Climat. Eté 2022 en Île-de-France : "Il faut s'attendre à des températures pouvant aller jusqu'à 50 degrés"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Marc Taubert .

Plusieurs vagues de fortes chaleurs ont marqué l'été en Île-de-France et dans l'Hexagone. Selon Robert Vautard, climatologue et contributeur au GIEC, on ne peut exclure que des températures extrêmes vont toucher la région dans un avenir proche.

Un été particulièrement sec et chaud a fait figure d'alarme avec des températures pouvant dépasser les 40 degrés le jour et plus de 25 degrés la nuit. Robert Vautard, climatologue et coordonnateur d’un des chapitres du sixième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) dessine les contours d'un climat francilien qui pourrait fortement évoluer. Selon ce directeur de recherche au CNRS qui dirige également l’Institut de recherche en sciences de l'environnement Pierre-Simon-Laplace au sein de l'Université Paris-Saclay,  il faut s'attendre à des températures pouvant atteindre les 50 degrés lors de prochains étés.

Existe-t-il un microclimat en Île-de-France ?

Robert Vautard : L'Île-de-France possède une sorte de microclimat : celui d'une région urbaine dense. Les nuits, en période de vagues de chaleur, peuvent être beaucoup plus chaudes si l'atmosphère n'est pas ventilée comme en région périurbaine ou rurale. Cela est clairement lié à l'urbanisation.

Or, les températures les plus fortes ont augmenté de pratiquement 6 degrés pour les températures extrêmes depuis le milieu du siècle dernier dans les régions du nord et du centre de la France. C'est énorme. Rien ne dit que l'évolution va se poursuivre, mais pour le moment, cette évolution des températures extrêmes est plus rapide que celles simulées dans nos modèles. Cela vaut aussi pour les températures moyennes. Dans ce cas, les villes vont avoir à se préparer à des températures encore beaucoup plus fortes comme cette année ou en 2019 où il y avait eu des pointes jusqu'à 43 degrés en région parisienne. Il faut s'attendre à des températures pouvant aller jusqu'à 50 degrés comme au Canada qui a la même latitude que la France.

Comment les villes peuvent-elles s'adapter ?

Robert Vautard : La première façon d'envisager le futur est d'essayer de minimiser l'adaptation que l'on aura à faire. Plusieurs scénarios sont sur la table pour la décarbonation du secteur de l'énergie. Au niveau des émissions françaises, on doit atteindre une baisse de -43% des émissions en 2030 par rapport à 1990. Nous sommes à peu près à la moitié du chemin (à environ -20%). Mais nous avons moins de temps pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. On ne va pas éviter des phénomènes extrêmes plus intenses. Il va falloir s'adapter. Le spectre est très large, il faut adapter tous les secteurs.

La Ville de Paris et la région Île-de-France travaillent à des plans d'adaptation. Il faut réintroduire beaucoup plus de fraîcheur dans les villes, réintroduire des espèces végétales et des surfaces avec de l'eau. Avec une généralisation de la désimperméabilisation des sols et la mise en place de plus en plus d'arbres, on peut avoir des températures beaucoup moins insupportables. Actuellement, les rues sont des fours en été.

Enfin, il y a les aspects sanitaires. Le fait que les températures ont du mal à redescendre la nuit ne permet pas à notre corps de se reposer et nos bâtiments, en Île-de-France, ne sont pas conçus pour la chaleur contrairement à des bâtiments dans certaines régions plus méridionales. Certains quartiers sont privilégiés et ont plus de nature. Cela coïncide souvent avec les quartiers les plus riches. Il y a encore des inégalités très fortes au sein même de la région.

Est-ce que l'on constate toujours une surmortalité lors des canicules ?

Robert Vautard : Les vagues de chaleur sont les catastrophes naturelles les plus spectaculaires en termes de mortalité. Il y a eu 2500 morts en Europe en 2019. C'est une mortalité supplémentaire, c'est énorme. Les inondations les plus meurtrières en Europe représentent au plus quelques centaines de morts et font surtout des dégâts matériels. Désormais, tous les ans, nous sommes confrontés à ces vagues de fortes chaleurs. Les causes de la mort sont la déshydratation, l'hyperthermie, les maladies connexes comme celles cardiovasculaires qui sont amplifiées par la chaleur. Et cela touche aussi les jeunes. Ce n'est pas lié aux personnes âgées ou fragiles.

Dans le futur, faut-il se préparer à des sécheresses graves ? Comment s'en prémunir ?

Robert Vautard : L'eau est une ressource relativement abondante en France. Elle est assez peu chère quand on voit les volumes que l'on utilise. Elle pèse peu dans le budget d'un ménage, beaucoup moins que l'énergie. Même si des efforts sont faits pour les aspects sanitaires, on consomme entre 100 et 200 litres par jour, rien que pour les toilettes, la douche. Ces volumes partent directement dans les systèmes d'assainissement.

On pourrait imaginer des réutilisations d'eau, même si elles ne sont pas simples. Cette année, il y a des communes qui n'ont plus eu d'eau potable. Ce n'est pas le futur, c'est le présent. L'eau potable vient en partie des rivières et des nappes phréatiques. On peut tout à faire imaginer dans un scénario de sécheresse prolongée. Mais les pluies en France n'ont pas eu, jusqu'à aujourd'hui, des variations de volume très fortes. Cependant, il existe plus de périodes sèches et de précipitations intenses. Les étés seront de plus en plus secs et les hivers de plus en plus pluvieux.

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