Le Pied de Cochon, dernier dépositaire d'une mémoire des Halles de Paris

© Geoffroy Van der Hasselt/AFP Photos
© Geoffroy Van der Hasselt/AFP Photos

Le restaurant "Le Pied de Cochon", brasserie de l'après-guerre, associée à l'histoire des dernières décennies des Halles, est devenue aujourd'hui une sorte de monument mémoriel d'une époque et d'une vie disparues

Par Christian Meyze

Les Halles, "le ventre de Paris", énorme marché alimentaire au coeur de la ville, ont disparu après des siècles d'existence, en 1969. Des dizaines d'années se sont écoulées. Sont venus les supermarchés, la grande distribution, les centrales d'achat et même le "Forum des Halles"...
Des Halles, il ne reste rien, ou presque. 50 ans après leur départ du centre de Paris, toutes les photos ou cartes postales ont été éditées, exploitées. On ne compte plus les livres qui racontent l'histoire et le lieu, les modes de vie et les légendes de ce marché qui fut l'un des plus importants sinon le plus grand des marchés d'Europe pendant huit siècles. Les Halles, une histoire sur papier.


La trace d'un monde disparu

Demeure cependant un lieu vivant, devenu le dernier symbole ou la dernière trace d'un monde disparu, le restaurant Le Pied de Cochon.

Le Pied de Cochon, il suffit d'en prononcer le nom, en France mais aussi dans beaucoup de pays étrangers, pour évoquer les Halles. Comme s'il s'agissait d'une mémoire collective, d'un patrimoine que beaucoup connaissent . C'est pourtant surprenant. Car cet ancien petit bistrot du quartier, devenu grande brasserie après guerre, après son rachat par un mandataire de boucherie qui se lance dans la restauration, n'a pourtant jamais été un "grand restaurant" au sens où on l'entend aujourd'hui. Le lieu est depuis longtemps une honnête brasserie, à la carte traditionnelle et où il n'a jamais été question de "course aux étoiles".


L'aventure de Clément Blanc

Tout commence en 1946. Clément Blanc, mandataire de boucherie au Halles, qui deviendra le "père fondateur" du futur groupe de restauration "Blanc", propriétaire ensuite de nombre d'adresses célèbres et prestigieuses, rachète, au 6 de la rue Coquillière, en bordure des Halles, un petit café-restaurant fermé depuis la guerre.
En 1947, après des travaux de remise en état, Clément Blanc ouvre son premier établissement qu'il baptise donc Le Pied de Cochon. Idéalement situé  (mais à cette époque, les bistrots et cafés sont nombreux autour des Halles) juste en face des pavillons Baltard, l'endroit va d'abord devenir, en quelques années, l'une des tables appréciées par ceux qui travaillent là, à commencer par les "forts des Halles". 


Pied de cochon, 24 heures sur 24

C'est que Clément Blanc a eu deux bonnes idées. D'abord, comme d'autres à l'époque, il a décidé que l'établissement serait ouvert 24 heures sur 24. Car le marché, aux Halles, se déroule la nuit. Et la clientèle a faim, très faim et soif, au petit matin. Nombre d'établissements accueillent donc ces travailleurs à peu près à toute heure du jour ou de la nuit.
C'est un temps où les bouchers arrivent fréquemment avec leur morceau de viande à faire cuire, les vendeurs de légumes avec une caisse de champignons ou de choux-fleurs etc.. Et l'on troque de la marchandise contre du savoir-faire ou d'autre marchandise.  

Et l'autre idée de Clément Blanc, c'est de mettre à sa carte un morceau oublié, délaissé, que beaucoup de bouchers ne vendent même pas : le pied de cochon. C'est l'origine du nom de l'établissement.


Une notoriété rapidement installée

Dès le début des années 1950, Clément Blanc montra une facette supplémentaire de ses talents, en attirant rapidement dans son établissement, le monde du spectacle.

D'abord les salles de théatre ou de musique, nombreuses à Paris à l'époque, garantissant une clientèle qui apprécie de trouver une table sympathique à toute heure de la nuit. Puis, très vite, les jeunes stars montantes, comme les plus anciennes, du cinéma et du showbizz. Dans les années 1960, l'endroit était déja devenu un incontournable et une adresse qu'on se devait de connaître à Paris.

Vint alors 1969, le départ des Halles pour Rungis et les années du "trou des Halles"
, interminable chantier accompagné d'innombrables et interminables polémiques, qui a gelé le quartier durant plusieurs années. Des années difficiles pour le Pied de Cochon. Des années durant lesquelles les touristes avaient un peu déserté l'endroit. C'est l'époque sans doute pendant laquelle le Pied de Cochon a acquis sa réputation de table qui fait rêver les Français de province venus passer quelques jours à Paris.


Renaissance

La renaissance, alors, viendra à partir de 1979, avec l'ouverture du Forum des Halles, devenu aussi gare centrale de l'Ile-de-France.

Consécration absolue en 1981, lorsque le nouveau Président de la République, tout juste élu, François Mitterrand, vient fêter sa victoire à la table du Pied de Cochon. Dès lors, politiques, gens du spectacles, touristes du monde entier et Monsieur  Madame Toutlemonde retrouvent le chemin de la brasserie, qui est désormais perçu comme une sorte de "conservatoire de la mémoire des Halles" qui ferait partie de l'image de la France un peu comme la baguette de pain, le camembert et même la Tour Eiffel et le Lido !!!
© Le Pied de Cochon.com
© Le Pied de Cochon.com

Un lieu très vaste

En 1990, le Pied de Cochon confie sa décoration à un groupe d'étudiants des Beaux-Arts. Le résultat, très réussi, est toujours en place aujourd'hui. Des fresques, toutes ornées d'un petit cochon caché quelquepart dans chacune, ornent les salles. Au fil des années, c'était l'objectif de Clément Blanc depuis le début, la brasserie s'est agrandie en rachetant successivement tous les espaces et appartements des trois immeubles jouxtant ses murs, dès qu'ils se libéraient. Aujourd'hui, le lieu, constitué d'une succession de salles, est immense et peut accueillir beaucoup de convives à la fois.

Le groupe Blanc, racheté en 2016, par le groupe Bertrand, à la fois mastodonte et professionnel de la restauration parisienne, après un passage par la Caisse des Dépôts et Consignations, le Pied de Cochon peut continuer tranquillement sa route.

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