L’IGPN saisie après des propos racistes filmés au cours d’une intervention de police à l’Île-Saint-Denis

Dans une vidéo diffusée dimanche sur Twitter, on entend des policiers prononcer des commentaires racistes envers une personne interpellée, au cours d’une intervention à l’Île-Saint-Denis. Deux fonctionnaires ont été suspendus, d'après la PP.

© PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
La scène est "glaçante" d’après Taha Bouhafs, journaliste et par ailleurs militant antiraciste, qui a publié les images sur Twitter. Diffusée dimanche après-midi, la vidéo montre des policiers en train de prononcer des propos racistes envers une personne interpellée par les forces de l’ordre, au cours d’une intervention au bord de la Seine dans le secteur de l’Île-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis.

Il sait pas nager, un bicot comme ça, ça nage pas

Selon Taha Bouhafs, les faits se déroulent "très tôt" dimanche matin, à 1h43. Si les circonstances restent encore troubles, le journaliste explique qu’un homme qui aurait fui la police et "sauté dans la Seine pour leur échapper", a ensuite été "repêché". Au cours de la scène, de nuit, on entend l’un des policiers prononcer : "Il sait pas nager, un bicot comme ça, ça nage pas". "Haha ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied", peut-on aussi entendre. L’homme qui a sauté dans la Seine, interpellé, est ensuite mené vers un fourgon des forces de l’ordre. On entend des cris de la part de l’interpellé, des bruits sourds, et des rires de la part des policiers, comme le souligne le sous-titrage de la vidéo. "Le racisme, la violence, les coups, les rires de ces policiers face aux cris de terreur de cet homme dans cette fourgonnette, qui qu’il soit, quoi qu’il ait fait, me glacent le sang, commente par ailleurs Taha Bouhafs sur Twitter. Quand est-ce que tout ça va donc s’arrêter ?" Le journaliste explique que la vidéo lui a été envoyée par un habitant de l’Île-Saint-Denis, "qui a lui-même filmé la scène".

"Le préfet de police va saisir l'IGPN"

Contactée, la préfecture de police de Paris confirme à France 3 Paris Île-de-France la saisine de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), pour une enquête administrative. "Une vidéo montrant une intervention de police à l'Île-Saint-Denis circule sur les réseaux sociaux, explique ainsi la PP. Les policiers intervenaient dans le cadre d’un vol en réunion. Le préfet de police va saisir l'IGPN afin de faire toute la lumière sur les circonstances dans lesquelles les policiers sont intervenus et déterminer l'identité des auteurs des propos entendus." Christophe Castaner a également réagi aux faits, évoquant "une vidéo montrant une intervention de police dans le secteur de l’Île-Saint-Denis" qui "suscite une indignation légitime". Le ministre de l’Intérieur a ainsi promis que "toute la lumière (serait) faite" : "Le racisme n’a pas sa place dans la police républicaine". Lundi après-midi, la PP a ensuite annoncé sur Twitter la suspension de deux fonctionnaires : "Avec l'accord du Ministre de l'Intérieur, le préfet de Police Didier Lallement a demandé au Directeur Général de la police nationale la suspension des deux policiers mis en cause dans la tenue de propos racistes entendus dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 26 avril".

Deux enquêtes : l'une administrative, l'autre judiciaire

De son côté, Catherine Denis, la procureure de la République de Nanterre, explique à France 3 Paris Île-de-France que le parquet saisit "l’IGPN d’une enquête judiciaire pour injures à caractère raciste et violences". "L’individu interpellé aurait 27 ans mais il est connu sous plusieurs alias, précise Catherine Denis. Il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire délivrée par la préfecture des Hauts-de-Seine (dimanche) et d’une décision de classement sans suite en raison de cette décision administrative".    

Toujours d’après la procureure de la République de Nanterre, l’homme interpellé "n’a pas déposé plainte et n’a pas fait état de violences lors de son audition en garde à vue. Il a fait l’objet d’une conduite à l’hôpital après sa chute dans la Seine, sans admission." Dernière précision : contrairement à ce qui est indiqué dans la vidéo de Taha Bouhafs, "il s’agit de policiers des Hauts-de-Seine mais pas du commissariat de Villeneuve la Garenne".

Entendre aujourd'hui de tels propos et comportements racistes de la part de fonctionnaires de police est une honte

Les propos ont en tout cas provoqué la colère d’Eric Coquerel. Dans un communiqué publié dimanche, le député LFI de Seine-Saint-Denis dénonce une situation "inacceptable" et des "faits condamnables", racontant avoir "découvert avec horreur" la vidéo. "Je ne sais pas ce que (l’homme repêché) a fait, je sais par contre que le 17 octobre 1961 on a retrouvé sur ces mêmes berges les corps d'Algériens noyés par la police, avance l’élu, qui fait référence à la répression meurtrière menée à l'époque par la police française suite à une manifestation à l'appel du Front de Libération National (FLN). Entendre aujourd'hui de tels propos et comportements racistes de la part de fonctionnaires de police est une honte et une grande inquiétude". D’après Le Parisien, les faits se sont déroulés en présence d'un commissaire de police qui "déjà été condamné dans une affaire de violences policières qui remonte à 2008". Le policier avait écopé d'une peine d’un an de prison avec sursis et d’un an d'interdiction d'exercer, pour abstention volontaire d'empêcher un crime ou un délit, selon le quotidien.
 
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