Place de la Concorde : le réaménagement annoncé ne se fait pas sans remous

Alors que la maire de Paris a annoncé le réaménagement de la place de la Concorde après les Jeux olympiques, deux visions s'opposent. La mairie souhaite la partager en deux pour laisser une large place aux piétons alors que l'opposition veut conserver le sens de la circulation au nom du patrimoine.

Objet d'un trafic routier intense, la place de la Concorde doit être réaménagée, et la moitié fermée à la circulation après les Jeux olympiques (elle le sera totalement du 1er juin et jusqu'aux JO).

"La place accordée à la voiture dans ce lieu emblématique n'aura été qu'une parenthèse dans l'Histoire", avait affirmé Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris, dans un entretien à La Tribune Dimanche (abonnés) en janvier dernier.

Selon Cathy Lamri, vice-présidente de l'association Paris sans voiture, "la place de la Concorde est un point noir au niveau circulation et pollution, et c'est un point chaud au niveau température. C'est une place entièrement minérale, sans arbre qui va être invivable dans les années à venir."

Du 2 avril jusqu'au 29 mai, une concertation publique est organisée par la mairie dont le lancement est prévu ce jeudi 4 avril au Théâtre de la Concorde.

Une place classée

Lorsque l'on évoque ce projet à Didier Rykner, fondateur de La Tribune de l'Art, ce dernier est vite enclin à exprimer son mécontentement : "je n'ai à peu près aucun exemple d'aménagement réussi fait par la mairie de Paris. Cela va du mauvais au très mauvais."

Ce dernier, également auteur de “La Disparition de Paris” (Ed. des Belles Lettres), rappelle le passé de cette place, "un des endroits les plus protégés de France en termes de protection aux Monuments historiques". En effet, le lieu est classé depuis 1937 et fait partie du secteur inscrit à l'UNESCO.

La plus grande place parisienne a été créée au milieu du 18e siècle. Le premier architecte du roi, Ange-Jacques Gabriel, avait choisi ce lieu alors qu'il était encore situé aux confins de la capitale.

Pour Didier Rykner, "c'est une place historique, parce que c'est d'abord la place de la Concorde de Gabriel. Ensuite, elle a été aménagée au 19e siècle par l'architecte Jacques-Ignace Hittorff". Il espère que la Ville va respecter son sens giratoire : "Elle a été conçue pour circuler. Une place, on tourne autour, il y a un rond-point central parce qu'on tourne autour."

Contre-proposition de l'opposition municipale

Un argument qui ne tient pas selon la responsable associative Cathy Lamri. "La place n'était pas faite pour la circulation. À l'origine, c'était un jardin, un parc. Elle a été minéralisée plus tard, à l'arrivée des premières voitures. Si on veut repartir dans le passé, il n'y a aucune raison de s'arrêter à l'arrivée des voitures puisque la place n'a pas du tout été conçue pour cela, mais comme une promenade pour les Parisiens", avance-t-elle.

Cette ancienne cheffe de projet du collectif international Car Free Megacities, a, sans le savoir, inspiré la mairie de Paris dans son projet de réaménagement de la place de la Concorde.

L'organisation est à l'origine de la proposition de couper la place en deux et de réorienter le trafic à l'ouest de l'obélisque et de faire de la partie attenante aux Tuileries une continuité du jardin.

Selon la mairie de Paris, le coût de l'opération avoisinerait les 30 millions d'euros.

Une absurdité pour Didier Rykner qui défend un statu quo, au nom du patrimoine. "Elle n'a absolument pas besoin d'arbres, d'autant plus que vous avez des arbres à l'est et à l'ouest avec les Tuileries et dans les jardins des Champs-Élysées".

La proposition est aussi vivement combattue par Catherine Lécuyer, conseillère (DVD) du 8e arrondissement de Paris. Elle souhaiterait que la circulation se fasse bien des deux côtés du monument de l'Égypte antique mais reconnaît qu'il faut une baisse de la circulation.

Plusieurs commissions sur le réaménagement

Ces deux visions seront discutées lors d'"ateliers participatifs thématiques" (un atelier "patrimoine" à distance mercredi 24 avril à 19h ; un atelier "mobilité" mardi 30 avril à 19h au Théâtre de la Concorde ; un atelier "usages et résilience" jeudi 16 mai à 19h au Théâtre de la Concorde).

Une commission a aussi été montée pour réfléchir à l'aménagement de cette place. Selon Le Parisien, elle sera présidée par l'ancien ministre de la Culture sous Jacques Chirac (2002 à 2004), Jean-Jacques Aillagon, d'autres membres en feront partie comme Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture et désormais directrice des affaires culturelles de la Ville de Paris ou encore Marc-Antoine Jamet, président du comité des Champs-Élysées et secrétaire général de LVMH, ou encore l’animateur télé, Stéphane Bern.

Selon Nacima Baron, professeure d'urbanisme et de transports à l'École d'urbanisme de Paris, "il y a une approche qui est assez conservatrice et consiste à penser ce lieu comme un espace dévolu à la circulation en le relookant" et une autre qui vise à créer un espace "qui n'est pas simplement dévolu à la mobilité mais aussi à l'immobilité".

Face à la baisse constante de l'utilisation de la voiture à Paris, elle relève que ces lieux doivent s'adapter : "On n'est pas n'importe où, on est dans le 'Paris carte postale'. Je comprends que cela fabrique des débats, mais le principe de l'espace public, c'est qu'il est public. Les villes changent rapidement et elles ont besoin de changer parce qu'on est dans la transition climatique, la transition urbaine, la transition parisienne."