JO de Paris 2024 : des retombées économiques encore incertaines

L'impact économique des Jeux (olympiques et paralympiques) de Paris, qui débuteront dans moins de 100 jours, devrait être limité et se chiffrer à moins de 10 milliards d'euros. D'autres retombées, non financières, sont toutefois attendues. Notamment dans le secteur du tourisme.

Les Jeux auront un impact économique estimé entre 5,3 (scénario bas) et 10,7 milliards d'euros (scénario haut) entre 2017 et 2034 selon l'étude du CDES. Le scénario central table sur un impact de 8,1 milliards pour la France.

Le cabinet Asterès, qui a publié une note sur l'impact économique des Jeux début février, se rapproche du scénario le plus pessimiste du CDES.  Selon lui, "les Jeux olympiques de Paris entraîneront une hausse de recettes fiscales et sociales de 5,3 milliards d'euros". 

Pour le chef économiste d'Asterès Sylvain Bersinger, "il s'agit d'une estimation prudente, qui ne prend pas en compte l'impact des Jeux sur le tourisme ou l'attractivité du pays". En tout état de cause, l'impact macro-économique de l'évènement est "relativement limité quand on le compare à la richesse produite en une année en France", explique Christophe Lepetit. En 2022, le produit intérieur (PIB) brut de la France atteignait 2 639 milliards d'euros, selon l'Insee.

Trois secteurs à la fête


Du côté des entreprises, "trois grands secteurs vont bénéficier" en priorité des retombées économiques, assure à l'AFP Christophe Lepetit. C'est d'abord le bâtiment et les travaux publics (BTP) qui devraient connaître une "stimulation".

Même si de nombreuses infrastructures sportives étaient déjà construites avant l'attribution des JOP à Paris en 2017, certains "aménagements" en leur sein ont été favorisés par l'accueil de l'évènement. Christophe Lepetit cite notamment la rénovation de la marina de Marseille ou la réfection de la piste d'athlétisme du Stade de France.

Autres bénéficiaires attendus : la filière événementielle et le secteur du tourisme. L'accroissement de l'activité touristique à Paris ne sera pas nécessairement spectaculaire, la capitale étant déjà une destination très courue. "Par contre sur Châteauroux, Lille, Lyon", des villes moins connues à l'international, "un surcroît d'activité touristique" se produira "certainement", anticipe Christophe Lepetit. Gare cependant à l'"effet d'éviction", qui pourrait pousser certains touristes effrayés par l'affluence exceptionnelle en France cet été à reporter voire annuler leur séjour dans l'Hexagone.

Sur son site, la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) Paris Île-de-France se réjouit de "formidables opportunités d'affaires" pour les entreprises franciliennes. Sur le budget total du Comité d'organisation des JOP, "2,5 milliards d'euros sont en effet consacrés aux achats de fournitures et de services", rappelle la CCI.

Des gains modestes pour l'Etat


"On ne va pas gagner un point de croissance grâce aux Jeux", avertit Christophe Lepetit, alors que le gouvernement français mise sur une progression d'1% du PIB en 2024. Si les recettes de TVA ou de taxe de séjour peuvent être temporairement dopées pendant les JO, l'effet de cette hausse "ne sera pas hyper structurant", tempère Christophe Lepetit.

L'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a récemment anticipé un "léger pic de croissance" au troisième trimestre (+0,3%) "en raison de l'effet tourisme lié aux Jeux olympiques".
Mais celui-ci ne durerait pas et la progression du PIB ralentirait à seulement 0,1% de croissance sur les trois derniers mois de l'année.

D'autres effets positifs à prévoir

"Il ne faut pas chercher à tout rendre économique et à tout monétiser", indique Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d'économie du sport (CDES), qui doit justement actualiser dans les prochains jours son étude d'impact, publiée en 2016 avant l'attribution des Jeux. Les "bénéfices non monétaires" - sociaux, politiques ou géopolitiques - de l'évènement pourraient ainsi être plus importants et plus durables, selon lui.

"Si l'objectif (des JOP, ndlr) est purement d'avoir un impact économique structurant, il faut probablement y renoncer", juge Christophe Lepetit. Mais "au service de quelle grande cause met-on l'accueil de ces évènements sportifs-là ?", s'interroge-t-il.

Bien organisés, les JOP "peuvent être des accélérateurs pour augmenter la pratique sportive, développer l'inclusion par le sport, renforcer l'insertion sociale de publics éloignés (...) du marché du travail. C'est là qu'il peut y avoir des effets structurants de long terme, plus que sur les effets économiques", tranche-t-il.