Des cygnes sont morts sur les lacs du bois de Boulogne. Les associations suspectent des cas de botulisme

Plus d’une dizaine de cygnes ont été retrouvés morts à Paris dans les lacs du bois de Boulogne depuis le début de l'été. La PAZ, une association de défense des animaux suspecte des cas de botulisme et interpelle la mairie de Paris.
Des cygnes au bois de Boulogne. Plusieurs sont morts cet été.
Des cygnes au bois de Boulogne. Plusieurs sont morts cet été. © MARTIN BUREAU / AFP

La PAZ, l'association Paris Animaux Zoopolis, est inquiète. Une quinzaine de cygnes et cygneaux selon la PAZ, est morte sur les lacs inférieur et supérieur du bois de Boulogne à Paris. "Dès la fin du mois de juin, des cygneaux sont morts sur le lac supérieur. On a tout de suite suspecté des cas de botulisme", explique Amandine Sanvisens, présidente de PAZ. "Le week-end du 8 août, une famille a été décimée. Seul un cygneau était encore en vie", poursuit-elle.
 
Des cygneaux sont morts au lac du bois de Boulogne à Paris
Des cygneaux sont morts au lac du bois de Boulogne à Paris © La Paz


Jocelyne Poyot, responsable du centre de soins de l’association Pour la défense et la sauvegarde des cygnes a recueilli et tenté de sauver le petit cygneau âgé de 3 ou 4 mois. En vain. "Ce jeune cygne avait été repéré dans le lac supérieur du Bois de Boulogne, où l’eau est chaude et très basse en ce moment. Il montrait tous les signes de botulisme. Il ne tenait pas debout, ses ailes étaient "en catamaran" mais son cou tenait encore. Très affaibli, nous lui avons donné du charbon liquide et des antibiotiques. Mais il n’a pas pu être sauvé. C’était un cygne tuberculé, une espèce protégée, reconnaissable à son excroissance noire sur le nez", s’émeut-elle.

Des cas de botulisme ?

Pour les défenseurs des animaux, il s'agit bien de botulisme : une maladie neurologique grave provoquée par une toxine produite par la bactérie Clostridium botulinum. Cette affection est très répandue chez les oiseaux et entraîne une surmortalité notamment chez les cygnes.

Pascal Arné est le responsable de la clinique Faune Sauvage au Centre hospitalier universitaire Vétérinaire de Maison-Alfort, le premier centre de soins dédié aux animaux sauvages en France. Les oiseaux représentent environ 85% des entrées. Il nous explique ce qu'est cette maladie.

"Cette toxine contenue dans une bactérie provient de spores que l’on retrouve dans le milieu naturel sous forme dormante. Dans certaines circonstances notamment quand il fait chaud, que la température de l'eau est élevée et stagnante, qu'il y a peu d'oxygène ou beaucoup de matières organiques, les spores trouvent un milieu favorable pour germer et donner forme à la bactérie. Si cette bactérie a le gène de la toxine, cela produit la toxine de botulisme", détaille-t-il. "La mortalité des poissons peut également entrainer le développement d’asticots qui peuvent concentrer la toxine sans en souffrir. Les oiseaux, canards, cygnes vont les ingérer et être atteints", ajoute-t-il.

La toxine provoque une paralysie ascendante des nerfs. Les pattes sont touchées en premier. L’oiseau ne peut plus marcher ou nager. Il va utiliser ses ailes pour se déplacer. Quand le cou est touché, l’animal ne peut plus tenir sa tête et ne peut plus se nourrir. Il se noie ou meurt. Selon, Pascal Arné, "On voit des signes cliniques de paralysie très caractéristiques mais il n’y a pas de lésions évocatrices à l’autopsie. Pour savoir s'il s'agit bien de botulisme, il faut faire des analyses pour savoir si la toxine est présente dans l’organisme", précise-t-il.

Si la toxine est un poison très violent, Pascal Arné se veut tout de même rassurant : "l’homme peut faire des formes graves de botulisme mais il y a plusieurs types de toxines et ce ne sont pas les mêmes qui infectent l’homme. A ma connaissance, il n’y a pas de liens entre le botulisme aviaire et humain".
 

La Paz tire la sonnette d'alarme

Pourquoi la ville entretient-elle les parcs et jardins mais pas les lacs ?

Amandine Sanvisens

L'association a alerté la mairie de Paris dès la fin du mois de juin et lui demande aujourd'hui d'agir au plus vite. "Les lacs artificiels ne sont pas entretenus. Il n'y a pas eu de curage total des 2 lacs du bois de Boulogne depuis 1941", s'exclame Amandine Sanvisens, citant un rapport de l'APUR, l'Atelier parisien d'urbanisme. "Les solutions partielles mises en place par la ville sont insuffisantes, ajoute-t-elle. "Aujourd'hui, on demande à la mairie de s’engager à un nettoyage en profondeur des 2 lacs. Même si l’opération est coûteuse", poursuit-elle.

La PAZ souhaiterait également que la mairie dégage un budget pour protéger les animaux qui vivent en ville. 

Contactée, la mairie de Paris reconnait la surmortalité des cygnes. "En 2020, nous avons constaté la mort de 12 cygnes dans les 2 lacs du bois de Boulogne. Plus que l’an dernier. Nous avons fait procéder à des autopsies. Nous voulons savoir quelle est la cause exacte des décès pour trouver la solution adéquate pour les protéger".

A ce jour, la mairie de Paris dit attendre les résultats des autopsies et des analyses avant de prendre toutes décisions.







 
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