L'inquiétude des étudiants face à des partiels à géométrie variable

QCM en ligne, contrôle continu, devoirs maisons, les partiels varient selon les choix des facultés pour ce second trimestre. Au risque de renforcer des situations de tension pour certains étudiants. 

Le centre Pierre-Mendès-France, à l’université Paris-Tolbiac, fermé depuis la mi-mars.
Le centre Pierre-Mendès-France, à l’université Paris-Tolbiac, fermé depuis la mi-mars. © AFP
Laurène et Adèle, étudiantes en région parisienne passent leurs partiels cette semaine. Mais comme depuis le début du confinement, elles ne remettront pas les pieds à la fac. Depuis le salon d’Adèle, les étudiantes ont préféré passer la première épreuve ensemble et sont aussi en contact avec quelques-uns de leurs camarades de promo sur des groupes de discussions. "Ça permet d’être plus sûre de la réponse mais ça prend plus de temps pour répondre aux questions", confie Laurène. Les deux étudiantes ont bien révisé mais la tenue de ses épreuves en ligne les angoisse. "Normalement nos partiels, ce ne sont pas des QCM du coup, on n’a aucune préparation, aucun entraînement. D’habitude, on a les annales des anciennes années, on s’entraîne sur ça et c’est le même type de questions", déplore Adèle.
 

Des partiels en ligne

Comme l’établissement d’Adèle et Laurène, de nombreuses universités ont choisi d’organiser des partiels en ligne. La faculté de pharmacie de Paris a choisi des épreuves sous forme de QCM. Pour éviter trop de triche, "chaque étudiant a un tirage au sort dans une compétence, donc ils n’ont pas la même question et dans chaque QCM, les propositions sont dans un ordre aléatoire", détaille Isabelle Margaill, assesseur en charge de la pédagogie. Les étudiants doivent aussi signer une attestation sur l’honneur. "C’est symbolique, on a pris le parti de leur faire confiance", remarque Virginie Lasserre, assesseure chargée des ressources et développements numériques. Car la faculté a décidé de faire preuve de bienveillance. "On a décidé de supprimer les notes éliminatoires et on a mis en place une compensation entre semestre 1 et semestre 2", poursuit Isabelle Margaill. "C’est bienveillant mais c’est pas donné", note Youcef Kadri, vice-doyen étudiant de la faculté de pharmacie.

A Assas pour éviter la triche, un enseignant a voulu recourir à l’eye tracking et accéder aux messageries des boîtes mails et réseaux sociaux pour surveiller ses étudiants lors des examens à distance. "Un chargé de TD a demandé aux étudiants de télécharger des logiciels d’eye tracking notamment. Heureusement, cela a été mis en échec", raconte Mathias Nieps, président de l’Unef à Assas.

Dans cette faculté, la mise en place des partiels semble avoir été particulièrement chaotique à écouter certains étudiants et enseignants. "Le processus de fixation des modalités a été vraiment pénible. Le président de l’université a organisé les partiels tout seul et de manière juridiquement contestable. On a perdu des semaines et des semaines", dénonce un chargé de TD.
Les organisations syndicales avaient demandé que les partiels prennent la forme de devoir maison. "On a essayé de peser pour avoir des DM (devoir maison ndlr) à rendre en 24 heures pour éviter de se connecter à heures fixes, ce qui est compliqué pour ceux qui ont des difficultés de connexion", raconte Mathias Nieps, président de l’Unef à Assas.

Ils durcissent les épreuves alors qu’on a eu les grèves, le confinement, la continuité pédagogique a été ultra difficile. On souffre beaucoup.

Mais pour la majorité des étudiants, les partiels sont programmés la semaine prochaine à des horaires fixes. "Normalement, on a 3 heures pour passer les épreuves, là, certains professeurs veulent nous les faire passer en deux heures, c’est très compliqué. Je ne pense pas obtenir mon second semestre dans ces conditions", dénonce Louis Boyard, étudiant à Assas Melun et membre de l’association Assas in Progress. "Ils durcissent les épreuves alors qu’on a eu les grèves, le confinement, la continuité pédagogique a été ultra difficile. On souffre beaucoup", poursuit-il.

Une bataille juridique à Paris 1

A l’université Paris 1, c’est la justice qui finalement va devoir trancher sur les modalités d’examen concernant le second semestre. Un imbroglio juridique que dénonce l’Unef. "Le 5 mai, la CFVU (Commission de la formation et de la vie universitaire) a voté la non prise en compte des notes inférieures à 10", explique Ulysse Guttmann-Faure, secrétaire général de l’Unef Paris 1. "Ça permet à une personne qui aurait validé son premier semestre alors même qu’il était très chaotique de ne pas être pénalisée si elle a été touchée par le covid, si elle n’avait pas d’ordinateur et n’a pas pu envoyer ses devoirs… ", précise-t-il.
Mais cette décision a été attaquée par le directeur de droit de la Sorbonne et treize autres professeurs. Le tribunal leur a donné tort mais doit à nouveau se prononcer dans quelques jours. Les partiels sont en attendant suspendus.
 
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