VIH : "La vie est facilitée grâce aux nouveaux traitements, mais les mentalités ont peu évolué"

Alors que le Sidaction lance son week-end de collecte ce vendredi, l’association Les ActupienNEs, basée à Paris, continue de lutter contre le sida, le manque d’information et la sérophobie.

Le Sidaction organise son weekend de collecte dès ce vendredi 26 mars, et jusqu'au dimanche 28 : les dons peuvent être faits par téléphone au 110 (appel gratuit) ou en ligne via www.sidaction.org.
Le Sidaction organise son weekend de collecte dès ce vendredi 26 mars, et jusqu'au dimanche 28 : les dons peuvent être faits par téléphone au 110 (appel gratuit) ou en ligne via www.sidaction.org. © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

"Il faut en parler, parfois de façon brutale, pour que la génération actuelle et les générations futures comprennent". Alors que la crise sanitaire actuelle a tendance à faire passer la question du VIH au second plan, Romain Colson, vice-président des ActupienNEs, continue de lutter contre la sérophobie. "C’est la méconnaissance, la peur et l’aversion vis-à-vis des personnes séropositives, explique-t-il. La stigmatisation a commencé dès le début de l’épidémie dans les années 1980, avec l’idée d’un cancer gay, d’une maladie de PD, de noir, de drogué. Une sorte de peste qu’on a peur de choper."

"On parle d’une peur irrationnelle, 95% des personnes séropositives sous traitement ne transmettent plus le virus", souligne Romain Colson. Pourtant les personnes touchées par le VIH subissent une exclusion et des discriminations "au quotidien", déplore-t-il : "On vous met de côté, on évite de vous fréquenter. Ça peut être le rejet d’un partenaire quand la personne annonce sa séropositivité, ou une rupture avec son entourage, une mise à l’écart dans le contexte professionnel ou le milieu sportif."

Et de poursuivre : "Ça provoque de l’isolement, des syndromes dépressifs, mais une perte de confiance en soi et donc des problèmes de recherche d’emploi et de précarité. Il y aussi des refus de soins de la part de gynécologues ou de dentistes par exemple, parfois mal formés face au risque de propagation du VIH. Du coup certaines personnes ne vont plus consulter."

Pour dénoncer la situation, le vice-président des ActupienNEs met en avant de nombreuses données. "30% des séropos déclarent avoir subi des discriminations au cours de l’année écoulée, d’après une étude d’AIDES en 2016. C’est deux fois plus qu’en population générale. C’est encore plus inquiétant aujourd’hui : le chiffre semble monter à 57% en 2019, mais les données restent provisoires, selon une enquête de Sida Info Service."

"42,3% des appels à Sida Info Droit concernent des problèmes d’accès à l’assurance d’un prêt bancaire, selon des chiffres de 2016, poursuit Romain Colson. Il faut aussi savoir que 38% des séropos ne se sentent que peu, voire pas du tout soutenus par leur entourage, d’après une étude SIS Observatoire en 2014. Par ailleurs 40% des personnes séropositives vivent seules, un chiffre qui monte à 55% chez les homosexuels, selon une enquête ANRS-Vespa2, en 2013. Enfin 43% des séropos mentent à leur entourage vis-à-vis de leur statut, d’après des données de 2018."

"L’Etat s’est totalement désengagé"

A l’origine de ces discriminations, le vice-président des ActupienNEs pointe du doigt un manque d’information : "L’Etat s’est totalement désengagé. Il faut des campagnes nationales de prévention, mais aussi remettre en place de la sensibilisation dans les collèges et les lycées."

De son côté, Romain Colson explique que l’association tente, "avec ses petits moyens", de "déstigmatiser la maladie, de déconstruire ce mythe du pestiféré". "Dernièrement, on a par exemple créé pour les réseaux sociaux une vidéo contre la sérophobie, avec l’aide de la Dilcrah (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT), raconte-t-il. On avait lancé une campagne juste avant la crise du Covid-19. La Ville de Paris avait notamment diffusé pendant deux semaines des messages sur des panneaux lumineux. On est aussi en train de créer un site internet spécifique sur la sérophobie, avec des témoignages et des ressources pour que les personnes concernées puissent faire valoir leurs droits."

Aujourd’hui, Romain Colson, qui précise être "personnellement concerné par le VIH depuis 20 ans", dresse un constat "un peu ambigu" : "La vie des personnes séropositives est facilitée grâce aux nouveaux traitements, mais les mentalités ont peu évolué, du point de vue des discriminations sociales et médicales". Il souligne qu’aujourd’hui en France, on compte environ 170 000 personnes séropositives, "plus entre 24 et 25 000 personnes qui l’ignorent, selon les estimations".

De son côté, le Sidaction rappelle d'ailleurs que 23% des jeunes âgés de 15 à 24 ans n’ont jamais bénéficié d’un enseignement ou d’un moment d’information spécifique sur le VIH au cours de leur scolarité. En ce qui concerne la collecte, les dons peuvent être faits par téléphone au 110 (appel gratuit) ou en ligne, dès ce vendredi 26 mars et jusqu’au dimanche 28.

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