La "Cité audacieuse", un lieu parisien dédié aux droits des femmes unique en France

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes ce dimanche 8 mars, nous vous proposons de découvrir la "Cité audacieuse". Ce lieu dédié aux droits des femmes, inauguré à Paris ce jeudi, est unique en France. Visite guidée.
La Cité audacieuse a été inauguré ce jeudi 4 mars à Paris dans le 6 ieme arrondissement.
La Cité audacieuse a été inauguré ce jeudi 4 mars à Paris dans le 6 ieme arrondissement. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
A deux pas du Sénat et de la Sorbonne, en plein de cœur de Paris, la Cité audacieuse vient tout juste d’ouvrir ses portes. Un écrin de 1000 mètres carrés pour les femmes et leurs droits. Ici, une seule devise : liberté, égalité, sororité. Le rez-de-chaussée de cette ancienne école est ouvert au public. S’y mélangent un espace de débats, de conférences, de travail partagé, un café, un coin enfants, des bureaux d'accueil et de permanence pour les associations.

Les deux étages sont occupés par les « Audacieuses » : les 15 associations accueillies en résidences. On y trouve En avant toutes qui lutte contre les violences sexuelles et sexistes, le collectif 50/50 qui prône l’égalité, la parité et diversité dans le cinéma, Femix’Sports qui vise à une meilleure représentation dans le sport, les bureaux de l’Union régionale solidarité Femmes Île-de-France, et ceux de Règles élémentaires, qui se bat contre la précarité menstruelle.

Il y a également les architectes de Mémo, le Laboratoire pour l’égalité, la coordination française pour le Lobby européen des femmes, les associations Loba, Dans le genre égales, Led by her, le think tank Genre et ville, Women now for development et l’Organisation des femmes africaines de la diaspora. Toutes oeuvrent pour la reconnaissance des droits des femmes.

"15 Audacieuses"

La Cité audacieuse est un projet porté par la Fondation des femmes qui finance et soutient les associations féministes. ll est le fruit d’une lente maturation. L’idée avait germé sous la mandature de Bertrand Delanoë mais elle était restée dans les cartons. La Fondation des femmes s’en est emparée et s’est mise au travail, avec l’aide la marie de Paris. « Nous avons fait le constat qu’en France, il y avait des lieux d’accueil pour les femmes victimes de violences mais qu’il manquait un lieu regroupant les associations et les initiatives pour le rayonnement du droit des femmes, explique Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes et directrice de la Cité audacieuse. Nous avons sollicité la mairie de Paris et notamment Hélène Bidard, élue en charge de l'égalité femmes-hommes. Elle a dit : "Ok, je vous suis, je vous aide". » 

Le combat féministe est fragile

Quatre années de travail auront été nécessaires pour que la Cité sorte de terre. Il a fallu trouver un lieu, chercher des financements, consulter les associations féministes puis les sélectionner. Pour Anne-Cécile Mailfert, « le combat féministe est fragile, il n’est pas une priorité pour les gouvernements. S’ancrer dans la pierre montre que l’on existe malgré nos différences. Cela nous donne des forces dans cette période où le droit des femmes recule dans beaucoup de pays Européens. Regardez l’IVG en Pologne ! »

"C’est une sorte d’écosystème"

Aujourd’hui l’aventure commence sous la direction d’Anne-Cécile Mailfert, la directrice du lieu. « Notre rôle est de donner plus de moyens aux associations, moyens financiers, juridiques, et matériels. Le lieu leur offre un tremplin en les aidant à grandir. C’est une sorte d’écosystème qui favorise le partage, crée des lien, des synergies et facilite l’émergence de projets », explique-t-elle.
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, l'actrice Julie Gayet et SylviePierre-Brossolette, ambassadrices de la Cité audacieuse
Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, l'actrice Julie Gayet et SylviePierre-Brossolette, ambassadrices de la Cité audacieuse © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Même son de cloche du côté des « Audacieuses ». Installée au deuxième étage de la Cité,  l'association Loba bénéficie enfin de bureaux dédiés. Fini, les espaces de coworking. Loba lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et propose à travers le projet « Re-Création » des ateliers de danse-thérapie ; la danse comme outil pour extérioriser les traumatismes.

