SERIE. Le Quartier latin de Mai 68 (1/4) – Portrait croisé d'intellectuels qui y croient toujours

Alain Krivine, à gauche, secrétaire général des Jeunesses Communistes Révolutionnaires, et ses co-inculpés quittent la prison de la Santé le 23 août 1968 après leur mise en liberté provisoire. La JCR a été dissoute par décret gouvernemental à la suite des troubles de mai-juin 1968 et Krivine arrêté et emprisonné le 10 juillet. / © AFP
Alain Krivine, à gauche, secrétaire général des Jeunesses Communistes Révolutionnaires, et ses co-inculpés quittent la prison de la Santé le 23 août 1968 après leur mise en liberté provisoire. La JCR a été dissoute par décret gouvernemental à la suite des troubles de mai-juin 1968 et Krivine arrêté et emprisonné le 10 juillet. / © AFP

Le Quartier latin, était le quartier historique des événements de Mai 68. Il y a 50 ans, la révolte s'est cristallisée autour de la Sorbonne. Alain Krivine, ancien dirigeant trotskiste et Josette Trat, une simple étudiante, racontent leur Mai 68. Pour eux, l'idéal est encore présent.

Par MT avec Geneviève Faure

Matin de printemps ordinaire au Quartier latin. Revendications, appel à manifestation, 2018 ne ressemble pourtant pas à Mai 1968. Josette Trat était étudiante en sociologie et avait tout juste 20 ans. "Il y avait des militantes remarquables. Les femmes étaient très présentes dans ce mouvement, non seulement dans les assemblées générales pour écouter, mais aussi pour intervenir."

Alain Krivine n'était lui déjà plus sur les bancs de la fac. Dirigeant des Jeunes communistes révolutionnaires, il sera l'un des leaders du mouvement mais dans l'ombre. Les rares images de lui sont d'ailleurs fugitives. "Quand ont été exclu par la police de la Sorbonne, début mai, on était quelques centaines. On nous a mis dans des cars de flics, très poliment d'ailleurs, et là on a vu des étudiants que l'on avait jamais vu au Quartier latin gueuler "Libérez nos camarades!". On s'est demandé ce qu'il se passait."


"Tiens, c'est ma bagnole qui brûle"

Avant de devenir l'épicentre de la contestation étudiante, la Sorbonne sera restée fermée 10 jours. Ce n'est qu'au lendemain de la première nuit des barricades que les autorités accepteront de la rouvrir. Rue Royer-Collard, à l'angle de la rue Gay Lussac, Josette a tenu elle aussi les barricades : "Des étudiants ont commencé à dépaver la rue dans tout le quartier. Chacun passait les pavés pour construire de plus en plus haut, sans plan préétablis. Certains copains nous ont dit après qu'ils étaient coincés."

«Je me rappelle encore rue Gay Lussac où on avait un petit local, et un automobiliste disait en se marrant "tiens, c'est ma bagnole qui brule." Il a dû début juin voter à droite comme tout le monde pour le retour à l'ordre. Mais il y a eu ce phénomène que j'ai connu pour la seule fois de ma vie que lorsqu'il y a un tel mouvement massif, les gens sont quotidiennement méconnaissables», raconte Alain Krivine.

Après ses études, Josette Trat a eu une carrière d'universitaire de sociologue et de féministe. Alain Krivine est encore l'une des figures de la gauche contestataire en France.

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