Féminicide à Epinay-sur-Seine : le parquet de Bobigny veut que les victimes soient toujours averties des sorties de détention

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Écrit par Emmanuèle Bailly
Mémorial en hommage aux femmes victimes de violences. Les prénoms de 122 femmes victimes de violences et des slogans ont été collés en septembre 2020 sur les murs du 11e arrondissement.
Mémorial en hommage aux femmes victimes de violences. Les prénoms de 122 femmes victimes de violences et des slogans ont été collés en septembre 2020 sur les murs du 11e arrondissement. © BRUNO LEVESQUE / MAXPPP

"Ce drame est vécu comme un échec collectif". Un protocole pour informer systématiquement les victimes quand leur agresseur sort de détention sera conclu "très rapidement", assure le parquet de Bobigny. Une marche en hommage à la victime du féminicide partira le 9 décembre au pied de la tour d'Epinay où elle est décédée.

"Un protocole permettant d'assurer systématiquement l'information des victimes relatives aux sorties de détention, non seulement lorsque les textes le prévoient, mais surtout dans toutes les autres situations, sera conclu très rapidement" après "l'analyse précise des raisons" du drame, a déclaré le parquet de Bobigny.

Cette annonce du parquet fait suite à la mort d'une femme, Bouchra, poignardée à mort vendredi soir alors qu'elle rentrait chez elle. Son ex-compagnon, principal suspect, a été mis en examen lundi pour "meurtre par conjoint" et placé en détention provisoire. En garde à vue, l'homme de 51 ans a "globalement reconnu les faits" mais nié être venu dans l'intention de tuer la victime, bien qu'il avait acheté un couteau de cuisine avant le rendez-vous.

Une femme tuée par son ex-compagnon

Déjà condamné en juillet pour violences sur cette mère de famille quadragénaire, il était retourné en détention en octobre suite à la révocation d'une partie de son sursis.

Malgré l'interdiction, il s'était en effet rendu devant le domicile de cette femme qui avait activé son téléphone grave danger, un service de téléassistance pour solliciter d'urgence l'intervention des forces de l'ordre.

"Ce drame est vécu comme un échec collectif"

Il avait finalement été libéré le 17 novembre, ce qu'ignorait la victime. Elle n'avait pas son téléphone grave danger sur elle le soir des faits. "Rien ne permet d'affirmer que la victime ait été avisée de la sortie de son ex-conjoint de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis", neuf jours avant les faits, a reconnu le parquet, soulignant toutefois la "détermination particulière" du suspect. Dans cette affaire, le juge d'application des peines n'avait pas "l'obligation" d'informer la victime. "Avec le recul, il aurait été préférable de le faire, et ce drame est vécu comme un échec collectif", a précisé le parquet. 

Une marche est prévue jeudi 9 décembre

"Le meilleur hommage qu’on puisse rendre à cette femme, c’est d'améliorer le dispositif pour que ça n’arrive pas à une autre femme", a réagi Ernestine Ronai, militante féministe et responsable de l'Observatoire départemental de Seine-Saint-Denis des violences envers les femmes

La sortie de prison doit être signifiée à la personne victimes de violences conjugales, poursuit Ernestine Ronai. "Si cette femme avait su que son mari était sorti de prison, elle aurait pris son téléphone d'urgence" et ce drame aurait pu être évité, explique-t-elle.

Une marche en hommage à Bouchra, coorganisée par la ville d’Épinay-sur-Seine, l’Observatoire départemental et l'association SOS femmes 93 partira le 9 décembre au pied de la tour où elle est décédée.

 

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