"Nous, avocats, ne connaissons pas la peur face à l'extrême" : la profession mobilisée après la publication d'une liste d'avocats "à éliminer"

Les acteurs franciliens du monde judiciaire se sont mobilisés ce vendredi en soutien à la centaine d'avocats ciblés par un site internet d'extrême droite, qui appelle, entre autres, à les "neutraliser".

Nous, avocats, défenseurs des libertés publiques, protecteurs de l’Etat de droit, ne connaissons pas la peur face à l’extrême”. Devant une cinquantaine d’acteurs du Droit, réunis ce vendredi midi devant le tribunal de Pontoise, Maître Sébastien Raynal fait part de son inquiétude.

Alors que plusieurs élus et militants politiques ont récemment été la cible d'agressions, Me Raynal dénonce un "exercice démocratique" devenu "dangereux", et dont plusieurs avocats auraient fait les frais. “Nos confrères ont manifestement eu le tort [...] d’être des vigies de nos libertés en dénonçant dans une tribune leurs craintes en cas d’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Ces craintes sont une réalité et la publication de leur nom sur un site d’extrême droite [...] le démontre”, argue l’avocat.

Des avocats pris pour cible 

Le 2 juillet dernier, plusieurs avocats signaient une tribune collective dans Marianne dans laquelle ils qualifiaient le Rassemblement national de “danger pour notre société”. Ils y expliquent également qu’en cas de victoire du parti d’extrême droite, ils se constitueraient “en brigade du droit” pour porter “toutes les actions devant les tribunaux contre les pourfendeurs de nos lois et règlements républicains”. 

En réaction, un site d’extrême droite publie dès le lendemain "une liste (très partielle) d'avocats à éliminer". Au total, 98 noms d'avocats des barreaux de Caen et de Paris sont cités. "Imaginons tous ceux de cette liste retrouvés dans un cul de basse-fosse ou simplement 'disparus', et la peur changera de camp", peut-on lire dans l'article.

C’est la première fois qu’en France je vois des avocats visés sur les réseaux sociaux, en appelant à notre assassinat.

Me Sébastien Raynal

Une attaque qui rappelle tristement à Me Sébastien Raynal “le début du siècle dernier”. “On franchit un cap. Cela fait 17 ans que je fais cette profession et c’est la première fois qu’en France je vois des avocats visés sur les réseaux sociaux, en appelant à notre assassinat”, déplore l’avocat. 

Devant le tribunal de Pontoise, les acteurs de la Justice sont animés du même désir : témoigner leur soutien à leurs confrères et consœurs. “Je suis choquée, indignée et révoltée contre ces attaques directes mais j’ai confiance dans le fait qu’on ne pourra jamais nous atteindre”, confie une avocate présente à la mobilisation. Me Eric Bourlion, ancien bâtonnier au barreau de Pontoise, refuse ces intimidations : “L’Histoire se répète, mais on saura réagir pour défendre nos libertés”.

Des menaces de mort qui inquiètent 

D’autres rassemblements avaient lieu ce vendredi partout en France, comme au Palais de Justice de Paris, où s’est rendue Me Marianne Lagrue. Pour l’avocate en droit d’asile et droit des étrangers, la menace est à prendre au sérieux : “Ces dénonciations sont suivies d’une liste de noms, ce qui peut être constitutif de dangers pour ces avocats”. Pour la membre du Syndicat des avocats de France, "le climat politique" actuel et les "résultats électoraux" du premier tour expliquent la libération d'une parole et d'écrits extrémistes.

Parmi les avocats cités, beaucoup défendent les plus démunis, les plus faibles, certains font du droit des étrangers et du droit d'asile. Aujourd’hui, ceux qui défendent sont souvent amalgamés aux personnes qu’ils défendent, et c’est d’ailleurs pourquoi dans certains régimes autoritaires les avocats sont pris à partie ou arrêtés”, ajoute l'avocate.

Plus de 68 avocats ont porté plainte pour "menaces de morts envers un avocat", et un signalement a été effectué auprès du Parquet de Paris, pour tenter d'identifier le ou les auteurs de ces menaces. "Ce qu'il y a de paradoxal c'est que ces personnes vont être poursuivies, et si on les retrouve, elles feront appel à un avocat", indique Me Legrue. Et il y aura toujours un avocat pour eux, car c'est dans notre serment de les défendre tous et toutes."

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