Street art : des boîtes à musique collées sur les murs de Paris

"La vie en rose" d’Edith Piaf, "J’ai deux amours" de Joséphine Baker, "Je t’aime… moi non plus" de Serge Gainsbourg… Avec leur réseau d’artistes The Atomik Nation, Jérôme Sallenave et Karim Hamida créent et posent des "Music Box" aux quatre coins de la capitale. Des œuvres conçues comme des "lucioles sonores".

Pour écouter la mélodie, il suffit de tourner la manivelle. Jérôme Sallenave et Karim Hamida, deux artistes parisiens, ont installé 250 boîtes à musique un peu partout dans Paris depuis janvier 2020. Les petits instruments mécaniques associent musique et arts visuels. "Notre idée est de poser de la musique dans la rue, explique Jérôme Sallenave. On a voulu télescoper la peinture et la musique urbaine, avec des objets sonores. Nos premiers collages de musique dans la rue remontent à 2018, avec des partitions, des vinyles…"

Les "Music Box" sont des œuvres participatives, souligne l’artiste : "Ça nous a semblé naturel de les coller dans la rue pour les offrir aux passants. Notre but est aussi d’éclairer avec nos lucioles sonores les rues et les cœurs des gens. La ville est un milieu qu’on adore, mais c’est un lieu qui peut aussi être dur, où tu vies des moments heureux et d’autres plus difficiles."

Au total, une quinzaine de modèles différents de boîtes ont été imaginés, sur deux axes sonores. D’un côté, les artistes proposent des compositions personnelles avec des morceaux créés par leurs soins. De l’autre, ils rendent hommage à des musiciens importants pour eux. "Pour les 80 ans de Herbie Hancock, on a posé en 2020 des boîtes susceptibles dans des lieux susceptibles de lui plaire, comme des studios d’enregistrement, des salles de spectacle, des lieux alternatifs de création", se souvient Jérôme Sallenave.

"Les boîtes à musique sont des objets très liés à l’enfance"

"On rend également hommage à des personnalités disparues, de la génération de nos parents ou grands-parents, et qui restent attachées à notre enfance, note l’artiste. Les boîtes à musique sont des objets très liés à l’enfance." On trouve ainsi trois boîtes en hommage à Edith Piaf dans le XXe arrondissement : une sur les marches de la porte d'entrée du domicile de ses parents au 72, rue de Belleville "pour sa naissance légendaire" ; une deuxième rue de la Chine, aux abords de l’Hôpital Tenon "pour sa véritable naissance" en 1915 ; et enfin une autre sur la place Edith-Piaf.

L’an dernier, à l’occasion des 30 ans de la mort de Serge Gainsbourg, les artistes ont installé une boîte en son hommage sur le parvis de Notre Dame à proximité de l’Hôpital Hôtel-Dieu, où le musicien est né en 1928. Et deux jours avant l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker, le 30 novembre dernier, les artistes ont collé cinq boîtes autour du monument. "On voulait honorer la résistante et la femme qui a lutté pour la liberté", explique Jérôme Sallenave.

L’une des boîtes dédiées à Joséphine Baker a d’ailleurs été volée. "Le collage n’a même pas eu le temps de sécher, sourit l’artiste. On a énormément de vols et de détériorations, à peu près 80% de ce qu’on installe. Les vols ne me dérangent pas trop, c’est le prix de la rue… Plus jeune, si ça m’avait plu, j’en aurais peut-être volé une. Les détériorations, c’est vraiment de la bêtise et de la méchanceté. Les boîtes sont faciles à casser, elles sont à hauteur d’homme pour que les gens puissent jouer. Donc on prend beaucoup de temps pour les restaurer."

Des œuvres collaboratives

Visuellement, certaines boîtes sont créées directement par les artistes, avec des "stickers de rue". Une boîte en hommage à Jim Morrison a par exemple été installée sur la tombe de la rock star au Père-Lachaise. "Quand j'étais ado, on allait souvent faire de grosses fiestas près de sa stèle", se rappelle Jérôme Sallenave. "Mais on n’est pas des peintres, on n'a aucune prétention, poursuit-il. Pour d’autres boîtes à musique, on a collaboré avec d’autres artistes urbains, comme Honet."

Ce goût pour le travail en équipe vient de la musique, raconte Jérôme Sallenave : "Pour monter un groupe, il faut être plusieurs et collaborer, ça se ressent dans les pièces qu’on fait ensemble. Avec Karim, on est d’abord des musiciens. On a commencé à jouer quand on était jeunes, on a tourné en France et en Europe, avec notre groupe No Bluff Sound. On jouait de la basse et de la batterie avec des chanteurs africains. Aujourd’hui on s’est concentré sur la rue, depuis la pandémie." Ensemble, Jérôme Sallenave et Karim Hamida, aujourd’hui âgés respectivement de 54 et 50 ans, ont ainsi commencé dès 1999 à créer The Atomik Nation, un réseau d’artistes multidisciplinaires.

Au-delà de Paris, les boîtes à musique - que les artistes mettent par ailleurs en vente sur le site du collectif - voyagent aussi à l’étranger. 150 collages ont été réalisés en dehors de la capitale, par exemple en Suisse, en Belgique, au Portugal ou encore aux Pays-Bas. Alors que des boîtes vont bientôt être collées en Inde, The Atomik Nation travaille maintenant sur un projet d’objets "autour du silence".