Contre les rixes, les élus de l'Essonne lancent un appel : "Il faut que l’Etat joue son rôle"

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Écrit par PDB avec Marc Taubert

Une tribune signée par 176 élus demande à l’Etat d’"assumer ses responsabilités régaliennes", et réclame plus de ressources contre les phénomènes de rixes entre jeunes. Entretien avec François Durovray, le président du Département.

Ils critiquent la sous-dotation en effectifs des services publics de l’Etat. Dans une tribune publiée dans Le Monde, des élus de l’Essonne de toutes tendances politiques lancent un appel au gouvernement pour lutter contre les rixes.

Les signataires du texte pointent du doigt un "phénomène global" qui "touche sans distinction villes, campagnes, quartiers populaires, zones rurales, espaces publics ou établissements scolaires". Et ce alors que le département "reste (si) nettement sous-doté en effectifs des services publics de l'Etat". La tribune dénonce un déficit "d'enseignants, de surveillants, de médecins scolaires ou de pédopsychiatres" mais aussi de "policiers, de gendarmes" et de "magistrats".

En raison du manque de ressources pour la justice, "les délinquants sont trop souvent remis en liberté sans aucune réponse pénale", dénonce le texte. Les signataires appellent Emmanuel Macron à venir en Essonne pour "s'engager officiellement à rehausser les effectifs des services publics de l'Etat pour les forces de l'ordre, la justice et l'éducation".

"Ce que nous demandons, ce n’est pas l’aumône"

François Durovray, le président LR du conseil départemental, est à l’initiative du texte. Ce n’est pas la première fois que l’élu lance un appel sur le sujet. "Il faut bien comprendre que ce que nous demandons, ce n’est pas l’aumône, souligne-t-il. Nous ne demandons pas à être traités différemment des autres territoires."

"Simplement, nous constatons aujourd’hui en Essonne qu’il y a moins de surveillants, moins d’enseignants dans les écoles, les collèges, les lycées que la moyenne nationale. Qu’il y a moins de policiers, moins de juges que la moyenne nationale. Malgré les appels lancés il y a plusieurs mois, malgré la promesse de Jean Castex voici un an d’établir un plan Essonne, nous en attendons toujours la couleur", poursuit l’élu. 

Et d’ajouter : "Nous considérons que les élus locaux ont aussi leur part d’effort à faire. Et nous le faisons, par le renforcement des services jeunesse, de la vidéoprotection, des éducateurs. Nous allons expérimenter la médiation scolaire à partir de la rentrée prochaine. Mais il faut que l’Etat joue son rôle régalien, en recrutant des policiers : nous estimons qu’il en manque 200 dans le département. Et en recrutant des juges et des magistrats : il manque sans doute entre 50 et 60 personnels de justice... Et puis il manque beaucoup de personnels de l’éducation nationale. En Essonne, nous ne comptons que 71 enseignants pour 1000 élèves, contre 82 à Paris. Rien ne justifie cet écart."

L’Essonne, un département particulièrement touchée par les rixes

En 2020, un quart des rixes recensées au niveau national a eu lieu en Essonne, rappelle la tribune publiée dans Le Monde. 91 affrontements y ont été recensés cette année-là. Dernier drame en date : fin avril, un adolescent de 15 ans a été poignardé au thorax devant un lycée de Longjumeau. La victime a été gravement blessée.

En 2021, trois jeunes ont été tués au cours de rixes en Essonne. Deux adolescents de 14 ans ont en effet été poignardés à Boussy-Saint-Antoine et à Saint-Chéron, et un jeune homme de 19 ans originaire de Saint-Michel-sur-Orge est décédé après avoir été roué de coups.

Un phénomène "très compliqué à expliquer", reconnaît François Durovray. "Nous essayons de resserrer les mailles du filet avec tous les acteurs de la prévention et de l’éducation. A chaque fois, nous essayons d’analyser les causes. Vraisemblablement, il y a des questions d’identité, avec des jeunes qui arrivent dans des quartiers avec d’anciennes histoires de bandes, et qui se retrouvent dans cette culture de violence alors même qu’ils en étaient étrangers. Des vies aussi peut-être plus difficiles de familles monoparentales, avec des horaires décalés, qui n’ont pas la capacité d’assurer l’éducation de leurs enfants comme d’autres. Voici des situations que nous rencontrons et que nous essayons de traiter sur le terrain", explique l’élu.

Le préfet défend son bilan

Dans un courrier transmis à France 3 Paris Ile-de-France, le préfet du département a tenu à répondre au président du département, M. François Durovray. Selon lui, "treize boucles d'alerte ont ainsi été déployées sur des échelles communales ou intercommunale; elles ont d'ores et déjà permis de déjouer plusieurs dizaines de rixes".

Par ailleurs, il affirme que des subventions ont été distribuées dans certaines communes pour lutter contre le phénomène comme à Saint-Michel-sur-Orge, Sainte-Geneviève-des-Bois ou Evry-Courcouronnes et l'opération "Quartiers d'été" a été renouvelée et sera reconduit en 2022.

"En outre, un important plan de prévention précoce des rixes, destiné aux 9-13 ans, a été initié par les services de l'Education nationale en partenariat avec les communes. Il se déploie sur trois territoires regroupant 12 communes particulièrement concernées par le phénomène", poursuit le courrier.

Côté moyens humains, la préfecture assure avoir permis le recrutement de 6 éducateurs spécialisés et 10 adultes-relais et augmenté le nombre de gardiens de la paix de 183 personnes (portant les effectifs à 1682) entre janvier 2017 et janvier 2022.