Nanterre : Vingt ans après, la tuerie du 27 mars 2002 hante toujours la commune

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Écrit par Elie Saïkali .

Ces samedi 26 et dimanche 27 mars, la commune des Hauts-de-Seine organise une série d’événements pour rendre hommage aux victimes de la tuerie du 27 mars 2002. Huit élus, de gauche comme de droite, avaient trouvé la mort sous les balles de Richard Durn. 19 autres personnes avaient été blessées.

Nous sommes dans la nuit du 26 au 27 mars 2002. Il est 1h00 du matin. Au premier étage de l’hôtel de ville de Nanterre, une séance du conseil municipal est en cours. Elle est présidée par la députée-maire (PC) Jacqueline Fraysse. A 1h12, la séance est levée. Les élus sont en train de ranger leurs affaires. Au même moment, un homme installé dans le public et présent depuis le début de la séance, se lève. Il est armé de pistolets, et tire, froidement, à 37 reprises en direction des élus municipaux. 

Il s'appelle Richard Durn, 33 ans, grand, brun, yeux foncés, sourcils épais, portant parfois des lunettes. Il a milité pour le Parti socialiste, pour les écologistes et pour la Ligue des droits de l'homme. L'AFP rappelle qu'il est inscrit dans un club de tir des Hauts-de-Seine, licencié de la Fédération française de tir et détient des autorisations de détention d'armes. Sans emploi, il vit seul avec sa mère dans un pavillon de Nanterre.

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C'est un habitué des lieux. Comme France 3 le rapporte au moment des faits, il discute avec Pascal Sternberg (Les Verts), conseiller régional d’Île-de-France et conseiller municipal de Nanterre avant le début du conseil municipal.

Ce dernier est abattu. Sept autres élus connaissent un sort identique. Ils sont de gauche comme de droite : Louisa Benakli, Valérie Meot, Christian Bouthier, Olivier Mazzotti, Michel Raoult, Jacotte Duplenne et Monique Leroy-Sautier. Ce sont au total huit élus qui sont froidement assassinés ce jour-là. Quatre hommes et quatre femmes. Dix-neuf autres personnes ont été blessées : 18 élus ainsi qu'un employé municipal.

Après plusieurs longues secondes de tirs nourris, Richard Durn est maîtrisé par des élus qui se s’interposent courageusement. Il est ensuite interpellé par la police. 

Suicide et hommage

L'assaillant avoue tout face aux policiers de la brigade criminelle. Le lendemain, 28 mars, il explique notamment être sous anti-dépresseurs. Vers 10h15 du matin, il échappe à la vigilance des policiers et se suicide en se défenestrant du quatrième étage du bâtiment. Il atterri dans la cour du 36 quai des Orfèvres et meurt sur le coup. Un geste qui enterre les espoirs de justice pour les familles des victimes. 

Le mardi 2 avril 2002, une cérémonie d'hommage a lieu au stade Gabriel-Péri de Nanterre en présence du président Jacques Chirac, du Premier ministre Lionel Jospin et du président de l'Assemblée nationale Rymond Forni, le président du Sénat, Christian Poncelet, et de nombreux membres du gouvernement et du Parlement.

"C'est difficile d'en parler"

Vingt-ans plus tard, le souvenir de cette tuerie hante encore la commune. L’actuel maire (DVG) de Nanterre – à l’époque conseiller municipal (PCF) de la ville – Patrick Jarry a été grièvement blessé pendant la fusillade. Il témoigne. "C’est difficile d’en parler (vingt-ans après, ndlr)", explique-t-il, confiant néanmoins "en parler très souvent". "Beaucoup, lorsqu’ils voient Nanterre, pensent forcément à cela", ajoute l’élu.

