"On ne sait pas comment on va faire" : inquiétude des parents à l'annonce de la fermeture d'une crèche à Aubervilliers

L'établissement doit fermer ses portes le 8 juillet prochain. Le département invoque notamment le mauvais état du bâtiment pour justifier sa décision. Les parents évoquent des promesses non-tenues et un manque de dialogue.

Pour les parents des 40 enfants de la crèche départementale Yvette Lundy à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, ces dernières semaines ont été mouvementées. Voilà près d'un mois qu'ils ont appris la fermeture de l'établissement dès juillet prochain pour une durée indéterminée. "Le département parle d'une fermeture temporaire, mais nous pensons que ce sera définitif car la situation est difficile depuis plusieurs mois", indique Clara Lamerre, maman d'une petite fille admise à la section "bébés" de la crèche.

À titre d'exemple, l'établissement n'a plus de directrice à temps plein depuis février. "Depuis, elle n'a jamais été remplacée", se lamente la maman. Le manque d'encadrement a mené selon les parents à de nombreux jours de fermetures de certaines sections depuis quatre mois. La section des tout-petits a été fermée 7 fois depuis le 14 février. Celle des moyens l'a été six fois depuis fin janvier.

Intoxication au plomb

Dans une pétition en ligne, les parents font état d'une contamination au plomb au sein des espaces extérieurs de l'établissement, établie par des tests sanguins réalisés sur les enfants en juillet 2023. Certains enfants affichaient un taux de plomb dans le sang de 120 microgrammes par litres alors que le seuil pour être en bonne santé est de 50 selon le Haut Conseil de la santé publique. "Des tests ont ensuite été réalisés dans les logements de ces enfants pour confirmer que la contamination venait bien des locaux de la crèche", raconte Clara Lamerre. "D'autres ont été intoxiqués au plomb", lit-on dans des mails des parents adressés au conseil départemental. "Des études ont été effectuées par les services départementaux en vue de la dépollution du jardin extérieur", nous indique le conseil départemental à ce sujet.

Dans leur pétition mise en ligne le 12 juin dernier, les parents évoquent une "promesse non-tenue" de la part du département concernant des "travaux de dépollution" qui, selon eux, étaient prévus.

Les parents mécontents des solutions proposées par le département

Dans un courriel aux parents que nous avons pu consulter, le conseil départemental propose des solutions pour accueillir leurs enfants dans trois autres crèches départementales à Aubervilliers.

Une nouvelle qui ne ravit pas Sirine El Hamadi, maman de deux enfants dans cette crèche. " L'établissement actuel est en plein centre-ville et donc très accessible en transports. Ce n'est pas le cas des alternatives proposées par le département. On ne sait pas comment on va faire."

Une inquiétude partagée par les auteurs de la pétition. "La localisation des établissements de repli, parfois à plus de 30 minutes à pied du domicile des familles, va nous causer des difficultés organisationnelles et un stress quotidien", lit-on notamment.

"Ce sont encore une fois ceux d’entre nous dont les contraintes sont d’ores et déjà fortes – familles nombreuses, non véhiculées, monoparentales ou aux horaires de travail non flexibles – qui vont pâtir le plus de cette situation", poursuivent-ils. "De manière exceptionnelle et dans la limite des possibilités d’accueil, le Département fera au mieux pour tenir compte de situations familiales complexes, qui pourront être examinées au cas par cas", note le département

Les enfants devraient être accueillis dans de nouvelles crèches dès le mois de juillet, et c'est également le cas pour le personnel de l'établissement. "Les professionnelles ont été également réparties sur ces trois établissements afin d'accompagner vos enfants dans ces nouveaux locaux", confirme le courriel en date du 28 mai dernier.

Contactés par nos soins, des membres du personnel partagent les inquiétudes des parents. "On est assez d'accord avec ce qui est dit dans la pétition. La situation de la crèche est préoccupante et le fait que la directrice n'ait jamais été remplacée officiellement met notre équipe dans des situations tendues", nous confie-t-on en interne.

Les parents dénoncent également le "silence" de la part du département au sujet de la fermeture. "Nous n'avons eu que très peu de réponses à nos courriers ou des retours très évasifs, les raisons de la fermeture ne nous ont jamais été expliquées officiellement par écrit", déplore Clara Lamerre.

Des difficultés de recrutement 

Dans un rapport du conseil départemental en date du 16 mai 2024, celui-ci justifie la "fermeture temporaire de l'établissement" par sa "situation particulièrement critique". Le rapport indique que la crèche présente le plus fort taux de "rupture d'accueil" parmi les crèches gérées par le département. "De plus en plus de parents retirent leurs enfants de cette crèche", confirme à ce titre Clara Lamerre. Il y en a eu 35 depuis septembre 2023 d'après le rapport départemental. Celui-ci pointe également du doigt le "mauvais état général du bâtiment."

Il cite particulièrement la "problématique de contamination au plomb de la terre du jardin extérieur. Les espaces extérieurs sont de ce fait condamnés, ce qui est extrêmement préjudiciable aux enfants comme aux équipes, notamment en période de forte chaleur." Cependant, dans des réponses apportées à France 3 Paris Île-de-France, le conseil départemental indique ce jeudi que "la fermeture temporaire de la crèche Yvette Lundy n’est pas liée à la problématique de pollution du jardin extérieur, mais bien à 
l’aggravation des difficultés de recrutement."

Concernant le dialogue avec les parents et le personnel, le rapport indique que la demande de regrouper les élèves dans d'autres crèches "correspond à une forte demande des familles et des équipes."

De leur côté, les parents s'inquiètent du manque d'informations concernant la réouverture de la crèche. "Le projet du département à son sujet reste flou, pour ne pas dire inexistant, aucune date de réouverture n’ayant été avancée." Ils craignent à terme que la structure soit tout simplement définitivement fermée.

Deux autres crèches départementales de Seine-Saint-Denis fermeront temporairement en 2024. Elles sont respectivement situées à Romainville et à Stains. Ces fermetures préoccupent les auteurs de la pétition qui estiment qu'elles en disent long "sur la place que nos élus accordent aux enfants, aux familles et aux plus précaires de leur département, dont la population est la plus jeune et la plus pauvre d’Île-de-France." La pétition compte ce mercredi 431 signatures.  

  

 

 

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