Opération séduction à l’AP-HP : les hôpitaux parisiens continuent de recruter

Infirmiers, aide-soignants… L’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) recherche 500 soignants pour combler la pénurie de personnels et pour faire face à la pandémie de Covid-19.

500 postes doivent encore être pourvus du côté de l'AP-HP (illustration).
500 postes doivent encore être pourvus du côté de l'AP-HP (illustration). © MC / France 3 PIDF
L’opération séduction continue pour les hôpitaux parisiens. Sur 18 500 postes de soignants budgétés à l’AP-HP, un millier cherchaient encore preneur avant le confinement. Cette pénurie a depuis été résorbée de moitié : 500 postes doivent encore être pourvus.

"Les recrutements continuent, explique Pierre-Emmanuel Lecerf, directeur général adjoint de l’AP-HP, qui met en avant une "meilleure situation numériquement qu’en mars". Depuis le mois d’août, nous avons plus de 1 370 candidatures d’infirmiers qui ont été actées, engrangées, et ça continue." Pierre-Emmanuel Lecerf souligne toutefois des "difficultés sur des postes en gériatrie, sur des postes la nuit" : "Nous cherchons à être le plus attractif possible dans les services où il manque encore du personnel".

"Ce que nous mettons en avant, ce sont les avantages de travailler à l’AP-HP, dans un hôpital public, dans un centre universitaire, de recherche où les carrières sont variées, détaille le directeur général adjoint de l’AP-HP. Ce que nous voulons proposer, c’est dire à chaque personne que l’on recrute : on vous proposera une évolution dans votre carrière. Soit pour faire de l’enseignement, soit pour faire une spécialisation clinique, soit pour faire de la recherche. Et puis nous mettons en avant d’autres aspects sociaux, non seulement les rémunérations qui vont augmenter avec le Ségur de la santé, mais aussi des propositions de logements pour ceux qui par exemple montent des régions pour venir travailler chez nous."

La période du Covid a permis de remettre la profession au-devant de la scène

Patrick Chamboredon, le président de l’ONI

De son côté, l’Ordre national des infirmiers (ONI) souligne l’importance de développer l’attractivité de la profession via un plus grand potentiel de formation et d’évolution des carrières. "Certes, il faut un volet rémunérations… Mais les infirmiers de base, qui travaillent au lit du patient en soins généraux, avec trois ans d’études, pourraient aussi aller vers une pratique avancée avec plus d’autonomie et un autre rôle dans le système de santé, défend Patrick Chamboredon, le président de l’ONI. Ils pourraient aller au-delà vers quelque chose de plus universitaire, vers de la recherche… Toujours au service du patient, mais avec comme rôle de réfléchir pour introduire de nouvelles pratiques de soins. Ça permet de fidéliser les professionnels dans leur métier. Et ainsi conserver les gens plus longtemps dans la profession, avec des carrières plus longues, en réinvestissant l’expérience acquise."

Patrick Chamboredon ajoute que "la période du Covid a permis de remettre la profession au-devant de la scène".

"Il faut s’en féliciter, on est plus attractif"

Pour ce qui est de la question financière, reste encore un problème de pouvoir d’achat. Le Ségur de la santé a certes augmenté le niveau des salaires à l’embauche pour les aide-soignants (avec 1750 euros bruts par mois, soit une hausse 180 euros en 2021) et les infirmiers (avec 2000 euros bruts par mois, soit une augmentation de 180 euros en 2021).

Mais même à plus de 2000 euros par mois en début de carrière, Anastasia Lazarevic, étudiante infirmière en 2e année, continuera de faire la navette entre Marne-la-Vallée et les hôpitaux parisiens. "En prenant en compte les amplitudes horaires effectuées dans le cadre de l’exercice de ma profession, en prenant en compte également ma situation personnelle, à un moment donné il est clair et net que la question se posera, raconte cette future infirmière. Pour un confort de vie, en se rapprochant de son lieu d’exercice tout simplement." En attendant, les écoles d’infirmières ne désemplissent pas. L’AP-HP compte ainsi augmenter d’environ 50% le nombre de places en formation. Selon Olivier Youinou, infirmier et membre du syndicat Sud à l’AP-HP, le métier de soignant a le vent en poupe cette année. "63% des élèves qui sont dans nos instituts de formation aujourd’hui s’engageraient à l’assistance publique à la sortie de leur école, contre 50% l’année dernière, explique le syndicaliste. Donc il y a 13 points de plus, c’est assez exceptionnel, il faut s’en féliciter, on est plus attractif. Mais ça ne fait que remplir le mouvement naturel de départs à la retraite ou de demandes de mutation vers la province."

L’assistance publique se dit en tout cas mieux préparée à une seconde vague. Une cellule est ainsi chargée de recontacter les 10 000 volontaires venus de toute la France, au plus fort de la crise. Seuls 250 ont accepté pour l’instant.

Au niveau national, Patrick Chamboredon, le président de l’ONI, précise par ailleurs que la population totale d’infirmiers devrait passer de 700 000 à entre 900 000 et un million de professionnels d’ici 2040.
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