Le street artiste C 215 peint une fresque en hommage au jeune Ivoirien retrouvé mort dans un train d’atterrissage

Le portait de Laurent Barthélémy Ani Guibahi par l'artiste C 215 au 9 boulevard de la Chapelle à Paris. / © Marcel Debrosse
Le portait de Laurent Barthélémy Ani Guibahi par l'artiste C 215 au 9 boulevard de la Chapelle à Paris. / © Marcel Debrosse

C 215 a réalisé ce week-end boulevard de la Chapelle à Paris une fresque en hommage à Laurent, un jeune Ivoirien retrouvé mort à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle dans le train d’atterrissage d’un avion en provenance d’Abidjan.
 

Par Emmanuelle Hunzinger

Parce qu’il voulait voir Paris, Laurent Barthélémy Ani Guibahi, un jeune Ivoirien de 14 ans est parti de chez lui sans prévenir ses parents. Le lundi 6 janvier, il ne se rend pas en classe. A l'aéroport d'Abidjan, il parvient à se cacher dans le train d’atterrissage d’un avion en partance pour la France. Son corps est retrouvé à Roissy. Laurent est mort de froid et d’asphyxie. Le corps de l’adolescent a été rapatrié à Abidjan. Il a été enterré à Logobia, son village natal.
Au lycée, Simone Gbagbo de Yopougon, ses amis, ses professeurs sont sous le choc. Ce drame a ému la Côte d’Ivoire.
"Lundi, l'enfant a pris ses affaires. Il était censé venir au cours. Ce n'est que le soir que les parents ont constaté l'absence de l'élève", explique Liliane NGoran, la censeure du lycée à l'AFP. "Le mardi matin, ils sont venus à l'école parce qu'il n'a pas dormi à la maison. Nous avons constaté avec eux qu'il n'était pas en cours et c'est ainsi qu'ils ont fait l'avis de disparition que nous avons affiché partout dans et autour de l'établissement", raconte-t-elle.

"Il parlait beaucoup de la tour Eiffel, de Paris. Il disait qu'il voulait aller la voir un jour. Il disait qu'il voulait devenir scientifique", confie son ami, Ali Doumbia à l’AFP.

Partir…Ce rêve est partagé par des milliers de jeunes qui tentent chaque année de rejoindre l'Europe. Au péril de leur vie. Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), la Côte d'Ivoire se situe en 3e position des pays d'Afrique de l'Ouest en nombre de migrants clandestins.

Le portait de Laurent Laurent Barthélémy Ani Guibahi par C 215

 
C 215, ce samedi boulevard de la Chapelle à Paris / © Marcel Debrosse
C 215, ce samedi boulevard de la Chapelle à Paris / © Marcel Debrosse
C215, un street-artiste connu pour les portraits de Christiane Taubira, du policier Ahmed Merabet ou de Simone Veil ou ses peintures sur les boîtes aux lettres a été bouleversé par le drame de cet enfant. Contacté par Christophe Girard, élu à la mairie de Paris en charge de la Culture, il accepte de réaliser bénévolement une fresque en la mémoire de Laurent Barthélémy Ani Guibahi.
 

La fresque de plusieurs mètres de haut occupe un large mur au 9, boulevard de la Chapelle dans le 10e arrondissement de Paris. Ce portrait est inspiré d’une photo de classe. C 215 a tenu à ce qu’"il y ait quelque chose de solennel mais aussi de joyeux qui évoque les couleurs de l’Afrique, pour que Laurent puisse se sentir chez lui ici à Paris. Il voulait être à Paris. Qu’il y reste sous cette forme."
 
 

Nous avons rencontré C 215 alors qu'il terminait avec son assistant le portrait de Laurent.

 ►Comment avez-vous appris ce drame ?

J‘ai appris par la presse que l’on avait retrouvé un enfant dans un train d’atterrissage à Roissy. Tout de suite on pense à la souffrance que cela a du être. On pense également à la folie que cela peut représenter. La candeur d’un enfant… Il avait fugué. Il ne savait pas que la mort l’attendait.

Que ressentez-vous face à ce drame ?
J’ai eu une identification presque charnelle. C’est un enfant et cela fait réfléchir à l’aventure humaine que cela peut représenter. Son destin a une résonnance universelle. Cela questionne. Qu’est-ce-que ça représente ? Qu’y a-t’il de si fascinant à venir ici ? Quel est cet eldorado, ce mirage européen au point que les gens soient happés et risquent leur vie ?

►Quelle est l’origine de cette fresque ?

Christophe Girard, adjoint à la Culture de la mairie de Paris en a eu l'idée. Il m'a demandé de faire son portrait. J’ai été mis en contact avec la famille. J’ai rencontré le père de Laurent qui était effondré. Je voulais savoir si les parents étaient d’accord. C’était important pour moi d’avoir leur accord.
Après nous avons convaincu un bailleur de nous confier un mur. La mairie du 10è arrondissement nous a apporté son soutien.


Pourquoi avez-vous accepté de réaliser cette fresque ? Est-ce un geste politique ?

Non, à travers cette fresque je ne porte pas un regard politique sur l’immigration. Même si je pense que l’asile est un devoir pour nous. Cela nous interpelle. Mais j’ai voulu parler d’un enfant, de Laurent. Il a un nom, un visage, une date de naissance, des parents, un lycée. On connait son aventure, son parcours, sa vie. Son aventure n' appartient qu’à lui. Il n’est pas l’étendard de milliers de migrants, de statistiques. J’ai voulu rendre hommage à un enfant. Juste à un enfant.





 




 

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