Coronavirus : trottinettes, vélos et auto-partage à l'arrêt... Les opérateurs parisiens à l'épreuve du confinement

Vélos, trottinettes, auto-partage... Depuis le début du confinement, la plupart de ces offres de mobilité sont suspendues dans les rues de Paris. Avec de lourdes conséquences économiques et sociales pour les opérateurs.
Des vélos Vélib', devant la gare Saint-Lazare, à Paris, le 1er avril 2020.
Des vélos Vélib', devant la gare Saint-Lazare, à Paris, le 1er avril 2020. © France 3 Paris Île-de-France / E. Tixier
L'effet confinement se fait aussi sentir sur les trottoirs de Paris. Les trottinettes électriques sont devenues une denrée rare. Dans la capitale, les loueurs ont quasiment tous jeté l’éponge : Wind, Tier, Jump, Voi, mais aussi Lime, pour qui Paris est pourtant le premier marché au monde... Seul Dott continue d’assurer le service. Comme ce soir-là, à proximité de l’hôpital Necker, dans le 15e arrondissement de Paris, où sont déployées une dizaine de trottinettes électriques.
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En passant à 1.000 trottinettes dans les rues, "on a divisé notre flotte par deux", précise Nicolas Gorse, le directeur général de Dott France, venu saluer l'un de ses employés encore sur le pont. Les chiffres sont implacables pour la start-up franco-néerlandaise : 85 % de baisse de l’activité depuis le début du confinement. Mais Dott assume son choix de maintenir une offre de transport, gratuite ou à tarif réduit pour certaines professions sollicitées durant la crise sanitaire.

"On reçoit tous les jours des messages de soignants, de pharmaciens, d'employés de supermarché qui nous poussent à continuer cette mobilisation", assure Nicolas Gorse.

Licenciés via visioconférence

Aux Etats-Unis, le Covid-19 a déjà eu de premiers effets dévastateurs dans le secteur de la mobilité. Un tiers des effectifs ont été licenciés chez Bird, l’opérateur californien de trottinettes en libre service. L'annonce a été faite aux salariés de l'entreprise fin mars... par visioconférence.

En France, s'il n'y pas encore eu de coupe sombre dans les effectifs des start-up du secteur, le chômage partiel frappe ces entreprises. Comme chez le Suédois Voi, où la quasi-totalité des employés est en "activité partielle". L'entreprise se veut toutefois rassurante quant à l'avenir. "On a une capacité financière suffisante pour tenir jusqu'en 2021", souligne Lucas Bornert, directeur général de Voi France. 

Tenir jusqu'à la prochaine éclaircie, c'est tout l'enjeu pour ces start-up. Pris dans la tempête du Covid-19, les opérateurs sont aujourd’hui exonérés de redevance par la Ville de Paris. A cela s'ajoute une lueur d’espoir : des perspectives de croissance, lorsque viendra l'heure du déconfinement.

Les gens vont se sentir plus à l'aise en étant sur une trottinette plutôt que dans un bus ou un métro bondé.

"Toutes ces nouvelles mobilités vont bénéficier de cette crainte des espaces confinés", analyse Jocelyn Loumeto, délégué général de la Fédération des professionnels de la micro-mobilité. "Les gens vont se sentir plus à l'aise en étant sur une trottinette plutôt que dans un bus ou un métro bondé."En attendant, les 16 opérateurs qui avaient répondu à l'appel d'offres de la Ville de Paris vont devoir patienter. La décision d'attribuer le marché des trottinettes à trois entreprises lauréates ne devrait pas être rendue fin avril, comme prévu, mais plus vraisemblablement "en juin", a-t-on appris auprès de la municipalité parisienne.

Plus de 80 % de baisse d'activité chez Vélib'

Dans la capitale, le service est aussi largement réduit du côté des vélos en libre service. Jump, filiale d'Uber, a suspendu ses locations. Parmi les offres de free floating, seul Mobike est encore en service. Tout comme Vélib’, qui accuse toutefois une baisse de plus de 80 % de son activité. Le 30 mars, le SAVM, syndicat mixte en charge du Vélib', a décidé de rendre gratuite la première heure d'utilisation des célèbres vélos parisiens. Tout en invitant les utilisateurs à limiter leurs déplacements.

On fait tout ce qu'on peut pour maintenir notre service. On s'adapte à la situation quotidienne.

L'autopartage aussi fait les frais du confinement. Ubeeqo, Free2Move, notamment, ont suspendu leurs activités en raison du Coronavirus. Seul opérateur à résister, Share Now (ex-Car2Go), communique des tendances (à la baisse), mais pas de chiffre.
Une voiture en libre service Share Now, à Paris.
Une voiture en libre service Share Now, à Paris. © France 3 Paris Île-de-France / E. Tixier
"Aujourd'hui, on fait tout ce qu'on peut pour maintenir notre service", explique Mathieu Bernasconi, responsable France pour Share Now. "On s'adapte à la situation quotidienne.

Durer face à la crise

Des entreprises plus ou moins bien armées face à la crise. Tout est une question de capitaux. "Vous avez des groupes solides, qui ont d'autres activités, comme Uber, et sa filiale Uber Eats", explique ainsi Pascal Melet, directeur d'Autonomy, le salon des mobilités urbaines qui se tiendra les 4 et 5 novembre à Paris. 

"Dans le domaine de l'autopartage aussi, on retrouve de grands constructeurs, comme Daimler, Renault...", poursuit ce spécialiste. Des groupes solides pour affronter la crise sanitaire. "D'autant que, derrière, se trouvent des lames de fond qui font que ces mobilités sont vouées à se développer massivement."
Une opération de désinfection d'un scooter Cityscoot, à Paris, le 1er avril 2020.
Une opération de désinfection d'un scooter Cityscoot, à Paris, le 1er avril 2020. © France 3 Paris Île-de-France / E. Tixier
Cityscoot, leader parisien du scooter partagé, n’échappe pas non plus au chômage partiel. Mais l'activité de l'entreprise se poursuit dans les rues de Paris. Changement des batteries, vérification du véhicule... En cette période de coronavirus, la nouveauté, c’est désormais la désinfection des scooters. Une nouvelle tendance dans ces mobilités du quotidien.
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