« C’était impossible de se payer des locaux à Paris. Avant, on travaillait dans des espaces partagés, confie Héloïse Onumba-Bessonnet, chef de projet à Loba. Aujourd’hui, être en résidence à la Cité, va nous permettre de nous re-structurer, de passer à une autre échelle et surtout d’échanger avec des associations engagées sur la même thématique. Il y en a plein d’associations mais souvent on ne travaille pas ensemble. Le lieu va permettre plus de synergie. »

La Cité audacieuse, qui a été inaugurée jeudi dernier, le 5 mars, attend désormais son public.

 

Quelques chiffres, avec la 2e édition du baromètre "Priorités femmes" (une étude de la Fondation des femmes et Kantar, réalisée du 12 au 16 février 2020)

  • 26 % des Françaises estiment que l’égalité professionnelle a atteint un niveau satisfaisant
  • 24 % des Françaises estiment que la situation des femmes s’est améliorée, contre  40 % pour les hommes
  • 32 % des Françaises estiment que les droits des femmes ont progressé en 2019, contre 58 % pour les hommes
  • Un Français.e sur 2 a été témoin d’une situation de violences envers les femmes
  • La confiance des femmes dans la justice pour prendre en compte les violences faites aux femmes a baissé de 9 points (42 % de jugement positif contre 51 % en 2019)
  • La confiance des femmes envers la police est en baisse de 8 points (48 % contre 56 % en 2019)
  • 65 % des Français.es estiment qu’il faut punir plus sévèrement les auteurs des violences physiques ou sexuelles


 


















 
Deux questions à Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, de la lutte contre les discriminations et des droits humains
France 3 Paris IDF : Quel soutien a apporté la mairie de Paris à la Cité audacieuse ?

Hélène Bidard : La mairie de Paris avait un projet ancien de « musée de la culture féministe ». En 2014, Anne Hidalgo m’en a parlé. Le terme de « musée » n’était plus adapté. Il fallait quelque chose de vivant. L’idée est venue d’une maison des droits des femmes. J’ai rencontré Anne-Cécile Mailfert (NdlR. La directrice de la Cité audacieuse). Au Grands Voisins (NdlR. Un espace associatif dans l’ancien Hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris), elle s’occupait « des voisines ». Nous avions le même constat et la même envie : les associations féministes sont éparpillées, il leur manque des locaux et de l’argent.

Le mouvement #MeToo et la libération de la parole des femmes ont été des accélérateurs. Une prise de conscience. Anne Hidalgo a toujours soutenu le projet politiquement. En 2016, nous avons commencé les concertations avec les associations, pour définir quels étaient leurs besoins, quels financements trouver. Puis il a fallu trouver un lieu. La mairie a mis à disposition le bâtiment, une école, et a financé les travaux à hauteur de 140 000 euros (NdlR. Des donateurs privés comme la Fondation Saint-Gobain et des Galeries Lafayettes soutiennent financièrement la Cité audacieuse).

Que va apporter la Cité audacieuse aux Parisiennes et Parisiens ?

A Paris, il y a près de 150 associations féministes. Diverses et multiples. La Cité va les aider à travailler ensemble et à trouver des synergies. Le lieu est ouvert à tous, il va permettre la « pollénisation » du féminisme, à mieux connaître ce mouvement, à une prise de conscience, et à une plus grande visibilité. Tout comme la transition écologiste, il faut une transition féministe dans la société. Et c’est inéluctable. Tout le monde doit s’y mettre car il y a encore des résistances !
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
journée internationale des droits de la femme société femmes