Essonne : dénoncé par un riverain, un restaurateur clandestin devant la justice

Une vingtaine de personnes déjeunaient dans son établissement vendredi 29 janvier situé dans la petite commune d'Auvernaux dans l'Essonne. Un appel aux gendarmes aura eu raison du repas clandestin et le restaurateur se retrouvera devant la justice.

Ce restaurant est le seul commerce de la petite commune d'Auvernaux dans l'Essonne.
Ce restaurant est le seul commerce de la petite commune d'Auvernaux dans l'Essonne. © France 3 Paris Ile-de-France

À Auvernaux dans l'Essonne, le seul commerce qui existe est ce café-restaurant appelé sobrement "Le Village". Un établissement condamné à proposer de la vente à emporter depuis des semaines en raison de la crise sanitaire. Mais le patron ne l'entendait pas de cette oreille et organisa un déjeuner dans l'arrière-salle pour ses clients fidèles vendredi 29 janvier.

"J'ai fais ça pour sauver mon établissement, mais aussi pour ces gens-là. J'ai des routiers, des maçons, des mécaniciens qui ont aussi besoin de manger, de voir du monde, de discuter", explique Stéphane Pinabel, propriétaire des lieux.

C'est un appel anonyme aux gendarmes qui va les faire rappliquer dans cette commune où vivent un peu plus de 300 habitants. À leur arrivée, Stéphane Pinabel s'interpose et – magnanime – ouvre les fenêtres pour laisser une échappatoire à ses clients. "Quand ils ont vu qu'il y avait un peu de monde et qu'ils voulaient mettre des amendes, j'ai ouvert la fenêtre pour qu'ils passent par derrière. C'est le principe d'un radar. Si vous vous faites flasher, seul le chauffeur prend, pas les passagers", poursuit-il.

Stéphane Pinabel, propriétaire du restaurant "Le Village" est convoqué devant le tribunal le 2 mars prochain.
Stéphane Pinabel, propriétaire du restaurant "Le Village" est convoqué devant le tribunal le 2 mars prochain. © France 3 Paris Ile-de-France

Soutien de riverains

Le restaurateur, qui exprime son "ras-le-bol", dit avoir respecté un ensemble de mesures comme la distanciation et la mise à disposition de gel hydroalcoolique et dit ne pas avoir de remords même s'il affirme qu'il ne retentera pas l'aventure.

Il reçoit en tout cas le soutien de certains de ses clients. "C'est un endroit petit. Les gens ne bougent pas, ils ne vont pas ailleurs. Le seul moyen de pouvoir avoir une communication humaine, c'est là. S'ils ont besoin de payer une amende et qu'ils ne peuvent pas le faire, même si je n'ai que 10 euros, ce sera pour eux. Ils sont vraiment exceptionnels. 10 euros le plat et le dessert, est-ce qu'il y a beaucoup d'intérêt là-dedans ?", fait mine de s'interroger Nathalie Porte qui s'y rend "une fois par semaine".

Adeline, une riveraine, n'y est pas encore allée mais connait la spécialité du restaurant : la tête de veau. "Je trouve ça petit de dénoncer. J'aurais pu y aller, après j'aurais assumé, je ne serais pas partie par les fenêtres", indique-t-elle.

"Tuer l'âme du village"

Une intervention des gendarmes qui intervient alors que le ministère de l'Intérieur a annoncé une multiplication des contrôles. Ces derniers jours, plusieurs restaurants dits clandestins ont été épinglés en région parisienne.

"Quand on ferme un bar, on ne ferme pas qu'un commerce. On ferme pas mal de choses autour", pense Stéphane Pinabel, propriétaire du restaurant à Auvernaux.

Car comme dans de nombreuses communes, les bars-restaurants restent les derniers lieux de sociabilité. "On a besoin de ça, cela manque à tout le monde. Il n'y a que ça ici. C'est en train de tuer l'âme du village", résume Adeline.

Une audience devant le tribunal du département aura lieu le 2 mars prochain où le restaurateur saura à quelle sauce il sera mangé.

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