Jean-Frédéric Poisson: "Je n'ai pas l'intention d'être le candidat de témoignage de la primaire"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Daic Audouit
© Joël Saget (AFP)

Jean-Frédéric Poisson est candidat à la primaire de l'Alternance qu'organise les Républicains pour 2017. Pour France 3 Ile-de-France, le député des Yvelines explique les raisons de sa candidature. Il ne veut pas être réduit à la seule image d'opposant au mariage pour tous et à Taubira. Entretien.

Jean-Frédéric Poisson est le candidat le moins connu de la primaire qu'organise le parti "Les Républicains" pour désigner son candidat à l'élection présidentielle de 2017. Une primaire ouverte à d'autres partis de la droite ou du centre. Le député des Yvelines est également président du Parti chrétien démocrate. C'est à ce titre qu'il souhaite participer à cette primaire. 

Il s'est illustré à l'Assemblée nationale comme un opposant au mariage pour tous? Pour autant, il ne veut pas être réduit à cette seule notoriété. Il l'annonce déjà : il votera contre la révision de la constitution et présentera ses premières propositions courant février. En attendant, pour France 3 Ile-de-France, il explique les raisons de sa candidature qu'il ne présente pas comme une candidature dite "de témoignage".

Entretien avec un petit Poisson qui souhaite devenir grand. 

Comment jugez-vous l'entrée en campagne de vos rivaux à la primaire de l'alternance pour 2017 ? La campagne est-elle lancée ?

Jean-Frédéric Poisson:
"Tout le monde s'agite beaucoup. La période des vœux est propice à cette agitation. Ça y est, les couteaux sont sortis. Mais plus ça va, plus je considère que Les Républicains ne sont pas en état d'empêcher la réélection de François Hollande ou l'élection de Marine Le Pen en 2017. Même si notre candidat devait être élu à l'Elysée, il resterait à savoir pour quelle vision de la France et avec quel crédit. 

Il n'y a aucune appétence pour les 3 gros : Juppé, Sarkozy, Fillon. Zéro appétence dans l'électorat de droite. Il n'y a pas de réelle crédibilité sur une ligne des Républicains, qui à l'heure où nous parlons, n'existe pas. Je constate un tassement de Bruno Le Maire, qui était parti comme une fusée, mais qui se rapproche de la terre, de plus en plus, et qui ne décolle pas. Je ne vois pas Les Républicains proposer une alternative qui soit crédible. 

Il n'y a pas de ligne politique. On dit que Les Républicains est un parti de droite. A voire. La deuxième raison est que beaucoup de Français et de militants ont l'impression d'assister à une entreprise de recyclage et ils n'en veulent pas.

La troisième raison est que je suis scandalisé par les tambouilles politiques des Régionales entre les deux tours. Vous ne pouvez pas expliquer que vous êtes une formation de droite au moment où deux ténors, anciens ministres, qui ont eu des responsabilités au sein du parti, annoncent qu'ils vont faire voyage commun avec la gauche locale. Ça ne peut pas fonctionner. Quand bien même les responsables républicains clarifieraient leur ligne politique. Qui les croit ? Juppé redécouvre ces derniers jours que la France a des racines chrétiennes. On se fout du monde."

Vous êtes le candidat le moins connu. Est-ce que c'est est un gros désavantage ?

Jean-Frédéric Poisson : "C'est une force et une faiblesse. Les deux. Je suis, parmi les candidats déclarés ou putatifs, le seul à ne pas avoir pris part à un gouvernement depuis 2002. On ne va pas m'expliquer que les crises d'aujourd'hui ont démarré le 7 mai 2012. Ce n'est pas sérieux. Sarkozy, Fillon, Le Maire, Juppé, NKM, Morano ou Mariton étaient tous dans le même gouvernement. Ils ont tous participé à la faillite. C'est Montand qui vient dénoncer à la télé les ravages du stalinisme.  

C'est un handicap parce que même quand je parle fort, on m'entend un peu moins. Pour l'instant. C'est un grand avantage, car comme dirait l'autre je n'ai peut-être pas de passé mais je n'ai pas de passif. Dans ma vie de parlementaire depuis huit ans, je revendiquerai d'avoir combattu un certain nombre de propositions portées par la majorité de l'époque.

