Émeutes en Nouvelle-Calédonie : des rassemblements à Paris "pour la paix" et contre la réforme constitutionnelle

Tandis que la situation reste très tendue sur l’archipel, des Calédoniens se rassemblent à Paris pour dénoncer les violences des émeutiers. Des collectifs indépendantistes se mobilisent aussi dans la capitale contre la violence institutionnelle de l’Etat.

Alors que trois policiers ont été blessés par des tirs à Nouméa ce jeudi, cinq personnes sont mortes depuis lundi en Nouvelle-Calédonie : trois Kanaks et deux gendarmes, dont l'un rattaché à l'escadron de gendarmerie mobile de Melun en Seine-et-Marne. "Pour la paix", plus d’une cinquantaine de Calédoniens se sont rassemblés mercredi soir place de la République à Paris, à plus de 16 000 km de l’archipel.

Une manifestation organisée par Matthieu Babe, un "Calédonien depuis sept générations", pour soutenir l’état d’urgence décrété par Emmanuel Macron. "Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose en urgence, pour appeler à l’apaisement. Il faut se retrouver et se soutenir. C’est un rassemblement citoyen et apolitique", raconte ce designer dans le secteur de la cybersécurité, âgé de 32 ans.

"Je suis né et j’ai grandi en Nouvelle-Calédonie, explique-t-il. Je vis et travaille à Paris depuis 13 ans, je retourne tous les ans chez moi pour voir ma famille. Mes oncles, mes tantes, ma sœur et mes meilleurs amis vivent là-bas. Quand j’ai reçu leurs premiers messages au début des violences, j’ai d’abord ressenti beaucoup de peur et de douleur."

"Des proches ont perdu leur entreprise, avec des commerces et des stockages réduits en cendres. Ma sœur m’a écrit : 'J’ai peur qu’ils nous tuent'. Un oncle m’a envoyé des vidéos montrant les barrages construits avec d’autres civils pour protéger les habitations des incendies. On voit des images impensables. Toutes ethnies confondues, ce sont des lieux de vie qui sont visés et qui partent en fumée", poursuit Matthieu Babe.

"Le dialogue est figé, rompu, c’est triste, déplore-t-il. J’ai l’impression qu’on est arrivé à un point de non-retour. Tout est en train de s’écrouler en Nouvelle-Calédonie, économiquement et culturellement. Blancs, noirs… Il faut se rassembler au-delà des ethnies, de la couleur de peau et des différents camps. Il faut des solutions pacifiques et réalistes."

"Non à la recolonisation"

Les indépendantistes - qui avaient déjà manifesté à Paris au sein du cortège du 1er-Mai - continuent de dénoncer le dégel du corps électoral calédonien pour les élections provinciales. Et ce alors que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a indiqué sur France 2 que le gouvernement "n'envisage pas de retrait" de sa réforme constitutionnelle, votée mardi par l’Assemblée nationale.

Un rassemblement est organisé ce jeudi soir à 19h sur la place de la République, "contre le colonialisme français".

Une cinquantaine de personnes se sont également réunies mardi près des Invalides, à l’appel notamment du collectif Solidarité Kanaky. Un rassemblement dans le calme pour appeler au retrait du texte gouvernemental, rapporte Outre-mer la 1ère.

Dans un communiqué, le collectif Solidarité Kanaky dit "non à la recolonisation". Il dénonce la réforme, un "processus dangereux pour l’avenir du peuple kanak" à l’origine d’une "montée des tensions" et de l’"embrasement". Le collectif déplore des inégalités économiques et sociales toujours "très importantes" en Nouvelle-Calédonie, "30 ans après l’Accord de Nouméa". "Des conditions qui permettent de renforcer la colonie de peuplement qu’a toujours représenté pour l’État français ce territoire du Pacifique", peut-on lire.

"Ceux qui tentent ce passage en force tournent le dos aux Accords Nouméa et nient le fait colonial en Nouvelle-Calédonie. Ce sont des pyromanes, seuls responsables des événements qui s’y déroulent. Ce texte doit être retiré et le dialogue réouvert", a déclaré sur X le député LFI de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel, présent lors de la manifestation, en "solidarité avec la mobilisation du peuple kanak".

Dans l’archipel, "un millier d'effectifs de sécurité intérieure supplémentaires" sont attendus "en plus des 1700 effectifs déjà sur place", a annoncé le Premier ministre Gabriel Attal lors d'une conférence de presse. Les forces de l’ordre ont procédé à plus de 200 interpellations depuis le début des émeutes.

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