Après 145 ans, le boat house d'aviron de Joinville espère se donner une deuxième jeunesse

Ce club historique d'aviron a été sélectionné au Loto du patrimoine pour sauver cette architecture vieille de près de 150 ans. Un patrimoine sportif encore en usage aujourd'hui.

Les 600 licenciés et 1 500 pratiquants savent-ils seulement l'histoire de ce lieu lorsqu'ils en franchissent la porte ? Car le boat house de Joinville (Val-de-Marne) a eu plusieurs vies même si depuis 1902, on y pratique l'aviron.

Le bâtiment le plus ancien date de 1885. D'abord simple auberge, Louis Convert, rachète le bâtiment pour en faire une annexe de son célèbre établissement le "bal Convert" à Nogent-sur-Marne. "Une fois qu'ils avaient guinché et dansé, ils venaient séduire un peu plus longtemps leurs dames et les monter dans les chambres au-dessus. C'est rapidement devenu une maison de complaisance", raconte Virginie Tollard, adjointe (LR) au maire de Joinville-le-Pont et multiple championne (de France et vice-championne du monde) d'aviron.

Au début du XXe siècle, les bords de Marne sont bien moins urbanisés qu'aujourd'hui et servent de lieu de villégiature aux Parisiens qui n'ont qu'à prendre un train au départ de la Bastille pour y passer le week-end. De cette époque, il reste aujourd'hui certains édifices comme le boat house de Joinville. Mais il est en danger. Les deux bâtiments (l'autre date de 1932), commencent à subir les affres du temps et à s'effriter.

Phare de la Marne

Des bouts de façades commençaient même à tomber représentant un danger pour les passants. Des travaux ont commencé à hauteur de 440 000 euros et ont été financés par diverses institutions (la mairie et la région notamment). Mais 100 000 euros manquaient pour le boucler. Le Loto du patrimoine et la mission Bern permettraient d'y remédier. "On le mérite. J'avais peur parce que ce n'est pas une église, un château, on n'en parle moins. Mais des bénévoles restaurent le bâtiment avec leurs petites caisses à outils depuis le début. Aujourd'hui, cela devient compliqué", poursuit-elle.

Car après avoir été une sorte de maison de passe, le propriétaire accepte, en 1902, que des rameurs y entreposent des bateaux pour la pratique de l’aviron et de la voile. Ils étaient alors entreposés dans les écuries. A la mort de Louis Convert, Léon Thomas, un rameur, rachète le terrain et fait construire un second bâtiment, collé à l'autre et en béton armé, reconnaissable à sa vigie et rapidement baptisé "le Phare de la Marne". L'adjointe au maire de Joinville espère d'ailleurs pouvoir le remettre en service aux termes des travaux.

Incendie en 2005

Des travaux importants car un incendie en 2005 a ravagé l'autre site historique situé à moins d'un kilomètre de là, celui de l'Île Fanac. Reconstruit à l'identique, l'intérieur n'a plus rien à voir avec ce qu'il était auparavant.

Depuis, Virginie Tollard a fait de la préservation de ce site où elle s'est entraînée étant jeune, un de ses combats. D'autant que le club a été sélectionné pour être site de préparation des Jeux olympiques 2024.

"L'équipe nationale chinoise pourrait venir s'y entraîner. Mais pour cela, il faut rénover certaines installations comme la salle de musculation. Il n'y a aucun site pour les Jeux dans le Val-de-Marne. On espère que l'Agence nationale du Sport va nous aider pour laisser un patrimoine à travers les sites de préparation des Jeux. Les Jeux sont un tremplin pour pouvoir continuer, pour que les 600 rameurs puissent toujours pratiquer", espère l'ancienne championne.

Un espoir entretenu par la tradition du mécénat. Un rameur qui a racheté un coquet pavillon sur l'Île Fanac va léguer une partie de son terrain à l'association d'aviron pour y faire une salle d'entraînement.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
patrimoine culture sport sports nautiques