Abstention record en Île-de-France : "La dimension de vote-sanction a disparu"

Le chiffre marquant du premier tour des élections régionales et départementales reste celui de l’abstention. Pour Mathieu Gallard, directeur de recherche chez Ipsos, les Français ont exprimé, entre autres, un rejet des élites politiques.

Le taux d'abstention a atteint 69,2% pour l'ensemble de la région
Le taux d'abstention a atteint 69,2% pour l'ensemble de la région © LOIC VENANCE / AFP

Bien souvent, un soir d’élections, ce sont les chiffres des suffrages exprimés en faveur des candidats qui marquent les esprits. Cependant ce 20 juin 2021, c’est l’absence des Français dans les bureaux de vote qui a atteint des niveaux historiques. Bien que les élections départementales et régionales soient parmi les scrutins qui mobilisent le moins les électeurs, l’édition 2021 du premier tour a atteint des scores historiquement hauts en terme d’abstention. Sur le territoire national, ce sont 66,1 % des électeurs qui ne se sont pas rendus aux urnes dimanche. Ce chiffre atteint 69,2 % sur la seule région Île-de-France. En 2015, l’abstention lors du premier tour s’élevait à 50,09 %. Un chiffre record, qui grimpe encore davantage si on regarde les 18-24 ans. Sur l'ensemble du territoire national 84% des jeunes ne se sont pas rendus aux urnes ce dimanche.  

Les raisons pour cette abstention historique sont multiples comme le montre un sondage Ipsos réalisé pour France Télévisions et Radio France quelques jours avant le scrutin. Ainsi, 39 % des électeurs pensent que ces élections n’auront pas d’impact direct sur leur vie quotidienne. 23 % d’entre eux souhaitent par le biais de leur abstention exprimer leur mécontentement vis-à-vis des hommes politiques en général. Les autres majeurs incluent le manque d’affinité politique avec un quelconque candidat ou une quelconque liste (22 %), le manque de capacité d’action présumé des conseillers régionaux et enfin le manque d’intérêt pour ces élections (20 %). 

Mathieu Gallard, directeur de recherche chez Ipsos, a analysé ces différentes raisons de l’abstention massive sur le plateau de France 3 Paris IDF. 

►Quelle est, selon vous, la raison principale de cette importante abstention ?

Il y a des raisons structurelles qui expliquent la progression de l’abstention à chaque nouvelle élection régionale. Les Français ne comprennent pas vraiment quelles sont les compétences des régions et se demandent donc "à quoi bon voter lors d’élections dont on ne comprend pas les enjeux ?". De manière générale, la population ne s’y retrouve pas. Dans ce contexte, la population ne comprend pas l’impact du scrutin sur sa vie quotidienne. 

►Y a-t-il des raisons politiques à cette abstention ?

Oui, il y a un rejet de plus en plus marqué de la part de la population des élites politiques et du système de gouvernance et des partis politiques. Certains ont même du mal à trouver des candidats et des assesseurs pour ces scrutins régionaux et départementaux. De plus, il n’y a pas eu cette année de "vote-sanction" qui vise traditionnellement à exprimer son mécontentement vis-à-vis de la politique de la majorité présidentielle. Les scores de La République en Marche ont été tellement faibles dans beaucoup de régions que la dimension de vote-sanction a disparue.

►Comment ce mécontentement envers la classe politique se traduit-il dans les initiatives des citoyens ?

Il y a effectivement une vraie demande de plus en plus fréquente de la part des Français pour le recours à de la  démocratie participative. Cela s’est vu lors du mouvement des Gilets Jaunes à travers la demande d’un référendum d’initiative citoyenne. Les Français s’intéressent de plus en plus à la prise de décision à l’échelle locale comme par exemple un référendum pour décider de l’implantation ou d’éoliennes près de leur commune. Les décisions prises dans les conseils régionaux et départementaux leur paraissent lointaines et détachées de leurs préoccupations quotidiennes. 

►L’abstention est particulièrement forte chez les jeunes, l’inscription d’office sur les listes électorales à 18 ans est-elle responsable de celle-ci ?

Cela ne change pas grand-chose à vrai dire. Ceux qui ne s’inscrivaient pas dans le passé ne votent certainement pas aujourd’hui. Ceux qui ne sont pas inscrits d’office sont mécaniquement comptés parmi les abstentionnistes, mais cela ne change pas grand-chose et le fait de supprimer cette inscription automatique n’aurait à mon avis pas d’impact sur cette démobilisation citoyenne.                                     

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