Piétonisation, pistes cyclables : l’inquiétude du côté des automobilistes face au plan de déconfinement à Paris

Alors que Christophe Najdovski, l’adjoint à la maire de Paris en charge des transports, a affirmé que "la voiture ne saurait être une option", le plan de déconfinement présenté par la Ville soulève des inquiétudes chez les associations de défense des automobilistes.

Un policier contrôle une voiture dans le cadre du confinement contre la propagation du coronavirus, le 23 mars aux abords de l’Arc de Triomphe à Paris (illustration).
Un policier contrôle une voiture dans le cadre du confinement contre la propagation du coronavirus, le 23 mars aux abords de l’Arc de Triomphe à Paris (illustration). © PHILIPPE LOPEZ / AFP

A l’approche du 11 mai, la mairie de Paris veut donner la priorité aux piétons, "angle numéro un" du déconfinement, ainsi qu’aux vélos. Pour les premiers, la Ville prépare la piétonisation des abords des gares ainsi que d’une trentaine de rues, dont la rue Mouffetard dans le Ve arrondissement ou celle du Faubourg-Saint-Denis dans le Xe. Marquage au sol pour organiser des "lieux d’attente" devant certains commerces, "élargissements temporaires" des trottoirs étroits pour sécuriser les croisements, retrait de files de stationnement, aménagements spécifiques aux abords des écoles aux horaires d'arrivée des enfants pour éviter les afflux… L’objectif de la Ville est d’"assurer la distanciation sociale" dans la capitale, comme l’a expliqué Christophe Najdovski, l’adjoint chargé des transports, des déplacements, de la voirie et de l'espace public, mardi au cours d’une conférence de presse.
Pour ce qui est des deux-roues, de nombreux aménagements sont aussi prévus avec la transformation en pistes cyclables provisoires de 50 km de voies d'habitude réservées aux voitures, dont des portions de la rue de Rivoli, de l’avenue du Général-Leclerc ou encore du boulevard Saint-Michel. Connectées aux aménagements des communes voisines de la petite couronne, par exemple à la porte de Clichy, ces voies seront censées servir d’"alternatives aux transports en commun", et en priorité aux lignes 1, 4 et 13 du métro.
Christophe Najdovski l’a affirmé : pour la mairie, "la voiture ne saurait être une option", l’hypothèse d’un usage massif des automobiles n’étant jugée "ni viable, ni souhaitable". L’adjoint dit en effet craindre la formation d’"autoroutes urbaines en plein cœur de Paris". "Le trafic quotidien sur la ligne 13 est de 540 000 voyageurs. Si 10% de ces voyageurs décident de prendre leur voiture, cela représenterait 54 000 véhicules, soit une fois et demi le trafic qu’on avait sur les berges de Seine avant la fermeture", a-t-il ainsi expliqué, à titre de comparaison.

"Si tout se passe bien, on applaudira des deux mains mais on peut avoir des doutes"

Du côté des associations de défense des automobilistes, l’annonce du plan de déconfinement soulève des inquiétudes. "Nous ne sommes pas des psychorigides de la voiture, notre philosophie est centrée sur la mobilité multimodale, prévient Yves Carra, porte-parole de l'Automobile club association (ACA). Je suis moi-même cycliste, et à Paris, les gens utilisent souvent une multitude de mobilités. Il faut partager la route. On est vraiment favorable à une cohabitation, mais sans pour autant exclure la voiture de la ville, en imaginant que tout le monde devrait maintenant se déplacer à vélo. Si le fait d’avoir moins d’automobiles permet de mieux s’organiser, et si les Franciliens qui le peuvent prennent leur vélo, tant mieux. La mairie décide de bloquer 50 km de routes, c’est leur décision, j’espère qu’ils auront raison et que les pistes seront utilisées. Si tout se passe bien, on applaudira des deux mains mais on peut avoir des doutes."
Yves Carra, qui souligne que "le réseau automobile est déjà saturée depuis des années" en région parisienne, estime que "l’élargissement des horaires de travail, et notamment le télétravail comme c’est le cas en ce moment" permettrait d’alléger le trafic et d'éviter les "bouchons colossaux que connaissent les Franciliens". "Avant on disait que le vélo devait remplacer la voiture, maintenant il doit remplacer les transports en commun, ça fait beaucoup", juge le porte-parole. Il rappelle aussi qu’un tiers des Parisiens sont détenteurs d’une automobile : "Ce n’est pas pour aller chercher son pain, mais souvent pour aller travailler, ou se déplacer le weekend. Beaucoup de Franciliens risquent d’avoir peur de prendre les transports en commun dans le contexte actuel, s’ils décident de prendre leur voiture en covoiturage, il faut leur laisser le choix."

