Variole du singe : "On passe à neuf centres de vaccination, c’est mieux mais il faut aller plus loin"

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Alors que neuf centres de vaccination seront bientôt opérationnels, Corentin Hennebert, un Parisien de 27 ans infecté par le virus "Monkeypox", appelle à plus de prévention sur le sujet.

L’Agence Régionale de Santé (ARS) Île-de-France l’a annoncé mardi : neuf centres de vaccination "post-exposition" vont ouvrir au sein des hôpitaux de l’AP-HP, d’ici le lundi 11 juillet. Deux sites sont d'ores et déjà ouverts dans la capitale : Bichat (18ᵉ arrondissement), du lundi au vendredi l’après-midi, de 14h à 17h ; et la Pitié-Salpêtrière (13e arrondissement), du lundi au vendredi.

Six autres centres ouvrent à partir de ce mercredi 6 juillet :

  • Saint-Antoine dans le 12e arrondissement de Paris
  • Saint-Louis dans le 10e arrondissement de Paris
  • Lariboisière dans le 10e arrondissement de Paris
  • Raymond-Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine)
  • Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis)
  • Bicêtre au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne)

Le centre de l’hôpital Hôtel-Dieu, à Paris (4e arrondissement), ouvre quant à lui à partir de lundi. "Une vaccination post-exposition avec un vaccin de 3e génération peut être proposée aux personnes identifiées comme contacts à risque ainsi qu’aux professionnels de santé exposés au risque sans mesure de protection individuelle", explique l’établissement public sur son site.

"Le vaccin doit être administré idéalement dans les 4 jours après la date du dernier contact à risque et au maximum 14 jours plus tard selon le schéma recommandé par la HAS", poursuit l’ARS. Les centres sont "communiqués aux personnes cas contact à risques, potentiellement éligibles à la vaccination, par l’ARS Île-de-France lors de l’échange avec la cellule Contact tracing".

Les centres peuvent aussi être "sollicités directement par les personnes se sachant sujet contacts à risque d’un cas confirmé". Le vaccin "IMVANEX" est actuellement utilisé.

"On avance mais ce n’est pas suffisant"

"On passe de deux à neuf centres de vaccination, c’est mieux mais il faut aller plus loin. Je pense qu'il faudrait ouvrir la campagne à toutes les personnes fragiles, pas juste aux cas contacts", réagit Corentin Hennebert, un Parisien atteint par la variole du singe. Actuellement à l’isolement, cet homme de 27 ans, qui travaille dans le théâtre en tant qu’auteur et metteur en scène, explique que ses premiers symptômes remontent au 21 juin, et retrace l’infection cinq jours auparavant.

"Au tout début, j’ai eu une poussée de fièvre, des courbatures et un gonflement des ganglions au niveau de l’aine. J’ai d’abord pris ça pour le Covid, avant de faire un test à la pharmacie", raconte-t-il. Corentin Hennebert décrit ensuite des symptômes douloureux et "très contraignants" : "J’ai eu des lésions au niveau des muqueuses anales, j’ai pris ça pour des hémorroïdes au début. C’était vraiment atroce. J’ai eu plusieurs nuits blanches, je ne mangeais plus, même pour marcher c’était compliqué. Trois boutons sont aussi apparus sur le corps, ça ressemble à de l’acné. Ça cicatrise bien aujourd’hui."

Samedi, il a publié son témoignage sur Twitter. "Je voyais un manque d’information et de prévention, avec des tweets complètement à côté de la plaque, explique Corentin Hennebert. Donc j’ai voulu partager ce que l’hôpital et Santé publique m’on dit concernant la transmission de la variole du singe. Je ne suis pas médecin, mais l’idée était d’être le plus pédagogique possible à mon échelle."

Suite à son témoignage, largement relayé sur Twitter, il dénonce un "cyber-harcèlement homophobe" : "Tout a très vite pris de l’ampleur, je ne m’y attendais pas. J’ai reçu majoritairement des messages homophobes, on me traitait de pédé. Puis il y a eu une vague de rhétorique antivax et complotiste. On m’a accusé d’être payé par le gouvernement. Il y aussi eu des messages réac, parce que j’ai utilisé un mot en écriture inclusive dans mon témoignage… Bref, un pot-pourri de ce qu’il y a de mieux sur Twitter."

Aujourd’hui, Corentin Hennebert souhaite insister sur son message de prévention. "La variole du singe ne se transmet pas uniquement par des contacts sexuels, ça passe également par d’autres moyens. Ça n’est pas qu’une maladie de gays, ça peut atteindre tout le monde. Et c’est une maladie rare, mais il ne faut pas avoir honte. On manque encore d’informations à propos de la maladie. On avance mais ce n’est pas suffisant, il faudrait placarder des messages de sensibilisation dans tous les lieux de sociabilité. Il ne faut pas alimenter une psychose sur le sujet, mais au contraire faire en sorte de ne pas arriver à un point où l’on ne pourrait que paniquer. Il y a aussi des efforts à faire quant à la prise en charge, des gens sont parfois baladés d’un service à un autre, il faut aller plus loin", souligne-t-il.

336 cas de "Monkeypox" en Île-de-France

Fièvre, maux de tête, frissons, crampes, éruption cutanée, croûtes… "Les personnes avec des symptômes évocateurs (...) peuvent appeler le SAMU-Centre 15 pour être orientées", indique l’ARS. L’infection guérit en général spontanément en deux à quatre semaines, "mais des complications ou formes graves peuvent apparaître chez certaines personnes". Le taux de mortalité reste "globalement bas". Pour ce qui est des risques de transmission, l’Agence liste sur son site les différents contacts possibles.

La Haute autorité de santé (HAS) a été saisie en fin de semaine dernière pour rendre un avis sur un élargissement aux homosexuels de la vaccination, a annoncé le ministère de la Santé. Si la variole du singe n’est pas connue comme une maladie à transmission sexuelle à proprement parler, elle touche aujourd'hui principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes.

D’après le dernier bulletin publié, au 30 juin, 498 cas ont été confirmés en France. L’Île-de-France est la première région touchée, avec 336 cas. La première infection détectée en région parisienne remonte au 20 mai. Le 25 juin, l’ARS a confirmé un premier cas de "Monkeypox" chez un enfant francilien - une première en France.

Au niveau mondial, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé au 30 juin un total de 5 322 cas confirmés - soit une hausse de plus de 50% par rapport au précédent bilan du 22 juin -, et un décès à ce stade. Cette recrudescence inhabituelle des cas de variole du singe a été détectée depuis début mai hors des pays d'Afrique centrale et de l'Ouest où la maladie est depuis longtemps endémique. L'Europe est actuellement la plus touchée par l’épidémie.