"On voit dévaler sur la Seine des continents de matière plastique". Le constat impuissant des habitants riverains du fleuve

Depuis quelques jours, des centaines de déchets flottants dérivent sur la Seine et polluent les berges de Port-Marly dans les Yvelines. La crue de la Seine provoque cette pollution plastique qui défile sous les yeux des habitants des communes riveraines du fleuve.

C'est un flux interrompu de détritus. Des morceaux de plastiques, des pneus, des bouteilles en plastique... Depuis quelques jours, c'est un convoi de déchets flottants charriés par la Seine qui échoue en partie sur les berges de Port-Marly, une commune des Yvelines, située au creux d’une boucle du fleuve.

Il y a quelques jours, Valérie qui réside dans une péniche était aux premières loges. Derrière un hublot, elle a filmé pendant de longues minutes ce défilé de déchets. "Je passais devant un hublot et je vois ça, mais c'était du délire ! Tous ces déchets, ça vient de Paris ! C'est quand ils ouvrent en amont le barrage, les déchets vont dans le Seine, dérivent jusqu'en Normandie et jusque dans la mer", s'alarme-t-elle.

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Des déchets flottent sur la Seine devant la commune de Port-Marly et dérivent en aval du fleuve; ©Crédits : Valerie

Un phénomène répétitif

"Ce n'est pas la première fois qu'un tel événement se produit", s'exclame Rodolphe Soucaret, trésorier de l'association "La Seine en Partage et ses Affluents" qui regroupe des communes, des associations et des entreprises riveraines de la Seine et de ses affluents.

"La Seine est canalisée pour maintenir un certain niveau d'eau, il y a toutes une série de barrages et ces déchets s'accumulent contre des barrages, dans des écluses. Quand on est en période de crues, on ouvre les barrages et tout ce qui a été accumulé, part dans le courant", explique-t-il.

Il y a quelques jours, le barrage sur la commune de Bougival à 1 km 5 en amont de Port-Marly a été ouvert, libérant un flot de détritus. "Le maire de Bougival a pourtant mis en place - avec l'établissement public "Voies navigables de France" - deux nettoyages par an, mais ce n'est pas suffisant", déplore le représentant de l'association qui salue l'initiative de la mairie. "Il faudrait que la puissance publique s'investisse plus dans le nettoyage des barrages", selon Rodolphe Soucaret.

"L'État est absent"

Cédric Pemba-Marine, le maire (MODEM) de Port-Marly se mobilise, dit-il sur ce sujet depuis plusieurs années avec d'autres élus de communes riveraines du fleuve. "On a mené une initiative qui s'appelle les Etats généraux de la Seine avec les 19 communes de l'intercommunalité, plus la commune de Bougival ( ...) Ce que je regrette, c'est que l'on pourrait avoir des initiatives co-construites avec l'État ou chacun se dit : on va prendre sa part mais, l'État a été absent de toutes les réunions qui ont été organisées."

Moi ce qui m'interpelle le plus, c'est que tous les déchets relâchés le 29 février étaient accumulés dans les ouvrages d'arts. Donc, on avait l'occasion de faire en sorte qu'ils ne terminent pas à la mer.

Cédric Pemba-Marine, maire de le Port-Marly

Le maire souhaiterait voir l'Etat, en l'occurrence, les Voies navigables de France, s'engager dans des actions de dépollution. "On peine à les rendre plus proactifs. Les V.N.F nous disent que leur sujet, c'est la navigation et ce n'est pas du tout la propreté du fleuve. Ils nous disent que la propreté du fleuve, c'est le sujet des communes."

"Ici commence la mer''

À occasion des Etats généraux de la Seine, des acteurs du privé, grandes entreprises et start-up, des écoles d'ingénieurs ont été sollicités pour trouver "des solutions innovantes". A Port-Marly, détaille le maire, "on a mis en place une campagne de sensibilisation avec pour slogan, inscrit sur des plaques en fonte : 'ici commence la mer'. On a posé des filets sur les exutoires - les canalisations ou les tunnels qui déversent des eaux usées - pour retenir un maximum de microplastiques."

L'association "La Seine en Partage et ses Affluents", préconise également l'installation de filets au niveau des collecteurs qui permettraient de retenir tous les déchets micro et macro plastiques. Mais selon Rodolphe Soucaret, "la première des solutions, ce serait que les Franciliens arrêtent de balancer des trucs dans la rue. Il faut comprendre que même si l'on habite dans une commune qui n'est pas du tout riveraine de la Seine. Tout ce qui va être jeté, va dans les avaloirs de chaussée et va aller à la Seine", alerte-t-il.

Une énième opération "Berges Saines"

En avril prochain, l'association prévoit d'organiser une nouvelle opération "Berges Saines" au Port-Marly. Habitants et volontaires sont invités à participer à un grand nettoyage après les crues. Jusqu'à une tonne cinq de déchets avait été évacuée lors d'une dernière opération.

"Aujourd'hui, il y a tous les déchets que l'on voit flotter mais, il y a tout ce qu'il y a entre deux eaux et ça, c'est le plus gros !", explique Rodolphe Soucaret. "À la décrue, toutes les branches d'arbres submergées vont retenir les déchets. Lors des crues de 2016 et 2018, Il y avait une quantité de matière plastique qui était restée sur les berges, c'était carrément vertigineux !"