Retraites : à Champigny, la municipalité souhaite aider les familles de grévistes en difficulté financière

Manifestation parisienne contre la réforme des retraites, le 16 janvier (illustration). / © PHILIPPE LOPEZ / AFP
Manifestation parisienne contre la réforme des retraites, le 16 janvier (illustration). / © PHILIPPE LOPEZ / AFP

À quelques semaines des municipales, le maire de Champigny (Val-de-Marne) a décidé de mettre en avant des aides financières pour les familles en grande difficulté dans le contexte de grève. Une annonce vue comme « électoraliste » du côté de l’opposition.

Par Pierre de Baudouin / France 3 PIDF

L’idée est, selon le maire de Champigny, de « redonner un peu d’oxygène » aux ménages en grande difficulté financière, « parfois après 30 ou 40 jours de grève, et avec des enfants à charge ». Christian Fautré (PCF) a mis en avant lors de ses vœux pour 2020 un « fonds de solidarité » pour les familles de la commune touchées financièrement par la grève contre la réforme des retraites.

« Il faut se rapprocher du CCAS (Centre communal d’action sociale), ça peut être 50, 100, 150, 200 euros en urgence, explique l’édile. C’est un dispositif qui existe déjà, à destination des familles en grande difficulté quand la fin du mois approche. Accident du travail, décès… Ce sont des aides exceptionnelles, tout est vérifié sur la base d’un dossier à chaque fois. Rien ne change, la sélection ne dépend pas du fait d’avoir fait grève ou non. Mais je souhaite simplement le porter à la connaissance des familles qui rencontrent de grosses difficultés en ce moment. »

« Partir en grève, c’est prendre un risque, il faut l’assumer »

Du côté de l’opposition, l’annonce est critiquée comme étant un « coup de com’ ». « Le clientélisme électorale est la colonne vertébrale du PCF à Champigny, juge Jean-Michel Schmitt (LREM). Forcément, c’est exacerbé à l’approche des municipales. » L’élu y voit une initiative « qui n’est pas équitable » et « qui divise les Campinois » : « Partir en grève, c’est prendre un risque, il faut l’assumer. De nombreux habitants qui n’ont pas fait grève ont été fortement pénalisés. les écoles fermées, les frais supplémentaires pour la garde des enfants par exemple… J’en connais certains qui ont subi des frais de taxi importants, et qui ne font pas pour autant partie de la France d’en haut. »

Un avis partagé par Laurent Jeanne (ex-LR, Libres !), également candidat à la mairie. « Ça permet à la municipalité actuelle de mobiliser sa base électorale, avance l’élu. Le maire a poussé les employés municipaux à se mettre en grève, et maintenant il propose ça… Les impôts n’ont pas à payer les grévistes. »

« Ce n’est pas : "Faites grève et vous serez remboursés" ! »

Christian Fautré, de son côté, rejette ces critiques : « On soutient sur le fond le mouvement mais l'objectif n'est pas du tout de compenser toute la perte de salaire des grévistes. Avec 100 euros, vous avez à peine de quoi remplir un caddie. Ce n’est pas : "Faites grève et vous serez remboursés !". Je trouve très petit et méprisant ce genre d’accusations, on prend les gens pour des moutons. Il y a beaucoup de dignité chez les salariés. Les gens ont bien compris qu’eux et leurs enfants seraient perdants avec cette réforme, ce n’est pas une aide particulière qui va les pousser à se mettre en grève. »

Pour l’aide annoncée aux familles, Laurent Jeanne dit avoir calculé un coût autour de 500 000 euros : « On sait que les finances du CCAS ne sont déjà pas extraordinaires, elles n’ont pas besoin de ça ». Un chiffre « complètement lunaire » selon Christian Fautré : « Même si l’on se base sur une aide à 200 euros, ça serait synonyme de 2 500 familles. Jamais autant de ménages, avec des difficultés réelles, ne viendront faire la demande. C’est un fantasme. »

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