Abus sexuels au sein du mouvement ecclésial des Focolari : "il n'est pas impossible qu'il y ait d'autres victimes" de l'ex-membre Jean-Michel Merlin

La Brigade de protection de la famille des Hauts-de-Seine recherche d'éventuelles victimes de Jean-Michel Merlin, un ancien membre des Focolari. Un appel à témoins a été lancé ce mardi. Retour sur cette affaire d'agressions sexuelles sur les enfants.

"J.M.M était un abuseur d'enfants prolifique et en série, responsable de multiples cas d'abus sexuels sur des enfants et de tentatives d'abus sexuels sur des enfants, y compris ceux sur lesquels nous avons des informations et très probablement beaucoup d'autres." Voici l'une des conclusions de l'enquête publiée en mars 2022 par un cabinet indépendant mandaté par le mouvement religieux Focolari au sujet d'un certain JMM. 

JMM, Jean-Michel Merlin est un laïc et pendant plus de trente ans, il a appartenu au mouvement religieux catholique Foccolari, jusqu'à son exclusion en 2016. Dans cette enquête, il est clairement accusé d'avoir commis de multiples agressions sexuelles au sein du mouvement religieux. Et une partie de ces agressions se sont produites à Châtillon dans les Hauts-de-Seine au sein de la communauté.

"Le mouvement Focolari est un mouvement religieux, né en Italie il y a plus de 80 ans, qui propose à des religieux, à des laïcs, à des couples, à des familles, de partager une spiritualité et c'est dans le cadre de cette communauté que des abus ont été commis par Jean-Michel Merlin qui a été longtemps un des responsables de ce mouvement", explique Christophe Henning, l'un des journalistes du quotidien la Croix qui suit cette affaire depuis plusieurs années.

"Des victimes non encore identifiées"

En 2022, le tribunal de Nanterre a ouvert une enquête et saisi la Brigade de protection de la famille des Hauts-de-Seine. Aujourd’hui, ces policiers spécialisés sont à la recherche de nouvelles "victimes non encore identifiées". Un appel à témoins vient d'être lancé mardi 2 janvier par la préfecture de Police précisant que "toute personne susceptible d’apporter des éléments intéressant l’enquête, ou souhaitant signaler des faits dont elle aurait été victime en lien avec la présente affaire, peut contacter la brigade territoriale de protection de la famille".

Dans cette affaire, plus d'une trentaine de victimes se sont déjà déclarées. En 2020, Le journal en ligne "Les jours" a publié le témoignage de l'une d'entre elles, Christophe Renaudin qui raconte avoir été agressé par Jean-Michel Merlin dans les années 80, alors qu'il avait 14 ans. Les faits se sont produits, rapporte-t-il, à son domicile et à Châtillon dans les Hauts-de-Seine. Christophe Renaudin a porté plainte. Le viol n’ayant pu être prouvé et les faits de harcèlement étant prescrits, la plainte a abouti à un non-lieu. Jean Michel Merlin a été cependant reconnu coupable au civil en 1998.

"On fait tout reposer sur les épaules des victimes"

Pour Arnaud Gallais, cofondateur du collectif Prévenir et Protéger, acteur de la protection de l'enfant, l'appel a témoins lancé mardi par la police permettra, espère-t-il, "de libérer la parole de victimes" et d''aboutir "à une réparation collective". Mais c'est loin d'être suffisant, selon lui.

"On fait les choses complètement à l'envers, et une fois de plus, on fait tout reposer sur les épaules des victimes et ça, c'est intolérable", dénonce Arnaud Gallais qui estime que l'Etat "ne joue pas son rôle" contrairement aux Etats Unis qui n’hésite pas à "poursuivre sur le plan judiciaire des églises". "Aujourd'hui, on fait un appel à témoins pour des faits non prescrits pour que des victimes dont les faits sont prescrits puissent avoir droit à une justice, c'est une aberration complète", déplore-t-il.

Le vrai bilan dans cette affaire d'agressions sexuelles, est sans doute, encore à faire selon le journaliste de la Croix. "Il n'est pas impossible qu'il y ait d'autres victimes, compte tenu des responsabilités de la personne mise en cause", et de ses nombreux déplacements dans plusieurs villes où étaient installés les Focolari. "Il faut savoir aussi d'abord que ces faits se sont déroulés sur plusieurs années, voire des dizaines d'années", précise Christophe Hennnigs", et par ailleurs on sait aussi maintenant que les victimes d'agressions sexuelles peuvent mettre longtemps à pouvoir accéder à une parole", ajoute-t-il.