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Police de sécurité du quotidien : la colère du maire de Saint-Denis

Le maire (FDG) de Saint-Denis, Laurent Russier, réclame un plan d'envergure de l'Etat pour faire face à la violence dans le département. / © France 3 Paris.
Le maire (FDG) de Saint-Denis, Laurent Russier, réclame un plan d'envergure de l'Etat pour faire face à la violence dans le département. / © France 3 Paris.

La ville de Saint-Denis avait demandé à être intégrée au dispositif de police de sécurité du quotidien. Mais elle n'a finalement pas été retenue. Trois jours après la fusillade qui a coûté la vie à un adolescent de 16 ans, le maire de la ville a le sentiment d'être abandonné par l'Etat. 

Par Aude Blacher

Gérard Collomb a dévoilé mardi la liste des 30 quartiers qui vont bientôt voir leurs effectifs policiers augmenter. Parmi ces "quartiers de reconquête républicaine", seuls d'eux d'entre eux se situent en Seine-Saint-Denis, à Aulnay-sous-Bois et à Sevran. Pourtant, ce département le plus pauvre de France métropolitaine a déjà connu une soixantaine de fusillades depuis le début de l'année. Dernière en date à Saint-Denis lundi. Un adolescent de 16 ans a trouvé la mort en pleine rue, dans la cité Romain-Rolland, un autre a été blessé. Le maire (FDG) de la ville, Laurent Russier, qui avait demandé à bénéficier de ce nouveau dispositif et dont la candidature n'a pas été retenue, réclame désormais un plan d'envergure de l'Etat. 

France 3 Paris : Saint-Denis n'a pas été retenue dans le dispositif  "Police de sécurité du quotidien". Comprenez-vous ce choix ?
Laurent Russier : Quand on a une ville comme Saint-Etienne dont quatre quartiers sont retenus et que nous avons seulement deux quartiers pour l'ensemble de la Seine-Saint-Denis, on se demande quels ont été les critères. Sûrement pas ceux relatifs aux faits de délinquance, beaucoup plus nombreux ici que dans beaucoup d'autres endroits de France. Non je ne comprend pas et je continue d'être en colère. On a l'impression que pour Gérard Collomb et le gouvernement, il ne s'est rien passé lundi à Saint-Denis (NDLR : un mort dans une fusillade), qu'il ne s'est rien passé hier à Villepinte, qu'il ne s'est rien passé hier à Aulnay-sous-Bois pour juste reprendre trois exemples très concrets. Le symbole est terrible... Dans les trente quartiers au total, il n'y en a que deux qui sont en Seine-Saint-Denis et qui sont en plus deux petits quartiers en terme d'habitants. Une fois de plus la Seine-Saint-Denis est mise de côté avec ce dispositif de police du quotidien de sécurité renforcée.

Vous dites que la Seine-Saint-Denis est "maltraitée" par l'Etat ?
Laurent Russier : Nous avons l'impression que Gérard Collomb ne prend pas la mesure des difficultés ici. Car c'est l'ensemble des élus du département, quels que soient leurs couleurs politiques qui tirent la sonnette d'alarme. En terme d'éducation, de police, de justice, l'Etat est défaillant en Seine-Saint-Denis. Ce que réclament les habitants, et encore hier dans le quartier de Romain-Rolland (NDLR : lieu de la fusillade), c'est "traitez-nous à égalité". On en a marre de penser qu'on serait un territoire perdu de la République. C'est la République qui nous abandonne.

Ce dispositif qui prévoit le déploiement de policiers supplémentaires est-il suffisant ? 
Laurent Russier :
C'est un énième plan qui n'est pas à la hauteur des besoins. Car ce n'est pas seulement de la police qu'il faut, c'est toute une chaîne qui doit se mettre en place : police, justice, éducation. Et de la prévention qui a une baisse de crédits depuis 20 ou 30 ans. Sur ma ville, on a autant d'éducateurs spécialisés qu'il y a 20 ans. Or depuis, la ville a pris 25 000 habitants. On a des jeunes pour lesquels la situation est dure. On a besoin qu'ils soient accompagnés, justement pour qu'ils ne restent pas seuls dans la rue où règne la loi du plus fort. C'est donc d'un plan national d'envergure dont on a besoin.

Un plan d'envergure, Saint-Denis en a déjà bénéficié en 2012 ?
Laurent Russier 
: A Saint-Denis, nous avions été retenus en zone de sécurité prioritaire sur le quartier de la Gare car il y avait des phénomènes de trafic de crack importants. Cela a fonctionné pendant quelques mois parce que tout le monde était autour de la table : pôle emploi, l'éducation, les bailleurs, la police, la justice, les services de la ville, les services de la prévention. Chacun venait apporter sa pierre à l'édifice et les problèmes majeurs ont été réglés en quelques mois. Et puis, comme c'est souvent le cas, le dispositif s'est amenuisé et a été remplacé par d'autres avec des changements de cap. Nous sommes revenus à plus de répression. Et le problème est toujours là. 

En 2020, ce nouveau plan pourrait s'étendre à 30 nouvelles villes en France. Allez-vous recandidater ? 
Laurent Russier 
: A Saint-Denis, il y a un peu plus de 300 policiers, c'est loin d'être suffisant. C'est le même nombre de policiers qu'il y a 15 ans. Quand on se compare aux autres départements, on est sous doté en policiers et surtout en officiers de police judiciaire, ceux justement qui sont capables de mener des enquêtes et remonter les trafics. Donc biensûr qu'on va repostuler car tout effectif supplémentaire est bon à prendre.
Ce que j'aimerais surtout, c'est que le drame de lundi ait au moins une issue positive, qu'il y ait une prise de conscience de la part du gouvernement. Ce n'est plus possible d'avoir ces règlements de compte, cette violence avec des armes où à présent, des enfants meurent sous les balles. Ca doit forcément interroger très fortement la République.













 

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