarantaine d'entre-elles souhaitent prendre la parole à l'audience et seront entendues par le tribunal à partir du 31 mai. "Ce procès sera une expérience pénible, très traumatisante (...) mais un moment essentiel pour les victimes", a expliqué Thierry Gomes, qui sera auditionné par le tribunal dès mercredi en tant que président de l'association "Entraide et défense des victimes de la catastrophe de Brétigny" (EDVCB).

Bertrand Burman, avocat d'une dizaine de parties civiles, a de son côté fait part du "malaise" des parties civiles à l'approche du procès "face à la responsabilité contestée par la SNCF". "Nous savons qu'il y a une défaillance qui aurait pu être prévenue et traitée avant ce 12 juillet", a-t-il affirmé.

Pour Me Gérard Chemla, avocat de l'association EDVCB, de la Fenvac et de 24 parties civiles, débute lundi le procès d'"un pot de terre contre le chemin de fer."

"La vérité judiciaire"

Pour Caroline Nisand, la procureure d'Evry, "Il faut que les victimes soient là, il faut qu'elles puissent prendre la parole, il faut qu'elles puissent dire comment elles ont vécu ce moment très dramatique, quelles en ont été les conséquences pour elles. (...) Elles attendent évidemment une vérité judiciaire, elles attendent d'être écoutées, de comprendre et ceci au-delà d'un dossier papier qui est toujours abstrait. Les débats judiciaires vont donner chair au dossier, vont permettre de restituer une dimension humaine qui dans le cadre d'une procédure d'instruction est toujours insuffisante." 

8 semaines de procès

Pendant 8 semaines, vingt-cinq témoins et quatre experts sont cités par le tribunal pour éclaircir ce drame et comprendre les causes du retournement d'une éclisse en acier - sorte de grosse agrafe joignant deux rails. C'est ce retournement qui a fait dérailler le train circulant à 137 km/h (pour une vitesse limite de 150 km/h).

Comparaîtront, sur le banc des prévenus, le cadre qui a réalisé la dernière tournée de surveillance, le gestionnaire des voies SNCF Réseau (qui a succédé à Réseau ferré de France) et la Société nationale SNCF (héritière pénalement de SNCF Infra, chargée de la maintenance) pour "homicides involontaires" et "blessures involontaires".

Âgé de 24 ans au moment des faits, le cheminot, directeur de proximité, devra répondre d'"une appréciation fautive": celle d'avoir effectué "seul la dernière inspection des voies", avec une attention "manifestement insuffisante", huit jours avant le déraillement.

 L'accusation, représentée par le procureur Rodolphe Juy-Birmann, reproche à SNCF Réseau "des fautes" ayant "conduit à l'absence de renouvellement anticipé" de la voie ou à "l'insuffisance des effectifs", ainsi que des défaillances "dans l'organisation, le contrôle et la réalisation des opérations de maintenance" à la Société nationale SNCF. 

Les deux premiers prévenus encourent jusqu'à 225 000 euros d'amende et le troisième, qui était directeur proximité de la SNCF dans le secteur de Brétigny et donc responsable de l'entretien des voies au moment des faits, risque trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende. 

Pour la SNCF, "la sécurité n'a pas été en jeu"

"Il est évident qu'avec une catastrophe pareille, c'est un procès important pour la SNCF", a déclaré Emmanuel Marsigny, conseil de la Société nationale SNCF, en amont de l'audience. La SNCF souhaite que la justice puisse trancher "entre deux thèses": celle d'un "défaut de maintenance" retenue par l'enquête, et celle d'un "défaut de métallurgie rendant imprévisible l'accident", soutenue par l'entreprise.

"La SNCF n'a jamais prétendu que le système était parfait" mais "jamais au regard des difficultés rencontrées, la sécurité n'a été en jeu", a affirmé Me Marsigny.

Il a par ailleurs déclaré que "la SNCF a communiqué des milliers de documents. Il n'a jamais été question de la part de la SNCF d'interférer de quelque manière que ce soit, ni de faire entrave à l'enquête", alors que pendant l'instruction, les juges ont eu des doutes sur la bonne volonté de la SNCF de collaborer à l'enquête.