Skate : Charlotte Hym et l’équipe de France continuent de préparer les JO malgré le confinement

La skateuse parisienne Charlotte Hym vise toujours une qualification aux Jeux olympiques de Tokyo, où le skateboard fera son entrée. Malgré la crise sanitaire, le report d’un an des JO et un calendrier bouleversé, comment l’équipe de France continue-t-elle les entraînements ?
Le skatepark Cosanostra à Chelles - où Charlotte Hym s’entraîne régulièrement -, en juin dernier (illustration).
Le skatepark Cosanostra à Chelles - où Charlotte Hym s’entraîne régulièrement -, en juin dernier (illustration). © FRANCK FIFE / AFP
Parmi les membres de l’équipe de France de skateboard qualifiables pour les Jeux olympiques de Tokyo de 2021, elle est la seule originaire d’Île-de-France. Charlotte Hym, qui s’entraîne au skatepark Cosanostra à Chelles, concourt dans la catégorie "street" féminine. Basée sur des parcours avec du mobilier urbain, comme des escaliers, des murets ou encore des répliques de banc, il s’agit de l’une des deux disciplines olympiques pour le skateboard, avec le la compétition de rampe (ou "park"). "Toutes les compétitions sont importantes pour permettre de gagner des points, on se prépare toujours à 100 %", souligne la skateuse.

Pour se qualifier, Charlotte Hym doit en effet récolter le maximum de points au fil des événements, nationaux ou internationaux, pour assurer sa place parmi un classement de 20 skateuses, au cours des deux saisons précédant les Jeux. "Le circuit des compétitions a été interrompu avec le Covid, et il y a eu des petites modifications techniques pour les qualifications, mais dans un classement provisoire, a priori je faisais partie des 20 premières, résume la Parisienne. Il y a une règle des quotas, qui impose aux nations de ne pas envoyer plus de trois skateurs par catégorie. J’ai mes chances, mais ça peut évoluer très vite. Ça peut se jouer à pas grand-chose, c’est dur de prévoir."
Voir cette publication sur Instagram

Switch flip 🤣 thanks for filming @loopingweb

Une publication partagée par Charlotte Hym (@charlotte_hym) le

A noter que parmi les 20 skateuses de sa catégorie, le Japon – en tant que pays organisateur – s’assure déjà une place. Et trois autres places seront par ailleurs réservées au podium du championnat du monde 2021. Autre règle : chaque continent doit être représenté dans le classement final.

L’idée est de se mettre en mode compétition au fil des mois, de se perfectionner et de garder une cohésion de groupe

Pour continuer à s’entraîner pour les JO, le Team France organise régulièrement des stages de préparation. Mi-octobre, plusieurs membres de l’équipe, dont Charlotte Hym, se sont ainsi retrouvés au skatepark de Chelles, en Seine-et-Marne. "L’objectif, c’est de garder un contact avec le skate de compétition, détaille Grégory Poissonnier, responsable communication pour la Commission Skateboard de la Fédération Française de Roller et Skateboard (FFRS). Le but de ces stages est de revoir les bases et simuler des runs, et de se mettre en condition pour Tokyo. Par exemple, les épreuves se dérouleront le matin, et on sait que ce n’est pas forcément évident pour un skateur. L’idée est de se mettre en mode compétition au fil des mois, de se perfectionner et de garder une cohésion de groupe aussi."
Voir cette publication sur Instagram

@cosanostra_skatepark ❣️ 📹 @loopingweb

Une publication partagée par Charlotte Hym (@charlotte_hym) le

Une préparation physique identique aux sports de haut niveau ? "Le skate est une pratique individuelle, en général chacun fait un peu comme bon lui semble, explique Grégory Poissonnier. De notre côté, on apporte nos conseils avec des préparateurs, avec des exercices de réveil musculaire et de récupération. On essaye d’inculquer ce genre de choses, en expliquant que tout ça permet de rouler plus longtemps, et d’éviter les blessures. Certains skateurs sont plus ou moins demandeurs." Quant au calendrier, Grégory Poissonnier déplore les perturbations causées par la crise sanitaire : "On n’a aucune visibilité pour les événements à venir. Tout a déjà été décalé et on n’a aucune certitude à cause de la pandémie, le nombre d’épreuves va peut-être être revu."

"Je m’entraîne cinq fois par semaine à Chelles... Et le reste du temps je skate dans la rue"

Quand elle ne s’entraîne pas au skatepark Cosanostra, Charlotte Hym, elle, continue à skater dans les rues de Paris. "J’ai rejoint l’équipe de le club de Chelles et l’équipe de France la même année, en 2016, raconte la skateuse. Avant l’annonce du skate au JO, je ne faisais pas beaucoup de compétitions. Et je m’étais engagé dans un doctorat en neurosciences cognitives, avec une thèse sur les effets des facteurs maternels sur la locomotion quadrupède du nouveau-né, c’était parfois compliqué."

