Ecoles, transports, parcs… La mairie de Paris détaille son plan de déconfinement

Anne Hidalgo portant un masque de protection le jeudi 9 avril, devant la basilique du Sacré Cœur de Montmartre (illustration). / © MAXPPP
Anne Hidalgo portant un masque de protection le jeudi 9 avril, devant la basilique du Sacré Cœur de Montmartre (illustration). / © MAXPPP

Réouverture progressive des écoles, pistes cyclables provisoires, piétonisation, distribution de masques… La mairie de Paris a officiellement présenté ce mardi les nouvelles mesures décidées par la Ville pour mener le déconfinement dans la capitale, dès lundi 11 mai.

Par PDB

Alors que le déconfinement à venir s’annonce complexe à Paris, notamment au sein des écoles, la maire PS Anne Hidalgo a dévoilé ce mardi un ensemble de mesures dans un entretien au Parisien. Joints au cours d’une télé-conférence de presse, ses adjoints ont détaillé le plan annoncé. On fait le point.

Dans les écoles, les élèves accueillis progressivement dès le 14 mai

Alors qu’Anne Hidalgo a annoncé l’ouverture limitée de 200 crèches municipales (soit 11 % des places proposées en temps normal par la Ville) dès le 12 mai, la mairie et le recteur de Paris prévoient, du côté des écoles, une pré-rentrée pour les personnels enseignants du 11 au 13 mai. La rentrée des élèves, dont les familles le souhaiteront, elle, se déroulera à compter du jeudi 14 mai, de la façon "la plus progressive possible". La capacité d’accueil sera limitée à des groupes "toujours inférieurs à 15 élèves" pour l’élémentaire, et "inférieurs à 10 enfants" en maternelle.
Seront prioritaires les "enfants dont les parents exercent une profession indispensable à la lutte contre le COVID-19, à la gestion de la crise, ou en lien avec la reprise de l’activité liée à la sortie de confinement", soit "les soignants, pompiers, policiers, travailleurs sociaux, professeurs et personnels municipaux, personnels de la RATP et de la SNCF". "Priorité sera également donnée aux élèves de Paris fréquentant les classes de Grande section de maternelle, de CP et de CM2", prévient la Ville. La municipalité annonce "une attention particulière" pour les "familles répondant à des situations prioritaires de fragilité ou de vulnérabilité sociale et scolaire" (handicap, protection de l’enfance, risque de décrochage scolaire, écoles situées en éducation prioritaire). C’est le directeur d'école qui sera chargé de contacter les familles concernées, "d’ici le 11 mai". La liste des établissements en question sera fixée par la préfecture.
Pour ce qui est des règles sanitaires, la Ville évoque "le nettoyage des écoles", "un kit comprenant du gel hydroalcoolique, des masques fournis par l’Education Nationale et la Ville de Paris" pour chaque établissement ainsi qu'un marquage au sol dans les salles. La Ville va par ailleurs organiser le dépistage des agents municipaux qui fréquentent les établissements. Anne Hidalgo a aussi annoncé que la Ville proposerait des tests PCR aux personnels qui interviennent dans les écoles, sur la base du volontariat. L’édile souhaite également "aller plus loin en proposant aux parents qui le souhaiteraient que leurs enfants puissent également bénéficier de tests PCR".
Quant aux cantines, le sujet est "compliqué" comme le reconnaît Patrick Bloche, l’adjoint en charge de l’éducation. Portage des repas dans les classes, tables sous les préaux… Anne Hidalgo a en tout cas déclaré que la réouverture relevait de la responsabilité des maires d'arrondissement, qui président les caisses des écoles. Dimanche, l'élue parisienne avait par ailleurs signé une lettre ouverte de l’Association des maires d’Île-de-France (Amif) appelant à repousser la réouverture des écoles. Emmanuel Grégoire, son premier adjoint, précise qu’il s’agit d’une signature "de soutien", notamment pour des communes de taille "plus modeste" en incapacité d’organiser la rentrée, mais confirme que Paris est de son côté bien "prêt".

Une trentaine de rues piétonnisées, et des pistes cyclables provisoires

La mairie de Paris va donner la priorité aux piétons, "angle numéro un", dans l’espace public. Christophe Najdovski, l’adjoint en charge des transports, qui évoque un "urbanisme tactique" afin de permettre un déploiement "rapide et réversible" d’équipements légers, explique travailler sur la piétonisation d’une trentaine de rues comme la rue du Faubourg-Saint-Denis. Objectif : assurer la distanciation sociale sur des trottoirs parfois étroits. Les abords des gares sont aussi concernés, avec en premier lieu Montparnasse. Sont également prévus des lieux d’attente positionnés sur le sol avec un marquage, devant certains commerces. Des "élargissements temporaires" vont aussi être mis en place pour favoriser les croisements. La première phase du dispositif a commencé cette semaine, avec par exemple le retrait d’une file de stationnement ce mardi matin rue du Poteau, dans le 18e.
De nombreux aménagements sont aussi prévus pour les vélos, avec au total 50 km de voies d'habitude réservées aux voitures transformées en pistes cyclables provisoires, comme "alternatives aux transports en commun". Ces voies seront connectées aux aménagements des communes voisines, comme à la porte de Clichy, vers les Hauts-de-Seine pour la ligne 13 du métro. Le long des lignes 1, 4 et 13 sont d’ailleurs priorisées au niveau des aménagements. D’après Christophe Najdovski, "la voiture ne saurait être une option", ni "viable, ni souhaitable" : le report des voyageurs fréquentant d’habitude les transports en commun vers Paris créerait des "autoroutes urbaines" au milieu de la capitale, selon l'adjoint.
La Ville souhaite donc inciter les automobilistes à laisser leur véhicule aux portes de Paris. La mairie souhaite donc porter à 2000 voire 3000 le nombre de places dans les parkings relais et les parcs de stationnement autour de la capitale. Des discussions sont toujours en cours concernant le parc des expositions à la Porte de Versailles. Par ailleurs, le stationnement – gratuit depuis le 16 mars dernier, dans l’ensemble des rues – va redevenir payant dès le 11 mai. Des aménagements spécifiques sont enfin prévus aux abords des écoles, avec la piétonisation de certains espaces aux horaires d'arrivée des enfants, pour éviter les afflux.

