Témoignage. Intervention de la police au lycée Hélène Boucher : "En trois minutes, il y avait plus de policiers que d'élèves", relate un lycéen

Choqués ou attristés, des parents d'un élève du lycée Hélène Boucher témoignent quelques jours après l'intervention de la police dans l'établissement. Pour avoir occupé le lycée en soutien au peuple palestinien, leur fils, comme quarante-huit autres personnes, a été interpellé puis placé 24 heures en garde à vue.

"Ils nous ont fouillé un à un, demandé notre identité, nous ont menottés avec des serre flex et certains ont été menottés très fort. Moi, par exemple, j'ai encore des cicatrices presque une semaine après."

Laurent (prénom d'emprunt), 16 ans, en première au lycée Hélène Boucher dans le 20e arrondissement de Paris, refait le film des événements qui se sont déroulés jeudi dans son établissement, le lycée Hélène Boucher dans le 20e arrondissement de Paris.

Jeudi dernier vers 18 h 30, une cinquantaine de personnes, des lycéens de l'établissement, mais aussi des personnes extérieures à l'établissement dont des membres d'une association pro palestinienne selon Laurent, pénètrent dans l'enceinte du lycée et se dirigent vers le deuxième étage d'un bâtiment. Une action "pacifique", argumente Laurent. "Notre but était d'ouvrir les fenêtres d'une salle et juste de mettre des grosses banderoles par les fenêtres pour faire passer notre message", explique-t-il.

Au deuxième étage, les lycéens improvisent dans un couloir, une barricade de chaises et de tables. Mais quelques minutes après, la police intervient. "Il y a des élèves qui essaient de filmer et qui se font frapper, insulter, menacer. En trois minutes, il y avait plus de policiers que d'élèves (...) et il n'y a personne de l'administration qui est venu nous voir", témoigne l'élève.

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24 heures en garde à vue

Évacuées du lycée par la police, 48 personnes sont interpellées. "Des lycéens, provenant d’une dizaine de lycées parisiens différents", selon le Rectorat. Ils sont embarqués ensuite dans des fourgons puis transportés au commissariat pour y être placés en garde à vue. "Au commissariat du 5e arrondissement, on nous a mis à dix dans une cellule pour cinq. Ça, c'était un peu problématique. Vers minuit, j'ai vu le médecin. Vers 2 h du matin, j'ai vu mon avocat. Ensuite, j'ai dormi en cellule et vers 9 h 10 le lendemain, j'ai été auditionné", se souvient Laurent qui, comme ses autres camarades, est ressorti du commissariat vendredi vers 19 h 30. 

Moins d'une semaine après ces faits, les parents encore choqués ou attristés, dénoncent les conditions de l'intervention policière dans l'établissement. "Les policiers les ont traités comme s'ils étaient réellement dangereux. Il y a une réaction complètement disproportionnée vis-à-vis de leur demande de dialogue et surtout vis-à-vis de leur âge. Ils n'étaient ni armés, ni violents et ils n'ont rien dégradé", déplore la mère de Laurent.

"En fait, on a plus le droit de protester. On répond à des désaccords en nous tapant dessus", conclut-elle. Les parents des lycéens interpellés sont soutenus par des syndicats de parents et d'enseignants. Lundi, un rassemblement de protestation s'est tenu devant les portes du lycée.

Sous la menace d'un conseil de discipline

Au cours de son audition vendredi matin, Laurent s'est vu reprocher des dégradations dans l'établissement. Une plainte du lycée a été déposée. Des actes de dégradations contestés par les lycéens. "Il n'y a pas eu de graffitis, ni de vitres cassées. Rien du tout. Les profs et des élèves sont venus et la salle était propre, sans aucune marque", se défend le lycéen.

Une enquête est encore en cours. La direction de l'établissement a reconnu que "les dégâts étaient minimes", rapportent ses parents.

Les parents redoutent pour leur fils la tenue d'un conseil de discipline. Mais pour l'instant, ils n'ont reçu aucune convocation venant du lycée ou du Rectorat.

La direction de l'établissement scolaire vient de les informer qu'elle ne prévoyait pas de procédure disciplinaire pour tous les élèves, mais plutôt un blâme avec sursis. Rien de "clair" selon ses parents. "Ce qui nous inquiète, c'est la menace des conseils des disciplines sur la tête de nos enfants, ça peut être assez lourd dans la suite d'une scolarité avec Parcoursup (... ) ça met une pression sur l'ensemble des élèves du secteur public. Aucune contestation permise, pas d'espace de parole ( ... ) sous entendu : 'fermer là ou c'est votre scolarité qui en pâtira'", analyse les parents de Laurent.

Pour autant, le père et la mère du lycéen espèrent que la suite de cette affaire "se réglera à l'amiable". Laurent passe ses épreuves de bac de Français dans les prochains jours. Comme d'autres parents, la direction de l'établissement les a convoqués pour un entretien en présence de leur fils pour relire ensemble, le règlement intérieur de l'établissement.

De son côté le rectorat précise dans un communiqué que, pour justifier l'intervention des forces de l'ordre jeudi dernier, "la proviseure du lycée Hélène Boucher a alerté de l’intrusion violente d’une cinquantaine d’extérieurs, forçant l’entrée pourtant sécurisée par deux personnels de sécurité mandatés par la Région".


 
 

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