TOKI WOKI. "Je suis parti de mon terrain, j'ai posé les rails et je n’ai rien demandé à personne", l'histoire passionnante du Tacot des Lacs

Toki Woki s’évade à Fontainebleau, sur les rails du Tacot des Lacs. Patrick Mourot est un mordu de trains. Ce débrouillard de 63 ans a fondé le Tacot des Lacs, un chemin de fer touristique assorti d’un musée dédié à la restauration et à la conservation du patrimoine ferroviaire. Toki Woki est allé à sa rencontre.

C'est un chemin de fer de promenade qui ouvre ses portes au public tout l'été. On est à une heure de Paris, au sud de Fontainebleau, à Grez-sur-Loing. C’est ici que se déroulent la balade en train et la visite de la collection du Tacot des Lacs. 

Tu peux nous présenter quelques-uns de tes joyaux ?

Patrick Mourot : Cette locomotive a une particularité, elle a conservé sa peinture d'origine. Je n'avais jamais vu ça sur des machines si rares. Celle-là, c’est une locomotive à essence Américaine, que j'adore pour son look. Celle-ci est un prototype que les Anglais avaient imaginé, une locomotive électrique. Elle a une drôle d'histoire : elle m'a été offerte par quelqu'un que je ne connais pas. Voilà une petite locomotive Decauville, construite en grand nombre par les établissements Decauville à Corbeil-Essonnes. Ici, il y a un autre train américain, assorti de véritables wagons porte canons qui ont servi dans l'artillerie française dès 1888.

Actuellement, on est devant ma première locomotive. Quand j'étais au collège, en me baladant le mercredi dans les carrières, j'ai trouvé cette vieille machine. Elle n’était pas dans cet état, elle était toute rouillée. J'ai tanné mon père jusqu'à ce qu’il fléchisse et accepte de l'acheter avec ses économies. Il n’y avait plus que le châssis, le moteur n'existait plus. La cabine était un peu écrasée et rouillée. Mais de fil en aiguille, on lui a construit des wagons et des sièges et on a ouvert un petit train de promenade dans un zoo en Seine-et-Marne. Ce train a fonctionné pendant plusieurs années, c'est ce qui m'a permis d'avoir mes premières économies pour poursuivre la construction et la restauration d'autres trains.

Comment en es-tu arrivé à collectionner les trains ?

Patrick Mourot : Comme tous les enfants, je regardais les trains passer. J'entendais des gens dire à mon père « Ton fils s'intéresse aux trains, il y en a un super dans la région, vous devriez le prendre ». Mais il n'a jamais eu le temps de me le montrer parce qu’il était trop occupé à travailler, et on a déménagé. J’ai gardé ce souvenir en moi et je me suis dit que quand je serais grand, je viendrais voir ce train mystérieux. Quand j’ai eu mon permis de conduire je suis revenu sur place, mais il n'existait plus. Après réflexion, je me suis dit que je n’avais qu’à recréer une voie ferrée. Je suis parti avec un copain de CM2 en démonter une en Normandie, ça a duré un an. On l’a transportée dans un camion de location qui nous a permis de refaire tout le circuit ici.

C'est une passion qui coûte cher, non ?

Patrick Mourot : Pas quand la machine est très endommagée. Le modèle de Nouvelle-Calédonie était tellement moche que le propriétaire me l'a offert. Mais parfois, quand la pièce se trouve déjà dans un musée, le prix peut effectivement monter assez vite.

On a embarqué dans le fameux Tacot des Lacs. Tu peux nous dire où on passe ?

Patrick Mourot : Là, on est au bord du canal du Loing. En fait, c'était la destination de l'ancien train des carrières qui a fonctionné jusqu'en 1970 et qui déposait le sable aux péniches. La balade en train plaît beaucoup. Les gens viennent se dépayser au Tacot des Lacs parce que l’endroit est resté sauvage. Le sud de la forêt de Fontainebleau et les villages du coin sont assez bien préservés, il faut l'avouer.

Comment as-tu eu l’autorisation de construire ?

Patrick Mourot : Je suis parti de mon terrain, j'ai posé les rails et je n’ai rien demandé à personne, j’ai simplement ouvert au public. Si j'avais officialisé le projet avant, j’aurais dû demander des autorisations, faire appel à des fonctionnaires et ça n'aurait pas marché. J'ai ouvert le lieu au public et j'ai demandé l’autorisation après. Ils sont venus voir, ils ont vu que ça marchait bien et que c’était sympa, et ils m’ont dit « OK ». J’ai eu la bonne stratégie, visiblement.

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