"C'est une victoire politique!" : la marche contre le racisme et l'islamophobie à Paris autorisée par la justice

La préfecture de police avait interdit une marche contre le racisme et l'islamophobie, organisée le dimanche 19 avril, par crainte de "forts risques de troubles à l'ordre public". Mais la justice y a opposé la liberté de manifestation et a donc suspendu cette interdiction.

Le tribunal administratif statuait en référé ce vendredi 19 avril après que le préfet de police de Paris a décidé le 18 avril d'interdire une marche contre le racisme et l'islamophobie, suivie d'un concert en invoquant "de forts risques de troubles à l'ordre public".

La justice a décidé de suspendre l'interdiction préfectorale estimant qu'elle portait "une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation".

Cette marche "contre le racisme, l'islamophobie et pour la protection de tous les enfants" est organisée à l'appel de 51 organisations parmi lesquelles LFI, le NPA, Attac, Solidaires et l'observatoire national des pratiques et des violences policières.

Elle doit se dérouler ce dimanche à partir de 14 heures entre Barbès et République et se terminer par un concert.

"Des motifs fallacieux"

Pour les organisateurs de la marche, il s'agit d'une "victoire politique". "On a voulu interdire cette manifestation sur des motifs fallacieux en portant atteinte à la liberté d'opinion et à la liberté de manifester", a réagi Amal Bentounsi, fondatrice du collectif "Urgence la police assassine", qui a déposé le référé.

 Simon Duteil, co-délégué général du syndicat Solidaires s'est félicité de la décision du tribunal administratif. Il a noté auprès de l'AFP "qu'une fois de plus il faut avoir recours à la justice pour un droit fondamental qu'est la liberté de manifester". "Ce gouvernement ne supporte pas la liberté d'expression et notamment que nous dénoncions les violences policières et le racisme", a-t-il ajouté.

"Risques de débordements"

Pour justifier sa décision d'interdire cette marche, la préfecture de police avait mis l'accent sur une "absence de prise en compte des risques de débordements par les organisateurs et le service de sécurité insuffisant", ce qui faisait "craindre de forts risques de troubles à l'ordre public".

L'arrêté d'interdiction avait relevé "par ailleurs que cette marche, en souhaitant également porter l'attention sur les enfants de Gaza, (était) de nature, eu égard aux tensions actuelles au Proche-Orient (...) à porter en son sein des slogans antisémites".

Un argument rejeté par le tribunal administratif. Il a souligné ainsi que les organisateurs avaient prévu "de contrôler les prises de parole au micro afin de faire obstacle à tout discours antisémite".

Et de conclure : "Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la manifestation projetée entraînerait des troubles graves à l'ordre public. Dès lors, l'exécution de l'arrêté attaqué, qui porte une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation, doit être suspendue".

La préfecture de police avait évoqué en outre un contexte de "mobilisation policière sur d'autres manifestations et événements sportifs", comme une brocante place de la République toute la journée ou pour le match de football PSG-Olympique lyonnais le soir.