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Condé-sur-Vesgre : à “La Colonie”, dernier phalanstère en activité, une utopie en patrimoine

Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier

Établi selon les préceptes de Charles Fourier, le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines, continue de fonctionner. Un lieu de vacances imprégné du socialisme utopique du 19ème siècle, qui ouvre ses portes pour la première fois, à l'occasion des journées du patrimoine.

Par France 3 Paris IDF/Emmanuel Tixier

"La Colonie", c'est un morceau de terre, au coeur de la forêt de Rambouillet. 35 hectares, coincés entre de vastes propriétés forestières. Philippe Starck est à quelques pas, la famille royale saoudienne un peu plus loin. Et au milieu de tout ça, une poignée de colons sympas.
"On est les communistes", plaisante Olivier, 53 ans, qui nous accueille, avec Monique, son épouse. Le couple fréquente régulièrement les lieux depuis 1998. Il s'agit d'une longue bâtisse, construite en 1848, ainsi que trois pavillons de taille plus modeste. Le tout est situé dans un vaste terrain que les rhododendrons se disputent avec les pins.
Dans les bâtiments, se trouvent des chambres individuelles, privées. Mais la part-belle est donnée aux lieux de vie collectifs : une seule cuisine, des salons partagés, et une salle à manger capable d'accueillir une tablée de plusieurs dizaines de couverts, lors des repas (à heures fixes).
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Ici, le décor est simple : un sol en tomettes et quelques meubles anciens. "L'eau courante est arrivée en 1968. Et elle gèle dans les canalisations, l'hiver", raconte Olivier. La longère, qui avait été conçue d'abord pour être une cartonnerie, a été construite par les colons au 19ème siècle. "L'isolation laisse un peu à désirer."

Quand j'étais petite fille, c'était quand même pas très rigolo. Le frigo n'est arrivé que dans les années 70

"Quand j'étais petite fille, c'était quand même pas très rigolo. Le frigo n'est arrivé que dans les années 70", renchérit Danielle. "Cette histoire, j'essaie de la raconter à tout le monde", poursuit l'enseignante retraitée. Cette histoire, Danielle a de bonnes raisons de la connaître, elle qui descend des fondateurs de "La Colonie".
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
C'est en 1860 que la structure actuelle a été constituée. Mais les prémices remontent à 1832. Charles Fourier, l'une des figures du socialisme utopique, prône alors la transformation du monde par la vie en autarcie. Se regrouper, s'isoler et produire en partageant ses talents, dans les phalanstères ou les familistères... C'est à cette époque qu'émergent ces organisations de la vie en communauté, autour de l'activité agricole ou industrielle.

A Condé-sur-Vesgre, une première expérience est alors tentée par un riche médecin, adepte de Fourier. Mais le phalanstère de 400 hectares fait faillite en 1836. En 1860, il renaît, sur à peine un dizième de sa surface initiale. 
 

"La Colonie"... de vacances

Pour le visiteur extérieur, "La Colonie" a finalement tout l'air d'une maison de vacances familiale. Où tout serait beaucoup plus grand. Mais les portraits et les bustes de Charles Fourier sont là pour rappeler la dimension particulière des lieux. Car si aujourd'hui 25 colons et leurs enfants jouissent des murs, il ne s'agit pas d'une simple occupation. "On ne veut pas devenir un gîte", souligne Monique, en charge de la société civile immobilière, le pilier juridique de "La Colonie".
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines. / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Partager, oui. Mais sans devenir des "consommateurs". "Pour être colon, il faut être élu, choisi par le reste de la communauté", l'association "Le Ménage sociétaire", précisent nos hôtes. Pensé comme une utopie, une expérience de vie en société, capable de transformer le monde, le phalanstère de Condé-sur-Vesgre n'est toutefois plus occupé que durant les week-ends et les périodes de congés. Médecins, enseignants, cadre dans une entreprise de paris sportifs... Ce ne sont plus les fruits ni les fleurs qui font vivre "La Colonie", mais bien les salaires de ces CSP+.

Il faut compter 7.000 euros de frais par an par famille, à quoi s'ajoutent 1.500 euros d'indemnités de logement.

"Il faut compter 7.000 euros de frais par an par famille, à quoi s'ajoutent 1.500 euros d'indemnités de logement", explique Olivier. Chef d'une entreprise d'informatique, il a découvert le site alors qu'il était "bambin", en jouant dans les parcelles, avec les autres enfants du phalanstère. Entre "phalange" et "monastère", le mot sonne bizarrement aujourd'hui. Mais ici, les colons veulent faire perdurer l'esprit.
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines / © France 3 Paris IDF/E. Tixier
Le phalanstère "La Colonie", à Condé-sur-Vesgre, dans les Yvelines / © France 3 Paris IDF/E. Tixier


Fourier, version Start-up Nation

Pas facile de faire vivre un lieu comme celui-ci, dans le monde d'Airbnb. "Les résidents se font rares", expliquent les colons, prêts à ouvrir leurs portes à de nouvelles recrues. Adhésion partielle, journée découverte... "On s'interroge sur la façon de faire évoluer cette utopie", poursuivent-ils. Les colons de Condé ont d'ailleurs lancé un site : My-stere.org, une plateforme de réflexion autour de la vie en communauté. Ou comment donner une nouvelle saveur à la co-habitation.
En attendant, pour la première fois, "La Colonie" ouvre ses portes au grand public dimanche, à l'occasion des journées du patrimoine... Mais c'est déjà complet.

"Nous referons une journée portes ouvertes, pour ceux qui n'auront pas pu venir nous voir", promettent les colons. Ouvrir les portes et essaimer... Indispensable pour poursuivre l'oeuvre de Charles Fourier.

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