Il y a cet enjeu de notoriété c'est vrai. Mais je suis absolument persuadé que la résonance entre le message que je m'apprête à porter et les attentes de l'opinion se fera. Cette primaire va être médiatisée à la proportion de l'échéance qu'elle concerne. La notoriété va se faire par votre couverture. Et mes propositions vont provoquer des réactions chez mes petits camarades. L'accroissement de ma notoriété est un élément important de la campagne mais je n'ai pas d'inquiétude particulière sur ce point. Toutes les conditions sont réunies pour que je m'en sorte mieux que n'importe qui." 

Vous êtes néanmoins très identifié "Manif pour tous". Est-ce que vous vous considérez comme le candidat de "la Manif pour tous" à cette primaire ?

Jean-Frédéric Poisson : "Je suis très certainement celui qui est de loin le plus en cohérence avec ce que dit "la Manif pour tous" depuis le début. Il n'y a aucune espèce de doute. Le candidat de "la Manif pour tous", il ne m'appartient pas d'en décider à la place de la "Manif pour tous". Mais je ne ferai pas campagne que sur cela.

Pendant ce mandat, j'ai passé, je ne sais pas combien de temps, à débattre sur la loi Macron, sur des sujets régaliens, sur la santé publique ou sur la politique pénale. Il y a peu de candidats (hors président ou premier ministre) qui ont un éventail aussi large d'interventions. Mais je n'ai pas l'intention de renoncer à ce thème là. Je suis un homme de conviction. Mais, par ailleurs, on ne fait pas la réforme de la France avec le mariage. Ce n'est pas comme cela que cela marche.

Évidement que mes sujets d'intervention vont être nombreux et variés. Je reste persuadé que la loi Taubira dans ses principes et encore plus dans ses conséquences fait des dégâts dans l'ensemble du corps social. Il faut donc l'abroger. Je le dirai comme je l'ai toujours dit. Mais, je ne dirai pas que cela. Une partie de ma notoriété s'est faite sur le mariage pour tous, c'est vrai, mais cette campagne sera l'occasion pour moi aussi de montrer qu'il y a des sujets sur lesquels j'ai deux, trois notions et une vision et une manière de réformer. Je n'ai pas l'intention d'être le candidat de témoignage sur des sujets sociétaux dans la primaire." 

Avez-vous un espace politique. Et comment le définiriez-vous ?

Jean-Frédéric Poisson : "Oui, il y a un espace. Ce n'est pas quelque chose qui serait entre l'aile droite des Républicains et l'aile gauche du Front national. Ce n'est pas du tout cela. Le mot espace ne me plait pas car il fait référence à une localisation géographique. On est au-delà de cela. C'est un problème de vision. La vision que je veux porter pour la France, elle est ni gauchère, ni droitière. Tout le monde s'en fout. C'est pas cela le sujet. Elle est centrée sur le rayonnement de la France et son identité, sur la dignité de la personne et sur la liberté des gens. 

Tout le monde parle de recomposition. Je ne dis pas que les partis politiques ne représentent plus rien. Je dis que toutes les tentatives de combinaisons différentes de formations qui existent déjà, sont vouées à l'échec. Les régionales, c'était une combinatoire différent de celle qui avait eu lieu jusqu'ici. Mais on réarrange les éléments sans changer le paysage. Or les Français veulent que le paysage soit changé en entier. L'attente des Français, c'est à la fois qu'on leur tienne un discours de vérité et qu'on leur parle de la France et de sa place et qu'on leur dise que ce sont eux qui ont les clés pour reprendre leur destin en main. 

Les frontières politiques existent encore mais elles sont artificielles. Le débat droite/gauche se déporte vers ceux qui acceptent l'idée d'une fusion de la France avec l'Europe et ceux qui ne l'acceptent pas. Ceux qui considèrent que la personne humaine est une variable d'ajustement des politiques et ceux qui ne l'acceptent pas. Ceux qui considèrent que la France est une société multi-culturelle et ceux qui ne l'acceptent pas. Ce n'est plus droite/gauche.

Je m'adresse aux syndicalistes qui veulent un partage équilibré des richesses dans l'entreprise. Je m'adresse à ceux qui veulent l'abrogation de la loi Taubira. Je m'adresse à ceux qui veulent que la France retrouve sa place au Moyen-Orient. Je m'adresse à ceux qui ne sont pas atlantistes. Je m'adresse à ceux qui pensent que la France doit être présente en Afrique, que les musulmans doivent être traités correctement, sans concession, mais correctement, ceux qui pensent que laïcité et laïcisme ce n'est pas pareil.

Où est-ce qu'ils sont tous ces gens ? Est-ce que c'est de droite ou de gauche ?"

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