2,2 millions de masques distribués via les pharmacies, avec des créneaux réservés

Concernant toujours les transports, la mairie a demandé à la RATP d’augmenter son offre pour faire en sorte d’assurer un service maximum lors du déconfinement, mais aussi d’équiper toutes les stations de métro avec des distributeurs de gel hydroalcoolique. Outre l’installation de distributeurs devant les équipements municipaux, la Ville travaille également avec JC Decaux pour mettre en place dans la rue un total de 2000 points sur les abribus et les sanisettes, déployés jusqu’à fin juin. L’approvisionnement en gel hydroalcoolique sera géré par l’entreprise.
La mairie, qui a annoncé la distribution de 2,2 millions de masques aux Parisiens, explique que le retrait se déroulera via le réseau des pharmacies. Pour éviter "d’envoyer 2,2 millions de masques en même temps" comme le souligne Emmanuel Grégoire, un système de régulation a priori sera mis en place, avec un stock de bons de retrait limités par demi-journée afin de conditionner le flux. Pour retirer son masque, il faudra donc se rendre sur le site Internet de la Ville à partir de lundi, et choisir un créneau en fonction des stocks. On pourra alors recevoir son bon de retrait, utilisable dans la pharmacie de son choix. La Ville table ainsi sur la distribution de 500 000 masques la première semaine, puis 300 000 masques par semaine. Le coût final du masque sera "aux alentours de 3 euros".

Une réouverture progressive des espaces verts ?

Pour ce qui est de la culture, la Ville travaille pour une réouverture progressive des "musées de petite taille" à partir du 15 juin, par exemple la Maison de Balzac dans le 16e. La Ville évoque aussi une réouverture des médiathèques automatisées, comme la médiathèque Françoise Sagan dans le 15e, mais aussi des théâtres municipaux pour les résidences d’artistes. Concernant l’accueil du public, la mairie vise comme perspective le mois d’août, pressentant que "beaucoup de Parisiens ne pourront pas s’organiser pour partir cet été". Tout en précisant, ceci dit, que la tenue des événements dépendra des décisions nationales et des conditions sanitaires. Anne Hidalgo a par ailleurs annoncé le maintien de la Nuit Blanche et de Paris Plage dans des formes allégées et adaptées. Un fonds d'aides exceptionnelles de 15 millions d'euros, déclenché dès la fin du confinement, est aussi prévu pour la culture.

Jean-François Martins, adjoint à la Maire en charge du sport, précise par ailleurs que les équipements sportifs – piscines comprises – ne rouvriront pas le 11 mai. Une décision prise compte tenu du "faible nombre de disciplines" concernées par les recommandations de l’Etat, qui autorisent seulement la pratique individuelle, en extérieur et sans contact. La Ville autorisera toutefois, comme exception, la pratique sportive dans les city stades par exemple, ce type de petites installations étant considéré comme "une soupape de décompression nécessaire pour les jeunes".

Les restrictions de la préfecture de police concernant certains lieux comme les bois parisiens seront levées le 11 mai. Mais concernant certaines pratiques pouvant mener à de "trop grandes concentrations de personnes", et notamment la consommation d’alcool et la fréquentation de certains espaces comme les voies sur berges ou le bassin de la Villette, la mairie ne souhaite pas prendre "des mesures coercitives supplémentaires" d’après Emmanuel Grégoire. La Ville préfère ainsi "appeler à la responsabilité" et à la vigilance.
Quant aux parcs et aux espaces verts, la mairie attend encore des précisions concernant les départements rouges, pour savoir si l’interdiction sera "totale et définitive". La Ville souhaite, au contraire, des aménagements locaux pour ces "espaces de respiration pour les Parisiens". La municipalité prévoit donc en attendant une stratégie de réouverture progressive. Une première vague autoriserait l’ouverture des espaces disposant de points d’eau, mais sans aires de jeux pour les enfants (qui supposeraient un dispositif de désinfection important), et l’ouverture des grands parcs dont les aires seraient barriérées. Anne Hidalgo a évoqué un système de "comptage", en discussion. Les marchés, eux, pourront rouvrir dans leur intégralité (couverts et non couverts) dès le mardi 12 mai. Des "conditions exceptionnels" sont prévues selon Emmanuel Grégoire, pour assurer la protection des distances entre les personnes et l’ensemble des impératifs sanitaires.

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