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Le plus grand défi des clubs de Ligue 1 et de Top 14 ne se trouve peut-être pas sur les terrains. Entre reports potentiels de matches, bataille avec les diffuseurs et baisse des revenus, le football et le rugby français vont devoir mener un rude combat contre le coronavirus. Le but, non pas gagner, mais résister.

Le coronavirus envahit les vestiaires

Ne parlez pas de Kylian Mbappé ou de Rory Kockott, cette saison, la star des terrains de sports risque d’être… le coronavirus. Alors que les compétitions officielles reprennent, ou sont sur le point de reprendre en France, les cas de joueurs testés positifs à la Covid-19 s’enchaînent. Durant sa préparation, le Stade Français a dû interrompre ses entraînements après que 19 membres de son effectif aient été contaminés. Cette semaine, six joueurs du PSG ont été testés positifs, dont la vedette brésilienne Neymar. Ce jeudi, c’est le Racing 92 qui a annoncé qu’un de ses membres avait attrapé la pathologie. Le sport français est-il prêt à un exercice 2020-21 dans un contexte de crise sanitaire ?
Le 6 août dernier, l’effectif du Stade Français rentre d’un stage d’une semaine en terres niçoises. En pleine préparation pour la reprise du Top 14, le club parisien constate que plusieurs de ses individualités sont positives au coronavirus. Elles sont directement placées à l’isolement pour 14 jours. Le 10 août, la situation s’aggrave. Au total, ce sont 19 membres du groupe professionnel qui sont touchés. Certains souffrent même de lésions pulmonaires. Le Stade Français Paris est obligé d’annuler ses entraînements et ses deux matches amicaux face à Brive et Toulon qui étaient prévus les 14 et 27 août.
Un coup d’arrêt terrible dans une période essentielle, celle où les organismes reprennent le rythme et les joueurs créent des automatismes entre eux. Aujourd’hui, le club de la capitale ne compte plus aucun joueur positif dans son effectif, mais n’est pas en mesure de disputer son premier match officiel de la saison. La rencontre contre l’Union Bordeaux-Bègles programmée ce 4 septembre a en effet été reportée. Pour la Ligue nationale de rugby (LNR), le Stade Français est "dans l’incapacité d’aligner le nombre requis de joueurs de première ligne". Pour rappel, six joueurs de première ligne doivent être mentionnés sur la feuille de match.

Mais la liste des clubs de rugby professionnels concernés par des cas de Covid est longue. Toulouse, Grenoble, Agen, Bordeaux-Bègles et Lyon. Au total, sept matches amicaux ont été annulés cet été. Ce jeudi, un cas positif a été recensé du côté du Racing 92. La Ligue a alors pris certaines dispositions. Des tests sont obligatoires trois jours avant les rencontres. Et les joueurs sont soumis à des règles précises dans leurs vies privées. Si trois joueurs sont détectés positifs au virus, le match de leur équipe est alors reporté.

De quoi imaginer le calendrier du Top 14 bouleversé cette saison. "Trois cas, cela va super vite, estime Gonzalo Quesada, entraîneur du Stade Français. Dès qu’il y a un cas que l’on ne voit pas et qui échange avec des membres de l’équipe et du staff, ça monte super vite. J’ai peur que ce protocole soit difficile, notamment quand l’hiver arrivera". Pour autant, le technicien en est convaincu, "la Ligue fait tout ce qu’il faut pour que le maximum de matches soit joué et qu’on soit rassurés par rapport à la situation".
Trois questions à Gonzalo Quesada

La réaction des instances du football

Dans le monde du football, les instances dirigeantes elles-aussi veulent s’adapter à cette situation extraordinaire. La Ligue 1 n’est en effet pas immunisée face au virus. Montpellier et Marseille ont notamment été touchés par la Covid-19. Le premier match de la saison qui devait avoir lieu entre l’OM et Saint-Etienne le 21 août dernier a alors été reporté. Jusque-là, une rencontre du championnat de France de football peut être reprogrammée si quatre joueurs au sein d’un même effectif une semaine avant le match sont contaminés. Mais la Ligue de football professionnel (LFP) et le gouvernement veulent alléger le dispositif.

Ce mercredi, le conseil d’administration de la LFP a adopté un projet de texte qui permet de maintenir un match si au moins 20 joueurs, dont un gardien sont disponibles. La cellule interministérielle de crise doit rendre son avis dans les prochains jours.
 
Une nouvelle qui pourrait potentiellement changer la donne pour le PSG. En effet, cette semaine, six cas positifs ont été détectés au sein de l’équipe de la capitale. Angel Di Maria, Leandro Paredes et Neymar, puis Marquinhos, Keylor Navas et Mauro Icardi ont été diagnostiqués porteurs du virus.

