Crack : Anne Hidalgo veut ouvrir un lieu d'accueil "dès cet été" à Paris

Une semaine après l’évacuation les toxicomanes des Jardins d’Eole dans l’est de la capitale, la maire de Paris souhaite l’ouverture d’un premier lieu de prise en charge des consommateurs de crack dès cet été. La droite parisienne y est opposée.
Une salle de consommation à moindre risque est ouverte à Paris depuis 2016 à titre expérimental.
Une salle de consommation à moindre risque est ouverte à Paris depuis 2016 à titre expérimental. © Leon Tanguy/MAXPPP

"Dès cet été, je prendrai ma part en ouvrant un premier lieu de prise en charge spécialisé du crack à Paris comme j'en ai informé le Premier ministre Jean Castex lors d'une réunion lundi", a annoncé ce mercredi Anne Hidalgo au Conseil de Paris. Elle appelle le gouvernement à soutenir les élus parisiens dans "le déploiement de cette solution".

Des salles de consommation à moindre risque

Anne Hidalgo réclame depuis plusieurs semaines l'ouverture de nouveaux lieux d'accueil des toxicomanes mêlant soins, hébergement et espaces de consommation, calqués sur les SCMR, les salles de consommation à moindre risque. "Nous sommes prêts à en ouvrir plusieurs, disséminées sur l'ensemble du territoire parisien et, en lien avec l'Etat, au sein du Grand Paris", a réaffirmé la maire de Paris. Plusieurs sites auraient déjà été identifiés malgré le fait qu'elles ne soient pas autorisées par la réglementation française.

Une première SCMR accueille à titre expérimental depuis 2016 des toxicomanes près de la gare du Nord. Début juin, le ministre de la Santé Olivier Véran a jugé "positif" le bilan des deux SCMR existantes en France, à Strasbourg et Paris.

Les associations sur le terrain sont également favorables à de telles salles, porte d'entrée vers un suivi médico-social global. "Ces salles, nous les considérons comme des portes d’entrée vers les soins. Les personnes viennent pour consommer mais ils peuvent y trouver autre chose : des éducateurs, des infirmiers, des médecins, des psychiatres, des assistants sociaux. Les personnes peuvent être prises en charge au niveau global, soins, orientation, accompagnement administratif, dépistages des maladies telles le VIH ou les hépatites, aide juridique et tout un réseau pour les accompagner si elle souhaite arrêter la consommation de stupéfiants", explique José Matos, chef de service au Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues (CAARUD).

Passe d’armes au Conseil de Paris

L'ouverture de ces lieux d'accueil a agité les débats du Conseil de Paris ce matin. La droite parisienne n’est pas favorable à l’ouverture des "salles de shoot", un terme réfuté par l'élue socialiste et les associations d’aide aux toxicomanes.

En Conseil de Paris, Rachida Dati, présidente du groupe LR, a accusé Anne Hidalgo d'avoir "fixé les violences, les agressions" et les "viols" autour des jardins d'Eole alors qu'un site "moins dense" à la limite d'Aubervilliers et de Pantin lui avait été proposé. "Les salles de shoot ne sont pas une solution et ne le seront jamais car elles incitent à la consommation", a-t-elle estimé, suggérant à Anne Hidalgo, présidente des Hôpitaux de Paris, de recourir à "l'hospitalisation obligatoire" des toxicomanes.

L'enfermement, "c'est d'une inhumanité totale mais en plus ça n'a jamais fonctionné", lui a répondu l'adjointe à la santé Anne Souyris (EELV), se félicitant que "le reste de cet hémicycle arrive à un consensus" autour du fait que "l'accueil supervisé permet cette entrée dans le soin".

Présent lors du débat sur le sujet, le préfet de police Didier Lallement a rappelé l'opposition du ministre de l'intérieur Gérald Darmanin "à des salles où l'on se drogue" réaffirmant son opposition personnelle aux SCMR.

Ce débat intervient une semaine après que l’évacuation de consommateurs de crack des jardins d'Eole à la lisière des 18e et 19e arrondissements. La préfecture, en accord avec la mairie, les y avaient provisoirement regroupés depuis mi-mai afin de soulager les riverains d'un quartier voisin.

Si la fin de ce dispositif provisoire a permis de restituer le parc aux familles, comme Anne Hidalgo s'y était engagée début juin, les consommateurs de crack sont toujours présents à l'entrée nord du parc et dans le quartier Stalingrad, où ils ont été de nouveau visés vendredi soir par des tirs de mortier. 

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