Il m'arrivait même de prendre mon ordinateur en compétition, pour continuer à travailler sur ma thèse en parallèle

"Il m'arrivait même de prendre mon ordinateur en compétition, pour continuer à travailler sur ma thèse en parallèle, se souvient la Parisienne. J’ai soutenu ma thèse en novembre dernier, après quatre ans de travail, donc maintenant je peux me consacrer au skate à 100%. J’ai pu intensifier ma préparation : aujourd’hui, je m’entraîne cinq fois par semaine à Chelles... Et le reste du temps je skate dans la rue, en filmant les sessions. J’essaye de combiner les deux au maximum."
Voir cette publication sur Instagram

@savateskatesocks ♥️ 📲 @ben__aurelien

Une publication partagée par Charlotte Hym (@charlotte_hym) le

Âgée de 27 ans, la Parisienne a commencé le skate à 12 ans, dans les rues de la capitale : "On skatait après les cours, le weekend aussi, on s’amusait avec tout ce qu’on pouvait trouver dans la rue. Je continue aujourd’hui, c’est toujours un grand plaisir de prendre sa planche et d’explorer son environnement. A Paris, on commence souvent à skater à République, avant de partir en exploration un peu partout. Je vais aussi parfois skater à Barcelone, ou en Californie."
Voir cette publication sur Instagram

☀️ 📲 @syd_aurelien

Une publication partagée par Charlotte Hym (@charlotte_hym) le

Après Tokyo, suivront en tout cas les JO de Paris, en 2024. Bowl, terrain couvert… Chelles est d’ailleurs bien placé pour accueillir les compétitions, comme l’explique Grégory Poissonnier, de la Commission Skateboard : "Le skatepark de Chelles est quasiment le seul à correspondre aux critères olympiques. Comme sur le reste du territoire français, on a de plus en plus de skateparks en Île-de-France, mais on manque encore cruellement de structures couvertes. Aussi, on a beaucoup de petits skateparks, mais peu de sites capables d’accueillir des compétitions d’ambition. En France, les bowls couverts restent très rares, et c’est pareil pour le street. On n’est pas encore au top de l’équipement, mais on y travaille."

En attendant d’abord 2021, Charlotte Hym et l’équipe de France vont continuer les entraînements. "Lors du premier confinement, tout était à l’arrêt, se rappelle la Parisienne. Là, le sport de haut niveau peut poursuivre les entraînements et les compétitions à huis clos." Alors qu’un nouveau stage est prévu cette semaine à Biarritz, un autre devrait suivre d’ici la fin de l’année du côté de La Réunion.
Avec les Jeux, on s’attend à un gros boom pour le skate
Combien de personnes pratiquent le skate en région parisienne ? "L’an dernier, on comptait autour de 250 licenciés en Île-de-France, pour entre 3300 et 3400 licenciés au niveau national, explique Grégory Poissonnier, responsable communication pour la Commission Skateboard de la Fédération Française de Roller et Skateboard (FFRS). Mais ce chiffre est très loin de représenter le nombre réel de pratiquants. Il suffit d’aller faire un tour place de la République une après-midi, il y aura plus de skateurs sur place que de licenciés dans la région. C’est intrinsèquement lié à la pratique. Ceux qui se licencient le font soit pour la compétition, soit pour prendre des cours. La plupart des skateurs n’ont pas besoin de moniteur ou d’accompagnement. La compétition en général, et l’olympisme en particulier, ne représentent qu’une branche parmi les centaines d’autres que compte le skate."

"Certains craignent d’ailleurs que JO "volent" leur culture, ajoute Grégory Poissonnier. Je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à ça : les skateurs qui préparent les JO ne soulèvent pas de la fonte, ils sont toujours dans la rue. L’olympisme n’enlève rien à leur amour du skate, et de cette culture. Par contre, les JO bénéficieront à tous les skateurs : d’un côté, la pratique sera mieux acceptée dans le regard des gens, ça va aider à changer les mentalités ; et de l’autre, ça poussera les municipalités à ouvrir de nouveaux équipements, avec de meilleurs skateparks. Avec les Jeux, on s’attend à un gros boom pour le skate."

A noter qu’une campagne de recensement des skateurs a été récemment lancée, via ce formulaire en ligne. La dernière enquête, qui date de 2009 et qui se basait sur les chiffres de vente de matériel, faisait état de 500 000 pratiquants réguliers en France.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
jeux olympiques sport