> Les joueurs du PSG positifs au coronavirus.
Après la finale de la Ligue des champions face au Bayern le 23 août dernier, les joueurs du PSG ont disposé d’une semaine de repos, notamment en raison du report du match de Ligue 1 contre Lens, initialement prévu le 29 août. Plusieurs joueurs parisiens sont alors allés se détendre à Ibiza, où ils auraient été contaminés. En cas de maintien du match contre Lens programmé le 10 septembre, le PSG devra donc se passer de ses six stars placées en quatorzaine, soit plus de la moitié de son équipe-type.
Une situation qui crée des tensions au sein de l'organigramme parisien. Le directeur sportif du club, Leonardo, en veut à l'entraîneur du PSG, Thomas Tuchel d'avoir accordé une pause aussi longue à ses joueurs. Le technicien allemand se plaindrait quant à lui du manque de profondeur d'un effectif amputé par de nombreux départs ces dernières semaines. Derrière l'épidémie de coronavirus couve la crise sportive. D'autant plus que les consignes données aux joueurs étaient relativement maigres. Un simple "message général de ne pas faire les cons", selon un agent de joueur cité par Le Parisien.

Les clubs vont-ils résister économiquement ?

Et à ce jeu, les conséquences économiques ne risquent-elles pas d’être importantes pour la Ligue 1 et le Top 14 ? "Les deux championnats sont inquiets, mais ils ne reposent pas sur les mêmes modèles. Le football est télé-dépendant. Le rugby tire lui profit des recettes de billetteries les jours de match. Ce ne sont pas les mêmes tenantes", analyse l’économiste du sport Pierre Rondeau. Concrètement, les conséquences d’une saison marquée par le coronavirus pourraient être majeures pour le football en cas de mécontentement des diffuseurs face à de potentiels reports de match. Tandis que pour le rugby, c’est la jauge de 5 000 spectateurs admis dans les stades qui pourrait être problématique.

Pour l’instant, le football français a su résister face à la crise. Selon la DNCG, chargée de surveiller les comptes des clubs professionnels en France, les équipes de Ligue 1 auraient chacune perdu 291 millions d’euros de coûts directs. "Mais certaines pertes ont été compensées par un prêt de l’Etat et par la hausse des droits télévisuels". Ainsi, les clubs ne rembourseront le prêt qu’à partir de 2021, et percevront 20 millions d’euros de droits en plus cette saison, avec notamment l’arrivée de Médiapro sur le marché qui a raflé la diffusion des matches pour 800 millions d’euros.

Prenons le cas du PSG, on ne va pas se mentir, Mediapro a investi en Ligue 1 car il y a les stars du PSG. Si Neymar ne joue pas un certain nombre des matches, le diffuseur pourrait se plaindre.

"Pour l’instant, c’est difficile, mais on tient le coup. L’enjeu, c’est la suite. Ça pourrait être très inquiétant si la situation continue", annonce Pierre Rondeau. Selon l’économiste, les diffuseurs pourraient notamment refuser, à terme, de bouleverser les programmations préétablies. "Le risque, c’est qu’ils demandent à renégocier les contrats à la baisse. Et puis prenons le cas du PSG, on ne va pas se mentir, Mediapro a investi en Ligue 1 car il y a les stars du PSG. Si Neymar ne joue pas un certain nombre des matches, le diffuseur pourrait se plaindre".

Une hypothèse loin d’être abstraite. Ce jeudi, le championnat anglais de football a rompu son contrat avec le média qui diffuse ses matches en Chine car il n’a pas versé les premiers paiements. Au total, la perte sera de 590 millions d’euros sur trois ans pour le football anglais.

Le rugby ne repose pas de son côté sur le même modèle. Les clubs du Top 14 dépendent notamment des recettes dues aux matches en eux-mêmes : billetterie, restauration et sponsoring. Au total, cela représenterait 65% des revenus d’un club professionnel. Ce qui pourrait pénaliser les structures du monde du rugby est plutôt la jauge de 5 000 spectateurs dans les gradins. Pour les mois de septembre et octobre, les pertes pourraient atteindre les 35 millions d’euros.
"Si on maintient la jauge de 5 000 spectateurs, ça pourrait être très inquiétant pour le rubgy professionnel", pose Pierre Rondeau. Les dirigeants des clubs du Top 14 et de la LNR ont alors demandé au gouvernement de les soutenir financièrement. Leur but : obtenir du premier ministre que la jauge de spectateurs autorisés soit proportionnelle à la capacité du stade.

Les structures professionnelles du monde du football et du rugby s’apprêtent quoiqu’il en soit à vivre à nouveau une saison singulière. Entre reports potentiels de matches, bataille avec les diffuseurs et baisse des revenus, les clubs vont devoir faire le dos rond une nouvelle fois cette saison.