On demande des places en parking relai depuis des années

Autre aménagement prévu par la mairie, pour inciter les automobilistes à laisser leur véhicule aux portes de Paris : la Ville souhaite porter à 2 000 voire 3 000 le nombre de places dans les parkings relais et les parcs de stationnement autour de la capitale. Des discussions sont toujours en cours concernant le parc des expositions à la Porte de Versailles. "Il en faudrait beaucoup plus, ce sont des miettes, réagit Yves Carra. On demande des places en parking relai depuis des années. C’est mieux que rien, c’est un début, mais il aurait fallu s’y prendre il y a 10 ans."

"On peut se poser des questions sur ce provisoire qui pourrait devenir définitif"

L’association regrette surtout l’absence de concertation du côté de la Ville. "A Paris, la politique menée est unique, inique, sans débat, estime le porte-parole. D’après certains discours agressifs tenus dernièrement par la mairie, il s’agirait d’empêcher les automobilistes d’"envahir" à nouveau la capitale. C’est une phobie contre les voitures." Le porte-parole considère aussi "qu’on peut se poser des questions sur ce provisoire qui pourrait devenir définitif" : "Les messages envoyés par certains adjoints laissent penser qu’il y aurait une deuxième vague en route pour le vélo à l’avenir, après ce plan. Ça laisse perplexe, parce qu’on n’a jamais entendu parler d’évaluation. Quand on prend une décision, il faut avoir aussi l’intelligence et l’humilité de corriger après coup, en cas d’erreur. A Strasbourg par exemple, des commissions se rassemblent régulièrement pour faire évoluer la mobilité et trouver un consensus, et on en fait partie. A Paris, ils ne veulent pas discuter." Les aménagements décidés en temps de crise sanitaire pourraient-ils se pérenniser à l’avenir ? Christophe Najdovski a en tout cas avancé l'idée d’un "urbanisme tactique" avec des équipements légers, permettant un déploiement "rapide et réversible". Alors que l’association 40 millions d'automobilistes voit dans le plan de la mairie une "injustice sociale", l'Automobile club association, elle, alerte sur une "fracture sociale et géographique" à long terme. "Avec cette politique, on dit aux gens que bouger devient compliqué, détaille Yves Carra. On sépare l’Est, le Nord, l’Est, l’Ouest… Chacun reste dans son coin, et la capitale se transforme en ville visitable, plutôt qu’habitable. Le problème général à Paris, avec les voies sur berges entre autres, c’est qu’on a l’impression que certains prennent des décisions sur une île déserte, alors que des millions de personnes rentrent chaque jour dans la ville."

Pour le déconfinement, qui implique aussi des problématiques de sécurité routière, l’ACA explique par ailleurs être préoccupée vis-à-vis du "relâchement" de certains comportements sur les routes, notamment des excès de vitesse mais également d’"une partie des seniors qui ont laissé la voiture au garage, et vont reprendre le volant". L’association dit travailler pour mettre en place "de la sensibilisation et de la formation" aux abords des aménagements lancés par les collectivités, "pour éviter les tensions et permettre une meilleure cohabitation entre tous les usagers, notamment les plus vulnérables".
 
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