La Courneuve : un rassemblement pour lutter contre les inégalités territoriales en Seine-Saint-Denis

Le maire de la Courneuve, Gilles Poux appelle une nouvelle fois à se mobiliser aujourd'hui à 18 heures contre les inégalités en Seine-Saint-Denis. Après une lettre ouverte au Président de la République rendue publique dimanche, il réclame des mesures d’urgence pour le département.

La Courneuve, le 21 mai 2018
La Courneuve, le 21 mai 2018 © Philippe LOPEZ / AFP

Gilles Poux, le maire de la Courneuve appelle à un grand rassemblement à La Courneuve, ce mardi 23 juin à 18 heures. Elus, associatifs, militants prendront la parole pour, selon Gilles Poux, "partager, exprimer, témoigner" des inégalités sociales, économiques, médicales, éducatives qui minent la Seine-Saint-Denis. "Un exutoire pour dire son mal être et porter des exigences".  C'est ainsi que les prénoms des personnes décédées du Covid à La Courneuve seront égrénés suivis d’une minute de silence.

Surmortalité, décrochage scolaire, taux de pauvreté, crise du logement

Gilles Poux

Le constat est alarmant pour le maire communiste de la commune de Seine-Saint-Denis, réélu dès le premier tour des élections municipales. "La crise sanitaire que nous venons de traverser à exacerber les inégalités que nous connaissons et que nous avons déjà dénoncées. Surmortalité, décrochage scolaire, taux de pauvreté, crise du logement… On sait que cette situation va avoir de graves conséquences sociales et économiques dans les mois à venir", alerte Gilles Poux.

"Nous ne pouvons pas supporter l’aggravation de la situation sur nos territoires et il faut des mesures volontaristes et correctives le plus rapidement possible. L’Etat prend des mesures pour l’automobile ou l’aviation, il faut qu’il y ait des mesures pour les quartiers populaires", poursuit-il. Le maire de la Courneuve ne veut plus "accepter l’inacceptable" conforté par le dernier rapport du Défenseur des droits intitulé "Discriminations et origines : l’urgence d’agir"

Un constat partagé par Stéphane Troussel, le président socialiste du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis qui prendra la parole lors du rassemblement. "Il est temps maintenant, que les annonces du gouvernement soient mises en œuvre. Par exemple, la prime de 1 000 euros pour les fonctionnaires travaillant en Seine-Saint-Denis annoncée par le gouvernement ou les 50 policiers supplémentaires promis dans le cadre de la création de 2 quartiers de reconquête républicaine".

Lettre ouverte au Président de la République

Nous, habitantes et habitants des territoires les plus touchés par la crise sanitaire l'affirmons : "Nos vies ont de la valeur!

Gilles Poux et une quarantaine de personnalités comme le rappeur Bugsy, la mannequin Imany, Vikash Dhorasoo ou encore Eric Coquerel, député de Seine-Saint-Denis ont adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée ce dimanche dans le JDD. Dans cette lettre, les signataires demandent une "remise à niveau" des services publics dans les territoires populaires touchés par la crise sanitaire, en particulier la Seine-Saint-Denis. "Pendant la crise le taux de surmortalité a explosé atteignant 128%, deux fois plus qu'en Seine-et-Marne ou dans les Yvelines", peut-on lire.

Ils réclament six mesures d’urgence pour la Seine-Saint-Denis sur les questions économiques et sociales, éducatives, de discriminations et de violences policières.

Christophe Prudhomme, médecin urgentiste à l'hôpital Avicenne de Bobigny est l’un des signataires de cette lettre et il est en colère: "Depuis des années, nous dénonçons le manque de moyens au niveau des services publics dans le département. Les services de santé et les hôpitaux sont en nombre insuffisants. Cette situation a été mise en évidence lors du pic de l’épidémie de Coronavirus. Nous avons été le premier département à manquer de lits de réanimation. Si l’on prend l’exemple de la faculté de médecine de Seine-Saint-Denis, on remarque qu'il n' y a pas assez de postes d'enseignants, et peu de place au concours. On est toujours sous dotés, maltraités", dénonce t-il.

"On nous parle du monde d’après, il faut que ça change vraiment. Je suis très sévère, la pauvreté des services publiques notamment dans la santé est le résultat des politiques d’hier et aujourd’hui. La surmortalité liée au Covid en Seine-Saint-Denis aurait pu être évitée. Les politiques ont un responsabilité. Ils ont des morts sur la conscience. Il faut que ça cesse. La colère est là, celle des gilets jaunes, des services hospitaliers. Le gouvernement doit en prendre conscience", gronde-t-il.

La journaliste et réalisatrice Rokhaya Diallo, qui a passé son adolescence en banlieue et se dit très attachée à la Seine-Saint-Denis a également signé cette lettre ouverte. "On est au lendemain d’une crise qui a mis en évidence la contribution des personnels soignants, des caissières et caissiers, et on sait qu’ils sont surreprésentés dans le département. Il y a une réelle urgence. Je pense qu’il faut profiter de cette opportunité. La population prend conscience du tribut extrêmement lourd qui a été payé par les personnes qui n’ont pas pu s’arrêter de travailler", explique t-elle.

Un énième cri d’alerte ?

En 2018, le rapport parlementaire des députés François Cornut-Gentille (Les Républicains) et Rodrigue Kokouendo (La République en Marche) tirait déjà la sonnette d’alarme. Ce rapport soulignait l’inefficacité des politiques publiques en Seine-Saint-Denis et démontrait que ce département densément peuplé par 1,6 million d'habitants restait sous-doté dans les domaines de l'éducation, la justice ou la police, comparé aux autres départements français.

Devant ce constat, une batterie de 23 mesures avait été officialisée fin 2019 par le Premier ministre Édouard Philippe. Parmi les dispositifs retenus par le gouvernement figure une prime de 1000 euros pour fidéliser les fonctionnaires en Seine-Saint-Denis.

En 2019, le maire de La Courneuve avait également commandé au cabinet Eneis-KPMG un rapport. Et le constat était sévère. Un taux de chômage de 27% et un taux de pauvreté de 43% dans sa commune. Gilles Poux appelait à "18 exigences pour rétablir l’égalité territoriale".

Malgré cette longue liste de rapports et de cris d'alarme restés souvent lettre morte, Gilles Poux l’espère, la lettre ouverte à Emmanuel Macron et le rassemblement contre les inégalités territoriales pourraient être l’occasion pour le gouvernement, qui est en pleine préparation du budget 2021, "de montrer sa détermination à aider les jeunes des quartiers défavorisés qui attendent un signe pour reprendre confiance dans la République". Il aspire également "à un mouvement politique, citoyen, associatif, constructif pour trouver une issue politique" et remédier aux maux dont souffre la Seine-Saint Denis.

Pour alerter le gouvernement la ville de la Courneuve a mis en ligne une pétition : les inégalités, un autre virus qui tue.

 

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