Port du masque à l'école : l'incompréhension des professeurs d'EPS

Alors qu’un protocole sanitaire "renforcé" a été annoncé par le ministère de l'Éducation nationale, certains enseignants s’inquiètent des conditions de rentrée. Du côté des professeurs d’EPS, des "incohérences" dans la mise en place des règles sont pointées du doigt.

Des élèves en cours d’EPS (illustration).
Des élèves en cours d’EPS (illustration). © IP3 PRESS/MAXPPP
Après les vacances de la Toussaint, le rentrée se fait dans des conditions particulières, en plein reconfinement. Si un protocole sanitaire "renforcée" a été annoncé par le ministère de l'Éducation nationale, avec un port obligatoire du masque en primaire dès l’âge de six ans, certains enseignants s'interrogent.

"Il y a plein de contradictions, déplore Valentin Seger, professeur d’Education physique et sportive (EPS) dans un lycée professionnel à Bondy (Seine-Saint-Denis). D’un côté on demande aux élèves de garder le masque tout le temps, mais dès qu’on fait sport, on leur demande de l’enlever. C’est très paradoxal, certaines mesures ne sont pas adaptées à la réalité. On met plein de règles en place, je ne suis certes pas médecin, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait une grande efficacité au final. Par exemple notre gymnase correspond plus à une salle de danse en termes de dimensions, impossible de respecter une distance de deux mètres avec plus de 15 personnes, on est en train de voir si on peut s’organiser en demi-groupes."

"Le protocole doit encore être mis en place, précise Valentin Seger, avant de donner ses premiers cours depuis la rentrée, ce mardi matin. On doit réadapter les activités, heureusement notre programmation prévoyait déjà beaucoup de sports de raquette, donc c’est faisable. Le maintien ou non de l’Association sportive (AS) doit encore être tranché, mais étant donné que ça implique du brassage entre des classes, par principe, ça me semble compliqué."

"Je n’ai même pas droit de voir ma famille ou mes amis, mais en cours d’EPS je dois dire aux élèves d’enlever le masque"

"Pendant que tout le monde est soit confiné, soit en télétravail, on doit continuer de faire cours à des classes entières, sans masque, déplore une autre jeune professeure d’EPS, qui enseigne dans un collège de l’Académie de Versailles en Réseau d'éducation prioritaire (REP) comptant environ 1000 élèves. Déjà dans l’établissement, de nombreux élèves gardent le masque dans les poches à la récréation, dans les couloirs… Les autres enseignants passent leur temps à le rappeler, mais c’est impossible à surveiller. Et nous, en sport, on est à contre-courant : je n’ai même pas droit de voir ma famille ou mes amis, mais en cours d’EPS je dois dire aux élèves d’enlever le masque, comme si de rien n’était. C’est hallucinant."

On nous parle de distances, de gel... Alors qu'il n'y a même pas de savon dans les gymnases

"Les élèves doivent remettre leur masque pour tous les regroupements immobiles, pour les consignes par exemple, poursuit l’enseignante, âgée de 28 ans. Mais c’est contraire à toute logique sanitaire : dans les faits, ils passent leur temps à le sortir et le remettre dans leurs poches. Quand ils vont chercher le matériel, les élèves se collent, se font des câlins. On se bat pour faire respecter les règles. Je trouve méprisant et irresponsable de nous envoyer nous, professeurs d'EPS, faire face à des centaines d'élèves sans masques, qui sont issus des milieux défavorisés dont on sait que cette population est davantage touchée par le Covid."

Et d’ajouter : "Les gymnases restent ouverts pour les scolaires, sauf si les mairies décident de les fermer. L’une des seules consignes claires que nous ayons désormais, c'est de ne pas faire de judo ou de sport de contact, on avait déjà mis en place des alternatives. Pour le reste il faut mettre en place une distance physique de deux mètres, mais dans les faits, c’est impossible étant donné les effectifs la taille des salles. On nous parle de distances, de gel... Alors qu'il n'y a même pas de savon dans les gymnases."

"Il y a trop d’incohérences"

"On est aussi censé veiller à l’aération, mais laisser les portes d’un gymnase ouvert en plein hiver, et vu le contexte sécuritaire actuel… Il y a trop d’incohérences, souligne-t-elle par ailleurs. Pour ce qui est des vestiaires, dans la pratique, l’utilisation reste la même qu’avant. L’Association sportive (AS), elle, reste ouverte, et le brassage des élèves est compliqué à éviter. Là encore, aucune décision de la direction. Pour le reste, pas de changement pour la désinfection du matériel par exemple : ce sont les élèves qui se chargent de nettoyer ce qu’ils ont manipulé à la fin des sessions."

L’enseignante, qui doit gérer des classes de près de 30 élèves, explique notamment mettre en place du renforcement musculaire pour remplacer certaines activités, mais demande avant tout à ce que les cours d’EPS soient donnés en demi-groupes : "On a aucun retour de la hiérarchie. On ne peut même pas répondre aux questions des parents d’élèves, on apprend les consignes comme tout le monde, à la télévision. Pour la rentrée, on a reçu les infos dans un mail envoyé dimanche soir. Et ce alors même qu’on avait anticipé et demandé à nos chefs en amont. Pour s’organiser, c’est parfait… Aucune communication."

On n’a aucun soutien de la direction

Professeure depuis cinq ans maintenant, après plusieurs mutations en région parisienne, la jeune femme se dit  "démunie et dépitée" : "Je suis bien loin des syndicats… La situation actuelle m’attriste et me révolte. J’en rêve la nuit, c’est intenable. Je suis passionnée, je ne compte pas mes heures et au final on ne nous considère pas du tout. On n’a aucun soutien de la direction. C'est une rentrée déprimante et alarmante quant à mes conditions de travail."

La professeure d’EPS déplore enfin que le protocole "renforcé" doit encore être mis en place, "pour le 9 octobre", dans une semaine. "Il a été décidé que ce mardi nous aurons un temps pour échanger et organiser le protocole sanitaire de l'établissement", annonce-t-elle. Mais "si le fonctionnement en demi-groupes est refusé", l’enseignante explique que les personnels de son établissement menacent d'organiser des actions "collège mort".
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