Covid-19 : "la 6e vague va être un grand saut dans l’inconnu"

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Écrit par Emmanuelle Hunzinger
Prise en charge d'un malade Covid à l'Hôpital Avicenne de Bobigny. ( Archives)
Prise en charge d'un malade Covid à l'Hôpital Avicenne de Bobigny. ( Archives) © BERTRAND GUAY / AFP

Frédéric Adnet, Professeur de Médecine d'Urgence, et chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne à Bobigny et du Samu de Seine-Saint-Denis fait le point sur les hôpitaux, le manque de lits, le personnel soignant et Omicron.

Quelle est la situation des hôpitaux en Seine-Saint-Denis ?

La situation est critique. Aujourd’hui, la problématique est le nombre de lits disponibles qui a diminué de manière drastique par manque de personnels.

Nous allons certainement atteindre les 30 % de lits fermés pendant la période des vacances

Frédéric Adnet

Dans notre hôpital, (Ndlr, Hôpital Avicenne AP-HP à Bobigny), on est à moins 20 % de lits disponibles et cela va s’aggraver pendant les vacances parce que le personnel qui est encore présent, va finir par prendre des congés malgré les mesures de Martin Hirsch, le Directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Nous allons certainement atteindre les 30 % de lits fermés pendant la période de vacances.

Cette situation est dramatique car nous avons une pression Covid qui n’est, pour le moment, pas énorme mais qui monte progressivement. Au niveau des soins critiques, on a un taux d’occupation de 50 % par des malades Covid, les 50 autres pourcents sont occupés par des patients non Covid, ce qui veut dire que nous sommes plein.

Le vrai débat dans les deux prochaines semaines : est-ce que oui ou non, nous allons entamer des déprogrammations pour mobiliser du personnel afin d’accueillir des patients Covid ?

Quel est l'état d'esprit du personnel soignant ?

Je suis plutôt pessimiste. Le personnel est épuisé et désabusé. Il a l’impression d’être dans une institution qui ne soigne pas bien ses patients. Beaucoup ont envie de changer de métier et de partir. Je ne sais pas si les annonces gouvernementales ou internes à l'AP-HP vont changer les choses.

Comment envisagez-vous la 6e vague ?

Cela va être un grand saut dans l’inconnu, un peu effrayant. Mais je ne veux pas tenir un discours catastrophique. Quand on regarde les courbes d’Afrique du Sud, le premier pays à avoir une vague Omicron, on observe que ce variant n’a pas eu un énorme impact hospitalier, ni en terme de mortalité.

Le variant Omicron semble moins virulent que le Delta mais il faut rester prudent

Frédéric Adnet

Avec Omicron, il semble que le taux d'incidence n'ait pas le même impact sur le taux d'hospitalisation qu'avec le variant Delta. Cela est à prendre avec énormément de prudence mais le variant Omicron semble moins virulent que le Delta. En revanche il est plus contagieux. Aujourd’hui nous sommes à 20 % de patients Covid contaminés par le variant Omicron à l’AP-HP. Mais je le répète, il faut rester prudent.

A  l'hôpital Avicenne, j’ai entre deux et cinq nouveaux patients Covid par jour; ce qui est pour l’instant modeste, sauf que pour les accueillir, je n’ai pas de lits. Si réellement nous avons une 6e vague de patients Covid, nous aurons un problème majeur, on ne sera pas où loger les malades, mais pour l’instant je ne peux pas dire si oui ou non nous allons être submergés.

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