César, chercheur de matières est exposé au Centre Pompidou

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Toute sa vie il a trituré les matériaux, ferrailleur de génie, il a ouvert les champs de la sculpture contemporaine. Le Centre Pompidou lui rend hommage en exposant jusqu'au 26 mars, 126 de ses œuvres les plus célèbres.

Par France 3 Ile de France / Pascale Sorgues

Dans le geste sculptural de César, il y a le pouce. Celui qui donne la direction. Pas celui des empereurs tourné vers le bas, celui qui entraine le regard vers le haut, et nous emmène au 6ème étage du Centre Pompidou à Paris.

Exposition César à Beaubourg


La "piazza" brille de pluie. Sur fond de tuyauteries, il paraît « petit » ce pouce-là. Pourtant c’est un monument : 6 m de haut, 6 tonnes de bronze poli !  Voilà plus d’un an qu’il a été  fondu en Seine Maritime, aux Fonderies d’Art Bocquel, historique fondeur des œuvres de César.  Rassurez-vous, des pouces vous en verrez dans cette exposition ! Non pas un, mais des duplications, de toutes les formes et toutes les matières : résine, nickel, plâtre… Ne manquez pas le tout premier : il est rouge et riquiqui, duplication de son pouce à lui. C’est, pour César la période des Empreintes humaines. Il teste les agrandissements à l’aide du pantographe.

Des pouces …un sein !


Particulièrement remarquable, celui réalisé pour les anciennes usines Rochas, aujourd’hui, usines Fareva de Poissy (78). Il flotte, surdimensionné dans un bassin d’eau en forme de virgule. Très iconoclaste, et très chic à l’époque ! Sur les archives de l’événement, le tout Paris de l’époque, assiste à l’inauguration.  César est déjà  célèbre.

César ou la logique des matériaux !


50 ans d’exploration de la matière et un geste aux antipodes de la sculpture classique. La matière, il l’explore, la triture. Et des formes qu’elle prend, en fait son art.

Dans les années 1960, le choc ! César voit dans une casse de Gennevilliers, une presse hydraulique engloutir une épave. S’ouvre alors un chantier qui durera toute sa vie. Il aplati, écrabouille, compresse les épaves, les voitures neuves, les voitures de sport, les voitures accidentées (série appelées « Les Championnes") et, anecdote  célèbre, il compresse même une magnifique Zil soviétique, neuve, exemplaire rare offert par la Comtesse de Noailles. Il va lui réexpédier diminuée de 90 % !

L’exposition montre, dressée comme des tours, un « champ de Compressions » dans lequel le visiteur peut déambuler.

C’est là qu’intervient l’intelligence d’une scénographie réussie : l’ensemble des 126 œuvres de César exposées sont présentées dans un espace décloisonné, ouvert sur Paris et ses toits grâce à de grandes baies vitrées. Ainsi, au champ de Compressions – les toutes premières réalisées- dressées comme des monolithes font écho les tours de la Défense  et en arrière-plan, le Sacré Cœur. Tout simplement magnifique !

Dans la chronologie des œuvres de César, aux Compressions succèdent ou plutôt s’ajoutent la mousse polyuréthane des Expansions. Jamais, César n’abandonne une piste. Il délaisse sans abandonner puis revient sur ses travaux antérieurs. Son art est un vaste chantier ouvert sur d’incessantes expérimentations.

Ses Expansions magnifiquement mises en valeurs dans l’exposition, ont elles aussi suscité la polémique.

Lutte de la main de l’artiste qui veut maitriser la matière tout en s’y soumettant. Voilà le paradoxe de ces Expansions appliqué à un matériau contemporain, totalement inhabituel et indomptable en sculpture !

Autodidacte, César s’est emparé de matériaux de récupération. Ferrailleur de génie, entré dans la matière par la soudure à l’arc. A partir de là, va surgir un bestiaire fantastique : esturgeon, scorpion, chauve-souris… plus de 300 créations qui vont  lui assurer une notoriété naissante. L’exposition présente le modèle en plâtre de son hommage à Picasso,  une œuvre monumentale que l’on peut voir  dans le 5ème arrondissement de Paris, au carrefour de la Croix rouge.

Voilà 20 ans que César est mort. Cette rétrospective du Centre Pompidou lui rend un hommage légitime et réussi en 126 œuvres exposées. L’exposition se déroule jusqu’au 26 mars.

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