Agriculture urbaine : "Notre ennemi, ce sont plus les fortes chaleurs que la sécheresse"

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Alors que la préfecture d'Île-de-France a placé Paris et sa petite couronne en "vigilance" sécheresse, quelles sont les conséquences pour les agriculteurs urbains ? Explications avec Pascal Hardy, fondateur de "la plus grande ferme urbaine en toiture d’Europe".

L’arrêté interdépartemental a été pris mardi : Paris, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis et le Val-de-Marne sont désormais concernés par le "plan sécheresse". Les départements franciliens sont placés en "vigilance", soit le premier des quatre niveaux de sécheresse (suivent les niveaux "alerte", "alerte renforcée" et "crise").

Particuliers, collectivités, entreprises, industriels… Dans le cadre du niveau "vigilance", dit "orange", il est recommandé à "l’ensemble des usagers" de rationner sa consommation d’eau. Mais l’arrêté ne "s’accompagne pas de mesures de restriction obligatoires". Alors que la sécheresse touche durement les récoltes dans certains territoires français, avec par exemple des cultures qui brûlent en Bretagne et des rendements qui s’effondrent en Nouvelle-Aquitaine, qu’en est-il pour les agriculteurs urbains parisiens ?

"Même si la sécheresse se poursuit et entraîne des restrictions, je pressens qu’il n’y aura pas d’interdictions pour nous, contrairement aux productions en pleine terre", réagit Pascal Hardy, président d’Agripolis, une start-up parisienne qui propose notamment l’installation de fermes urbaines. Il est également le fondateur de Nature Urbaine, la société qui exploite "la plus grande ferme urbaine en toiture d’Europe" installée au-dessus du pavillon 6 du Parc des Expositions de la Porte de Versailles (15e arrondissement).

"On perd de l’eau dans des proportions minimes"

Tomates, fraises, haricots, salades, aubergines, mini-navets, mini-carottes… Nature Urbaine produit au total, selon les périodes, une vingtaine de variétés différentes de fruits, de légumes et d’herbes aromatiques au sein de ses potagers. A terme, le site doit s’étaler sur 14 000 m2.

"On fait de l’agriculture urbaine avec des systèmes verticaux et fermés, qu’on recharge en eau dans des proportions qui n’ont rien à voir avec l’irrigation par aspersion. Dans les grands champs de maïs ou les jardins par exemple, 90% de l’eau arrosée part. Soit elle s’évapore, soit elle va dans les nappes phréatiques. C’est très peu efficace, le rendement est mauvais. Avec nos systèmes, on perd de l’eau dans des proportions minimes", explique Pascal Hardy.

"Notre ennemi, c’est plus les fortes chaleurs que la sécheresse, note-t-il. A partir de certaines températures, les plantes ne croissent plus. Mais actuellement, on se retrouve dans une situation paradoxale, et ce n’est pas la sécheresse qui nous freine : on a énormément de produits mais du mal à les écouler. Au mois d’août, c’est une galère en termes de débouchés. Nos partenaires dans la restauration collective par exemple ont partiellement cessé leurs commandes."

"Si les températures augmentent, on souffrira moins que d’autres, mais on souffrira aussi"

Concernant l’évolution du climat, le fondateur d’Agripolis se dit par ailleurs "globalement inquiet" pour les années à venir : "Je suis investi dans ce domaine depuis les années 80. Si les températures augmentent, on souffrira moins que d’autres, mais on souffrira aussi. On installe en général des fermes urbaines sur des toits. Quand il fait chaud, les températures y sont encore plus hautes qu’au ras du sol. Avec notre système d'approvisionnement en eau, on sera moins touchés que d’autres, mais la chaleur fait chuter la maturation, les plantes se dessèchent."

Au-delà de la question de l’eau, Agripolis travaille sur d’autres projets en recherche et développement. "On développe un système 'vortex', pour décomposer des éléments organiques - par exemple des déchets verts - et pouvoir réintroduire le résultat comme engrais liquide dans nos systèmes. Ce qui permet de boucler les boucles, en minimisant les déchets verts. C’est important en termes environnementaux mais aussi en termes de qualité et de goût, en ayant une fraction significative d'éléments organiques dans la production de plantes", indique Pascal Hardy.

Chaque année, Nature Urbaine produit environ 10 tonnes de légumes et d’herbes aromatiques. Pour ce qui est de la sécheresse en Île-de-France, le niveau de "crise" est déjà activé en grande couronne, dans plusieurs communes de Seine-et-Marne, des Yvelines et de l'Essonne.