Des centaines de personnes rassemblées à République. Depuis le 31 mars, la place du centre de Paris se donne des airs de Puerta del Sol. Un phénomène, difficile à cerner pour tout observateur. Mais quantifiable. En tout cas, sur les réseaux sociaux, où des milliers d'internautes vivent les Nuits debout par procuration. A République, un soir d'avril, nous sommes partis à la rencontre de trois participants. Trois histoires racontées ici.

Une nuit debout sur la place de la République

 

Léa, 27 ans

Pour Léa, le déclic, ce fut "Merci, patron !" Le film documentaire du journaliste François Rufin raconte l'histoire d'un couple de chômeurs décidé à toucher au coeur le milliardaire Bernard Arnault, pour lequel ils ont travaillé des années, avant de voir leur usine délocalisée en Pologne.
Merci patron ! - Bande annonce
Scénariste, surveillante à mi-temps dans un lyce de l'ouest parisien, elle reconnaît son admiration pour l'économiste Frédéric Lordon, l'une des voix de "Nuit debout". Le 31 mars dernier, c'est entendant l'appel à poursuivre la mobilisation contre la loi Travail, après la manifestation parisienne, que la jeune femme s'est décidé à gagner la place de la République.

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Léa, 27 ans, lors de la Nuit debout, à Paris, le 13 avril 2016. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Léa, 27 ans, lors de la Nuit debout, à Paris, le 13 avril 2016. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier

 

"Je n'ai jamais été très impliquée politiquement. Je vote (EELV), mais je n'ai jamais milité", confie-t-elle. Comme si "Nuit debout" était pour elle le début d'une nouvelle histoire avec la chose publique.

Des assemblées générales aux commissions, cela fait déjà quatre soirs que Léa tente de repenser la politique. "Il y a peut-être une autre façon de diriger le pays", poursuit-elle. Et cela passerait par ce qu'elle compare à un "forum internet en plein air". En attendant de changer le monde, c'est à son mode de vie que Léa a décidé de s'attaquer. Ce weekend, elle changera de banque.

 

Tristan, 21 ans

Il se dit "timide", mais c'est devant plusieurs centaines de personnes qu'il prend la parole. Ce mercredi-là, l'assemblée générale écoute l'appel aux volontaires lancé par Tristan, 21 ans. Etudiant en bande-dessinée, il participe depuis le début à la commission "Dessin debout", un groupe informel de dessinateurs chargés de récupérer les créations graphiques en lien avec le mouvement "Nuit debout". L'objectif est ensuite de les diffuser sur les réseaux sociaux.

Mais pas question pour autant de parler de communciation ou de propagande. "Il s'agit de ne pas cantonner "Nuit debout" à une démarche politique. C'est aussi une dynamique culturelle", répond le jeune homme.
Tristan, 21 ans, lors de la Nuit debout, place de la République, à Paris, le 13 avril 2016. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Tristan, 21 ans, lors de la Nuit debout, place de la République, à Paris, le 13 avril 2016. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier

 

Tristan votait "jusqu'à maintenant". Mais aujourd'hui, c'est plein d'enthousiasme qu'il voit le mouvement "Nuit debout" tenir tous les soirs la place parisienne. "La politique est plus présente ici qu'à l'Assemblée nationale", se réjouit-il.

Mais qu'attend-il au juste de cette mobilisation, "plus qu'un symbole", lui qui avait voté pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2012 ? "Le milieu politique était fâché avec le peuple. On verra bien ce que ça donnera.

 

Andrew, 48 ans

Ce soir, c'est le hasard qui a mené Andrew jusqu'à la place de la République. Ce Londonien de 48 ans a débarqué de la gare du Nord, avec quelques heures à meubler dans la capitale. "Je ne m'attendais pas à tomber sur une telle foule", confie-t-il. Son sac de voyage sur l'épaule, prêt à rejoindre son bus pour une nouvelle destination, Andrew s'offre une escale politique. Une expérience française.

 

"C'est une tradition qui remonte à la Révolution, non ?", interroge-t-il. Andrew n'a pas encore entendu parler de la "Nuit debout", un mouvement qui a gagné plusieurs villes en Europe, comme Bruxelles, Valence ou Berlin, avec, à chaque fois, des dizaines de participants. Curieux, il passe une tête à l'assemblée générale, où il est question ce soir de "droits humains" et d'"humanocratie".
Andrew, 48 ans, sur la place de la République, à Paris, lors de la Nuit debout, le 13 avril 2016. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Andrew, 48 ans, sur la place de la République, à Paris, lors de la Nuit debout, le 13 avril 2016. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier

 

"Qu'il y ait des idées qui s'échangent... C'est positif. Ce qui m'inquiète, c'est plus les tensions qui pourraient survenir", explique ce Britannique. "J'attends de voir le but que ces gens vont se fixer, avant de me prononcer !" C'est à présent un autre spectacle que cherche Andrew pour sa nuit parisienne. Une vue sur la Tour Eiffel. 
Ambiance musicale place de la République, lors de la 14ème Nuit debout
Durant les Nuits debout, il y les assemblées générales, les réunions en commission... Mais également, des concerts. Ambiance sur la place de la République, le 13 avril 2016.