Pour dénoncer les dégâts causés par les sangliers, les agriculteurs retournent la pelouse des Invalides

Une quarantaine d'agriculteurs de la Confédération paysanne, dont certains déguisés en sangliers, ont piétiné et retourné les pelouses de l'Esplanade des Invalides. Objectif : sensibiliser aux dégâts causés par ce gros gibier. 
Un militant de la Confédération paysanne déguisé en sanglier, sur l'esplanade des Invalides, à Paris, le 26 septembre 2018, pour protester contre le manque d'action des pouvoirs publics pour lutter contre les ravages de cet animal.
Un militant de la Confédération paysanne déguisé en sanglier, sur l'esplanade des Invalides, à Paris, le 26 septembre 2018, pour protester contre le manque d'action des pouvoirs publics pour lutter contre les ravages de cet animal. © JACQUES DEMARTHON / AFP
L'opération n'est pas banale. Ce mercredi après-midi, un commando de d'agriculteurs a retourné les belles pelouses de l'Esplanade des Invalides. A l'image de leurs champs qu'ils retrouvent parfois ravagés. 
Leur objectif : alerter les politiques aux dégâts causés par les sangliers. Pour marquer les esprits, certains agriculteurs ont d'ailleurs enfilé des masques de sangliers. "On est vraiment là pour interpeller de manière symbolique les députés. Les trous qu'on voit là, c'est exactement ce qu'on vit sur nos fermes", a affirmé Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, devant des mottes de terre retournées.
Ces paysans demande à l'Etat de "prendre ses responsabilités" et de classer les sangliers parmi les nuisibles. "On demande que l'agrainage (répandre du grain pour nourrir le gibier, NDLR) soit interdit et on demande une augmentation des prélèvements" de gibier, a déclaré Jean-Michel Granjon, responsable de ces questions à la Confédération paysanne.
 
Alain Perea, député LREM de l'Aude et coprésident du groupe d'étude chasse, a tenté de calmer l'assemblée, annonçant la création prochaine d'une mission parlementaire sur le sujet. "Si on aborde le problème agriculteurs contre chasseurs, on ne s'en sortira pas", estime-t-il: "Nous avancerons ensemble, avec des positions équilibrées".
   

4 millions de sangliers en France 

Quelque 700.000 sangliers ont été abattus entre 2016 et 2017, soit 50 % de plus qu’il y a 10 ans, selon des estimations de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). Dans les Yvelines, 4120 sangliers ont été tués durant l'année 2016-2017. En 20 ans, ce nombre a évolué de 121,6 %. Dans l'Essonne, les chasseurs ont abattu 1788 sangliers. Un nombre qui a évolué de 228,1 % en 20 ans. Dans le Val-d'Oise, les chasseurs ont abattu 2103 sangliers. L'évolution en 20 ans est spectaculaire : + 385,7 %.

Les syndicats agricoles, évaluent à 4 millions la population actuelle de ces suidés dans l'Hexagone. Les dégâts qu'ils causent sur les cultures agricoles sont de plus en plus importants et coûtent autour de 50 M€, dont 30 M€ d'indemnisations aux agriculteurs. Ils pointent la responsabilité de certaines sociétés de chasse auxquelles ils reprochent d'avoir favorisé leur prolifération pour organiser des chasses. "Filer la gestion des sangliers aux fédérations de chasseurs, c'est comme demander à Total de faire en sorte de diminuer la consommation de pétrole", grinçait Gilles Delaunay, agriculteur en polyculture élevage installé dans l'Orne, un masque de sanglier sur la tête.




   
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