CES 2021 : une expérience inédite pour les startups cette année avec un salon entièrement virtuel

L’événement, qui se déroule en temps normal à Las Vegas, est entièrement virtuel cette année en raison de la crise sanitaire. Un défi mais aussi une opportunité, selon les startups françaises du campus Station F à Paris.

Clément Dutartre, cofondateur de Microdoing.com, à Station F.
Clément Dutartre, cofondateur de Microdoing.com, à Station F. © France 3 PIDF

Alors que la pandémie de Covid-19 se poursuit, les allées d’habitude bruyantes du Las Vegas Convention Center, qui accueille en temps normal le CES (Consumer Electronics Show), semblent être un lointain souvenir. Pour son édition 2021, perturbée par la crise sanitaire, le plus grand salon au monde dédié aux innovations technologiques se déroule exclusivement en ligne. Une première pour l’événement.

Malgré ce format inédit, la jeune startup Microdoing, une startup qui propose à des entreprises de personnaliser des formations en se basant sur l’intelligence artificielle, a décidé de participer au salon à distance. Le stand virtuel consiste entre autres en une page de présentation et un "pitch" vidéo conçu pour synthétiser le projet. Pas un problème pour son cofondateur Clément Dutartre, qui travaille depuis Paris au campus de startups Station F (qui est situé dans la Halle Freyssinet, dans le XIIIe).

Selon l’entrepreneur, participer à cette édition "vaut vraiment le coup" : "On a vu le trafic sur notre site doubler. Ça nous a aussi déjà permis d’obtenir des contacts, surtout à l’étranger, directement via la plateforme. Il faudra calculer l’impact encore sur les semaines qui suivront, mais pour l’instant c’est vraiment rentable, vu le prix payé."

En temps normal, on se serait vraiment posé la question vu les sommes qu’un CES "classique" implique. Et on n’aurait peut-être pas saisi l’opportunité, à notre stade. Là, ne pas avoir à voyager permet de faire des économies.

Clément Dutartre, cofondateur de Microdoing

Alors que pour une startup la participation s’élève en temps normal à plus de 20 000 euros, le jeune entrepreneur évoque un coût autour de 1000 euros pour leur startup : "On a pu bénéficier d’aides de la Région, et on n’a pas engagé de frais pour les billets d’avion. En temps normal, on se serait vraiment posé la question vu les sommes qu’un CES "classique" implique. Et on n’aurait peut-être pas saisi l’opportunité, à notre stade. Là, ne pas avoir à voyager permet de faire des économies."

"Le seul point négatif, c’est qu’on ne découvre pas Las Vegas, il n’y a pas le show à l’américaine, note Clément Dutartre. Mais je ne sais même pas si on aurait eu le temps d’en profiter." L’entrepreneur évoque d’ailleurs une économie d’"énergie", en évitant des journées à rallonge : "Si on avait fait un CES en allant à Las Vegas, on aurait vraiment été épuisé. Là, on peut continuer à honorer notre travail classique, dès qu’on a un temps mort. Ça permet d’être plus flexible qu’en physique, on peut se relayer, et on peut inclure toute l’équipe."

"Ce qui est vraiment important, c’est la visibilité médiatique"

Même sentiment du côté de Matthieu Boutard, le directeur général de Bodygard, une startup qui propose aux entreprises mais aussi au grand public (via une application) une technologie pour détecter les "contenus toxiques" sur Internet : "J’ai déjà vécu le CES il y a sept ans pour Google, et le bruit sur place m’a marqué. D’habitude, on ressort avec des acouphènes, il faut une semaine pour s’en remettre, tellement il y a de boucan." Il explique toutefois que pour coller aux heures américaines, son équipe doit rester connectée jusqu’à deux heures du matin "pour éviter de rater des opportunités".

La startup, qui est basée à Nice mais qui a également un bureau à Station F à Paris, fait partie d’une délégation d’entreprises promues par Business France au CES 2021. "On a payé autour de 2000 euros", précise Matthieu Boutard à propos du coût de la participation. "Le fait que le salon soit virtuel cette année peut être un problème pour les projets basés sur du hardware : faire une démonstration à distance d’un produit physique, c’est compliqué. Mais nous sommes sur du pur software [du logiciel], donc ça n’a pas d’incidence de notre côté."

Pour le marché américain, c’est indispensable d’y être

Matthieu Boutard, directeur général de Bodygard

Le directeur général de Bodygard explique ceci dit "avoir fait une croix" sur certains aspects : "Je ne pense pas qu’on arrivera à trouver des clients potentiels cette année au CES, le format est étriqué et les gens ne sont pas forcément à l’écoute. La plateforme n’est pas bonne honnêtement. L’environnement virtuel n’est pas vraiment moderne, la page exposant n’est pas mauvaise mais la plateforme d’échanges est peu pratique. Il y a très peu de retours." Mais Matthieu Boutard explique que "ce qui est vraiment important, c’est la visibilité médiatique" : "On se lance aux Etats-Unis cette semaine, à l’occasion du CES. On s’ouvre à l’anglais, en étant en plus centré sur les contenus toxiques en ligne, un sujet complexe en ce moment en Amérique. Et on a une bonne retombée médiatique, que ce soit en France ou aux Etats-Unis."

Cette année, le CES compte trois fois moins d’exposants : 1 500 (dont 130 entreprises françaises), contre 4 500 en 2020. Un porte-parole de Station F, confirme que cette édition représente "un test un peu pour tout le monde, que ça soit pour les grands groupes, les startups mais aussi les organisateurs" : "Les entreprises vont tenter d’évaluer l’impact que peut avoir un tel événement en virtuel. D’habitude, le CES apporte une belle vitrine avec beaucoup de médias, des acheteurs sur le plan commercial, et enfin du networking, du réseautage, dans l’écosystème de la tech. Il faudra prendre du recul. Le format est complètement inédit avec la crise sanitaire : les grands salons comme le CES, le Web Summit à Lisbonne ou bien Viva Technology à Paris sont d’habitude très axés sur le présentiel."

Du côté de Microdoing, Clément Dutartre pense "a priori" reparticiper au CES l’an prochain : "Cette édition nous permet de mettre un premier pied, et de tester la rentabilité". Quant à Bodygard, Matthieu Boutard pense lui aussi revenir : "Je pense qu’on y sera. Pour le marché américain, c’est indispensable d’y être." Reste encore à savoir si la situation sanitaire permettra bel et bien dans un an de revenir à un format physique.

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