L’incident, dit-il, il ne peut "pas l’oublier". "J’ai une balle dans la jambe. J’ai des doigts 'chocolat'. Je suis ouvert d’ici jusqu’ici" désignant avec sa main un axe partant de son thorax jusqu’au ventre. "Certains arrivent à passer à autre chose. Quand je prends ma douche, j’ai la marque, la signature (de l’événement, ndlr)", confie-t-il, ému, les larmes aux yeux.

Dans le cadre des vingt ans de la tuerie, la municipalité de Nanterre a confié à l'historienne Isabelle Antonutti la tâche d'effectuer un travail de mémoire. Sa mission : regrouper, via des entretiens filmés dans un studio, des témoignages de personnes ayant vécu les événements du 27 mars 2002 : les personnes présentes ce soir-là (rescapés, personnel administratif...) et des famille des élus décédés. "On leur a proposé de les enregistrer, de venir déposer leur histoire. Le but est de savoir pourquoi ils étaient au conseil municipal ce soir-là ? Qu’est ce qui s’est passé ? Et vingt ans après, comment sont-ils revenus à la vie normale ? Quels ont été les effets de cet événement sur leur vie ?", explique l’historienne.

On a une responsabilité de laisser des archives, et de donner la parole à ceux qui ont vécu (le drame, ndlr).

Patrick Jarry, maire de Nanterre

Ces entretiens, au nombre de 50 à 70, seront ensuite envoyés aux archives départementales. Elles pourront être visibles "par des citoyens nanterriens, mais aussi des médecins qui travaillent sur les effets du traumatisme, des policiers, pompiers, et bien sûr des chercheurs, des historiens…", précise Isabelle Antonutti. "On a une responsabilité de laisser des archives, et de donner la parole à ceux qui ont vécu (le drame, ndlr)", indique Patrick Jarry.

Nanterrienne, Isabelle Antonutti a aussi été "très touchée" par les événements du 27 mars. Travailler sur ce "beau projet mémoriel" est une "manière de passer une étape. De déposer la mémoire de chacun, les mémoires individuelles, qui vont ensuite former une mémoire collective", explique-t-elle. "On espère, avec tout ce matériel, pouvoir en tirer un ouvrage. Car la tuerie du 27 mars 2002 n’est pas très documentée (…) il y a beaucoup de reportages médias, quelques récits personnels, un roman policier, mais pas d'histoire complète (...) même s’il n’y a pas de zones d’ombre ou de contestations (sur ce qui s’est passé, ndlr)".

Commémorations ce week-end

C'est un week-end de commémorations qui attend les Nanterriens. Samedi 26 mars à 20h45, l’éclairage public de la ville sera coupé pendant huit minutes. Dans son communiqué, la ville indique que "8 faisceaux lumineux s’élèveront dans le ciel depuis le toit de l’hôtel de ville". "L’ensemble des Nanterriens est invité à allumer une bougie, une veilleuse, leur smartphone, à leur fenêtre, à l’extérieur, devant leur immeuble ou à la terrasse d’un café ou d’un restaurant". Une invitation relayée par la Ville sur les réseaux sociaux. À 1h12, heure exacte du drame, les huit faisceaux lumineux "s’éteindront pendant 8 minutes".

Le dimanche 27 mars 2022, une cérémonie publique se déroulera à 16h sur le parvis de l’hôtel de ville de Nanterre. Cérémonie à l’issue de laquelle il prendra le nom de "Place du 27 Mars 2002". La décision avait été prise mi-février 2022 en conseil municipal à Nanterre.  "On avait envie d’inscrire cette date dans le paysage de Nanterre. C’est un événement hors-norme. Et nous avons envie de dire qu’il faut protéger les élus municipaux de terrain, dont le plus grand nombre est souvent bénévole, et qui défendent l’intérêt général", indique Patrick Jarry. 

"Une stèle sera également érigée. Puis sera présentée une œuvre architecturale d’exception que la municipalité inaugurera le 27 mars 2025 sur la Place", indique la ville de Nanterre dans un communiqué. Un cérémonial visant à honorer la mémoire des disparus, et surtout, ne pas oublier.

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